Du captagon saisi en France : "Si l’effet de cette drogue peut paraître tentant, la descente est très douloureuse"

FAITS DIVERS
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FAIT DIVERS - Les douanes françaises ont annoncé ce mardi avoir saisi en janvier et février dernier près de 750.000 comprimés de captagon, également appelé "drogue du djihadiste", à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Jean-Pol Tassin, neurobiologiste et directeur de recherche émérite à l'Inserm, revient pour LCI sur cette drogue et ses effets.

C'est une première en France et l'information n'a été dévoilée que ce mardi par les douanes françaises. En janvier et février dernier, deux saisies ont été réalisées à l'aéroport de Roissy. Au total, pas moins de 750.000 comprimés de captagon ont été découverts dans plusieurs chargements en provenance du Liban et à destination de l'Arabie Saoudite via la France, la République Tchèque et la Turquie. La valeur de la marchandise saisie a été estimée à près de 1,5 million d'euros sur le marché illicite de la revente de stupéfiants.


Qu'est-ce que le captagon ? Quels sont ses effets ? Pourquoi surnomme-t-on cette substance la "drogue des djihadistes" ou la "drogue de Daech" ? Jean-Pol Tassin, neurobiologiste, directeur de recherche émérite à l'Inserm, nous livre son éclairage. 


Quelles sont les origines du captagon ? 

Le captagon est, au départ, un médicament qui servait pour le traitement de la grippe. Il a été commercialisé dans les années 60. Puis il a été critiqué pour le phénomène de dépendance qu'il pouvait engendrer, dû à la sensation de bien-être qu'il procure et à son effet énergisant pour lutter contre la fatigue et aider les patients à supporter la fièvre. 

De quoi ce produit est-il constitué ? 

Le captagon est composé de deux entités, la théophylinne et l’amphétamine. La théophylinne est utilisée comme bronchodylateur. L’amphétamine, elle, a la particularité de libérer les catécholamines, molécules qui existent dans le cerveau et qui ont pour caractéristique de rendre particulièrement attentif. Si l’on on atteint une certaine dose, cela déclenche des phénomènes d’euphorie et de plaisir. 


Les effets de captagon peuvent donc être assimilés à ceux de certaines drogues, comme la cocaïne ou la métamphétamine… Pourquoi ce "phénomène captagon", aujourd’hui ? 

Ce phénomène fait suite à l’attentat du Bataclan. Il a alors été suggéré, pour essayer de comprendre comment des terroristes avaient pu commettre un tel acte, que les auteurs de l’attaque avaient pris des drogues, en l’occurrence, du captagon, surnommé "drogue du djihadiste". Le captagon est une drogue facile à fabriquer. N’importe quel chimiste avec le matériel et un garage peut en concocter. Par ailleurs, il ne coûte pas cher et peut être vendu facilement en obtenant des bénéfices importants. Les djihadistes en consomment pour perpétrer leurs attaques ou partir au combat ou le revendent pour financer leurs actions. 

Qui sont les consommateurs du captagon? 

Il n’y a pas vraiment de profils. Mais quand il n’est pas vendu à des personnes qui aiment veiller tard, se dépenser ou qui sont en quête d'énergie, d'excitant, le captagon est souvent utilisé comme une "récompense"par les terroristes. Les chefs djihadistes vont distribuer à leurs ouailles du captagon après leurs attaques, pour leur procurer des effets euphorisants et du plaisir. 

Si, comme vous le précisez, c’est aussi simple de fabriquer du captagon, il est étonnant qu’aucun laboratoire, façon "Breaking bad" n’ait été découvert à ce jour… 

La surveillance policière en France est bien plus importante et avancée que celle qu’il peut y avoir au Liban, en Syrie ou en Arabie Saoudite. C’est plus facile de fabriquer de la drogue dans des pays ou la police est moins bien organisée. 

En France, la cocaïne et l'ecstasy notamment font l'objet de trafic. Comment expliquez-vous que ce ne soit pas le cas du captagon, dont le prix est accessible? 

Je crois que c'est uniquement un problème de mode. Peut-être aussi que les effets du captagon sont "moins sympathiques" que la MDMA ou l'ecstasy... Vous savez, il y a un certain Alexander Shulgin qui a fabriqué 176 molécules, qui avaient toutes des effets psychotropes, et il les a toutes essayées avec ses copains. De cette expérience, il a fait un livre intitulé Pihkal: A Chemical Love Story. Selon lui, la plus intéressante c'est l'ecstasy.

Vous parlez de plaisir, d’effet euphorisant sur le moment. Quels sont les effets néfastes du produit ?

Après la sensation de bien-être, il faut d’abord gérer la descente. Une fois que le consommateur a utilisé son énergie, en l’occurrence les catécholamines de son cerveau, il va falloir que ses neurones les refabriquent et cela prend du temps. Pendant la descente, la personne droguée n’est pas bien, elle est fatiguée, elle ne parvient pas à se concentrer. Le mieux à faire, c’est d’aller dormir. SI l’effet d’euphorie peut paraître tentant, la descente est très douloureuse. 


Par ailleurs, il faut, comme pour toute drogue, gérer le phénomène de dépendance. La prise de substances modifie le fonctionnement du système nerveux central. Certaines personnes, notamment celles qui ont paniqué sous l’emprise de stupéfiants, ne réitèrent pas l’expérience. D’autres, au contraire, vont avoir une addiction. Elles vont recommencer sans pouvoir s’arrêter car cela leur devient insupportable d’être dans leur état normal. Elles deviennent alors de véritables zombies, des personnes dans la brume qui ne peuvent vivre que sous drogue, à qui tout événement devient invraisemblable et impossible à gérer. Par exemple, s’arrêter à un feu rouge alors que la personne est pressée est insupportable… Cela se transforme en cycle infernal, se débarrasser d'une dépendance est très compliqué. 

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