"Copains comme cochons", les 2 génies du bricolage écoulent pour 9 millions d’euros de faux billets

FAITS DIVERS
PROCES – A partir de ce lundi 6 juin s’ouvre aux assises de Paris le procès de Dominique Patrom et Marceau Baumgertner, deux faux-monnayeurs présumés. Depuis un atelier secret de Seine-et-Marne, ils ont émis, entre 2007 et 2012, plus de 350.000 coupures sur le marché européen.

Imaginez une pièce secrète, dissimulée derrière une cloison, au sous-sol d’un modeste pavillon de Seine-et-Marne. Grande de 40 m2, on y accède par une trappe. A l’intérieur, des seringues hypodermiques, des cartouches d’encre et des imprimantes, beaucoup d’imprimantes, dont une de 4,5 tonnes. C’est dans ce repaire de malfaiteurs, à Courtry, que les enquêteurs de l’Office central pour la répression du faux monnayage découvrent, le 12 juin 2012, ce qu’ils pensent être "la plus importante officine de fausse monnaie jamais découverte en France". Une découverte hors norme qui a permis d’amener, dès ce lundi 6 juin, un duo de faux monnayeurs présumés devant la cour d’assise de Paris.

Dominique Patrom, 59 ans, et son beau-frère Marceau Baumgertner, 62 ans, comparaissent à partir de cet après-midi pour contrefaçon de monnaie, détention et mise en circulation de faux billets et association de malfaiteurs. La justice reproche à ces membres sédentarisés de la communauté des gens du voyage, pères de famille "copains comme cochons" selon leurs dires, d’avoir émis sur le marché européen pas moins de 350.000 coupures – de 20 et 50 euros, surtout – représentant la coquette somme de 9 millions d’euros selon la police. Deux suspects étonnants, au casier judiciaire déjà bien garni de condamnations pour faux notamment, décrits par les experts comme "intelligents, sensibles, malins et adaptés", véritables "génies du bricolage" qui ont, pendant longtemps, réussi à passer entre les mailles du filet.

Filature et voyage à Vierzon

L’enquête, colossale, aura duré cinq longues années. Car dès 2007, la multiplication de faux billets en circulation sème le doute dans les rangs de la police, qui fixe bientôt ses soupçons sur le chef présumé de ce petit manège, Dominique Patrom. Mais l’ancien imprimeur, potentiellement reconverti dans le crime organisé, demeure insaisissable. Il y a bien ces allers-retours incessants dans un magasin pour acheter de l’encre, en cash uniquement, mais c’est trop peu pour passer à l’action. Alors une filature est organisée par les enquêteurs.

En mars 2012, ils observent un déplacement des plus intéressants. Celui de Dominique Patrom et de Marceau Baumgertner à Vierzon (Centre), où une sacoche est échangée avec un troisième homme. Fait étonnant : à compter de cette date, les faux billets se multiplient en Corrèze, région d’origine de ce personnage tiers.

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Trente ans de réclusion criminelle encourus

Il reste alors peu de place au doute. Suite au jackpot de leur perquisition, au mois de juin, les enquêteurs placent les deux suspects en garde à vue. Dominique Patrom, d’abord, nie en bloc. Il évoque un "acharnement policier" et répète que, vraiment, toute cette encre retrouvée chez lui, il ne sait pas à quoi elle peut bien servir. Après sa mise en examen, un mois plus tard, il finit par avouer. Avec force détails, il livre ses secrets de fabrication de faux billets, dans cet atelier entièrement confectionné par ses soins. Son complice présumé, lui, continue de nier les faits. Campera-t-il sur ses positions devant les jurés, à partir de ce lundi ?

D’autres membres présumés de ce réseau, un temps au cœur de l’enquête, ont finalement bénéficié d’un non-lieu, faute de preuves. Mais une chose est sûre : depuis l’arrestation de ces deux principaux suspects, la circulation de ces faux billets numérotés 20C45 et 50C67 a connu un sérieux coup de frein sur le marché européen. Dominique Patrom, en état de récidive légale, encourt la perpétuité. Son beau-frère, Marceau Baumgertner, risque 30 ans de réclusion criminelle. Leurs avocats, contactés par metronews, n'ont pas encore donné suite à nos sollicitations.

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