"C'est ma cagoule de ski" : un lycéen condamné après la manif contre la loi Travail

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PROCES – Un jeune homme né en 1997 a été condamné ce mercredi à 70 heures de travail d'intérêt général par le tribunal correctionnel de Paris pour "participation avec armes par une personne dissimulant volontairement son visage afin de ne pas être identifiée". Quentin avait participé mardi 5 avril à la manifestation lycéenne organisée entre la place de la Nation et la place de la Bastille (11e), manifestation qui n'avait pas été autorisée et qui a été émaillée d'incidents.

Il est le seul à avoir comparu ce mercredi devant la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Quentin, né en 1997, a été interpellé, comme 131 autres personnes, mardi au cours de la manifestation organisée par des lycéens entre la place de la Nation et la place de la Bastille à Paris (11e) contre la loi El Khomri, manifestation qui n'avait pas été autorisée.

Le jeune homme était jugé pour "participation avec armes par une personne dissimulant volontairement son visage afin de ne pas être identifiée". Il a été condamné à 70 heures d'intérêt général par le tribunal.

5 mois de prison avec sursis requis

Le ministère public avait requis une peine plus lourde : 5 mois de prison avec sursis contre ce lycéen au casier vierge et qui n'était pas poursuivi pour violences contrairement aux deux autres manifestants qui devaient comparaître ce mercredi "pour jets de projectiles à l'encontre de personnes dépositaires de l'autorité publique" mais qui ont demandé un délai supplémentaire à la justice.

Quentin avait rejoint la manifestation place de la Nation mardi un peu avant 11 heures. Il a été interpellé par les forces de l’ordre quelques mètres plus loin, à l'angle entre le boulevard Diderot et la rue de Reuilly alors que le cortège s'apprêtait à regagner la place de la Bastille et que plusieurs mouvements de foule et incidents, notamment des jets de projectiles à l'encontre des policiers et gendarmes, avaient déjà été constatés.

Dans son sac à dos, les policiers ont notamment retrouvé des engins pyrotechniques, des canettes, du scotch, des sacs avec des écrous, une cagoule noire… Les policiers ont également fait mention d'un lance-pierre qui se trouvait dans sa poche mais qui aurait été perdu au cours des mouvements de foule. "Les policiers ont commencé à charger tout le monde. Je suis parti plus loin. J'ai été interpellé" a dit Quentin ce mercredi à l'audience.

Interrogé sur sa tenue correspondant à celle des " Black Bloc ", en référence à sa tenue vestimentaire noire, Quentin a répliqué : "Les gants ? Ce sont mes gants de scooter. Ma cagoule ? C'est ma cagoule de ski". "Pour ne pas être repéré sur les pistes ?" a ironisé la présidente de la 23e chambre.

"Le travail des policiers, vous en pensez quoi ?"

La présidente du tribunal demande ensuite à Quentin ce qu'il pense du travail des policiers. "Ils font leur travail en essayant de contenir les personnes qui lancent des projectiles et qui les insultent" a répondu le prévenu.

Quand la présidente lui rappelle que la manifestation n'était pas autorisée, Quentin répond qu'il ne savait pas. "J'ai juste vu sur Internet qu'il y avait un rassemblement. Je ne savais pas qu'il était interdit. Pour moi, c'était une manifestation contre la loi El Khomri, c'est tout" dit-il.

Pourquoi alors avait-il cet arsenal dans son sac ? Quentin dit qu'il avait discuté avec d'autres lycéens au cours d'une assemblée générale, qu'il avait mentionné le fait qu'il était artificier. "Les engins pyrotechniques c'était pour faire un feu d'artifice place de la Nation mais comme la manif' est partie plus tôt, je n'ai pas eu le temps. On m'avait demandé de faire ça" se justifie-t-il. "On vous aurait dit de vous jeter d'une falaise ou d'amener des armes, vous l'auriez fait alors" demande la présidente. "Non, parce que c'est dangereux" répond le prévenu. "Et les boulons, c'est pas dangereux ?" , rétorque la présidente. Quentin répond par la positive. 

"Régisseur pyrotechnique"

Le jeune lycéen n'a jamais eu affaire à la police et à la justice. Il souhaite devenir régisseur pyrotechnique après son école de cinéma. Ce jeune homme à l'air timide, cheveux courts, minois de jeune adulte et encore vêtu du sweat-shirt à capuche noir qu'il portait mardi, "n'a été à aucun moment auteur d'une quelconque violences" a rappelé son avocat, se référant notamment aux exploitations des caméras de vidéosurveillance qui ne montrent rien pouvant le mettre en cause."Quentin est en réalité un jeune lycéen qui se cherche et qui à l'occasion de ces manifestations a pu être influencé par d'autres" a-t-il souligné.

Interrogé avant la mise en délibéré du jugement, Quentin, a affirmé : "La prochaine fois, je serai plus mature et plus réfléchi sur mes actes". En plus des 70 heures de travail d'intérêt général auxquelles il a été condamné, il devra s’acquitter de 127 euros de frais de procédure.

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