Clowns terrifiants : "Un cas d'école du mécanisme de la rumeur"

Clowns terrifiants : "Un cas d'école du mécanisme de la rumeur"

DECRYPTAGE - Les "clowns méchants" signalés dans le nord et l'est ont gagné le sud de la France (lire encadré). Et ce qui n'était qu'une anecdote il y a une dizaine de jours est en passe de devenir une épidémie de peur nationale. L'enseignant-chercheur, Pascal Froissart, spécialiste de la rumeur, nous explique le mécanisme de ce phénomène viral.

D'où vient cette rumeur "clownesque" ?
Il y a une dizaine de jours, un fait divers, en fait une blague de mauvais goût, avait commencé à agiter le milieu collégien et lycéen. Ce canular effrayant n'était encore relayé que sur les chats Facebook ou via des SMS et discussions dans les cours de récré. Puis la presse quotidienne régionale du nord a relaté la présence de clowns inquiétants errant près des écoles. Un article qui en a appelé d'autres et a été repris massivement par les réseaux sociaux, avec l'apparition de pages spécialisées, de communautés autour des clowns. Et comme tout le monde en parle, cela devient vite un défi pour les jeunes : le scénario du clown inquiétant est repris avec toute une série de canulars, amenant de nouvelles arrestations.

Observe-t-on ce mécanisme pour n'importe quelle rumeur ?
Il n'y a pas de rumeur sans un jeu d'interactions entre discours informel et exposition médiatique. On est ici dans un cas d'école du mécanisme de la rumeur. Si elle reste à l'échelle du bouche-à-oreille ou sur Facebook, elle n'ira pas très loin. Là, des centaines de milliers de personnes sont au courant de l'histoire des clowns, et cela ne s'explique que par l'exposition médiatique qui lui a donné une légitimité. En une dizaine de jours, on est passé d'un mauvais canular à un phénomène de société. Avec un sujet d'intérêt national et de vrais problématiques : faut-il en parler ou pas ? La police doit-elle intervenir ?

Elle est justement intervenue sur les réseaux sociaux en appelant à ne pas diffuser de "fausses informations" (lire ci-dessous)...
Oui, mais les études sociologiques montrent que plus on dément une information, plus on la diffuse. Le démenti est le meilleur moyen de diffuser la rumeur. De passer de l'anecdote potache à l'épidémie de canulars.

D'où vient le personnage du clown maléfique ?
Il y a toujours eu une dualité entre humour et horreur dans la figure du clown. Il nous fait rire par l'absurde et par la folie. Le clown inquiétant est récurrent depuis une trentaine d'années, surtout dans le folklore nord-américain. On le voit apparaître dans les films et les romans d'horreur, notamment chez Stephen King avec le personnage "Ça". Jusque-là, il était plutôt resté dans la sphère nord-américaine, mais les jeunes européens sont très perméables à cette culture. Et les ados ont toujours aimé se faire peur.

Comment tuer la rumeur ?
Hélas, personne n'a la solution... Mais les vacances vont passer, Halloween avec. Et il faut rappeler que toute cette histoire n'est pas si grave. Pour l'heure, il n'y a pas mort d'homme.

>> En savoir + Faire le clown peut coûter cher

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