Drame aux Deux-Alpes : le prof accompagnateur en garde à vue pour homicides involontaires

FAITS DIVERS

ECLAIRAGE - L'enquête sur l'avalanche mortelle de mercredi aux Deux Alpes (Isère), qui a coûté la vie à trois personnes, devra faire toute la lumière sur ce drame qui semble apparaître comme une tragique imprudence.

Les faits
Mercredi, à 15h41, un groupe de lycéens est emporté par une avalanche déclenchée vers 2.800 mètres d'altitude sur la piste noire fermée de Bellecombes. Malgré l'intervention rapide des secours, à peine cinq minutes après le drame, trois personnes trouvent la mort ensevelies : deux adolescents d'une classe sport étude de Lyon et un ressortissant ukrainien de 57 ans. Le professeur qui encadrait le groupe de dix lycéens est lui hospitalisé dans un état grave.

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L'encadrant en garde à vue
Le procureur de la République à Grenoble, Jean-Yves Coquillat, a expliqué que le professeur hospitalisé serait entendu dès que possible. Blessé, il est gardé à vue à l'hôpital pour homicides involontaires, a-t-il expliqué jeudi après-midi. "La question est : pourquoi est-ce qu'ils skiaient sur une piste fermée?", a souligné le magistrat. Le petit groupe était censé skier sur les pistes ouvertes et sécurisées après des tirs préventifs d'avalanches en cas de chutes de neige importantes comme ces derniers jours.

Selon le procureur de la République de Grenoble, les lycéens, qui sont de bons skieurs a priori, auraient manifesté leur désir de skier dès le matin sur cette piste noire. Le groupe ayant emprunté une piste fermée s'est retrouvé "de fait en hors-piste" a noté Dominique Létang, directeur de l'Agence nationale pour l'étude de la neige et des avalanches (Anena). Et "on ne peut pas imaginer qu'ils soient allés faire du hors-piste sans le matériel adéquat", à savoir une sonde, une pelle et un détecteur de victimes d'avalanches (DVA). Or, selon le parquet, les lycéens ne semblaient pas équipés dudit matériel.

Un autre groupe de skieurs au centre des questions
Une personne de nationalité roumaine a par ailleurs confié à la gendarmerie que son groupe, composé d'une dizaine de personnes, faisait du hors-piste au-dessus du groupe d'élèves et aurait coupé le manteau neigeux au-dessus d'eux. Peu de temps après, le groupe a entendu le déclenchement de l'avalanche. Le procureur de la République a précisé que cette information doit encore être vérifiée, et le groupe doit être entendu.

Une piste fermée clairement balisée ?
"Si la piste était fermée, comment était matérialisée cette fermeture ?", s'est interrogé le parquet. "Il n'y a aucun doute là-dessus. Les filets étaient en place", a assuré en écho Didier Bobillier, le directeur de Deux-Alpes Loisirs, la société des remontées mécaniques. Même son de cloche pour le préfet de l'Isère, Jean-Paul Bonnetain, pour qui "les choses paraissent claires et le groupe n'a sûrement pas emprunté la piste par mégarde". "A ce stade des constatations, les éléments de signalétique étaient installés. Personne ne pourra soutenir qu'il ignorait être sur une piste fermée". Le filet de signalisation est écrit en quatre langues et fait un mètre de haut sur 50 mètres de large, a détaillé le procureur de Grenoble. Il est clair selon ce dernier que le groupe a enjambé le filet de sécurité.

Faute de neige, la piste de Bellecombes était fermée depuis le début de la saison. Mais selon les premiers éléments de l'enquête, d'autres skieurs avaient vraisemblablement emprunté cette piste dans la journée, pour profiter des récentes chutes de neige. "La transgression est courante chez les skieurs d'un bon niveau", a déploré le préfet.

Quel était le risque d'avalanche ?
C'était un risque "marqué", de niveau trois sur une échelle de cinq. A ce niveau, des avalanches peuvent se déclencher au passage d'un seul skieur. "Dans 90% des cas, c'est l'action d'un être humain qui déclenche l'avalanche", explique le directeur de l'Agence nationale pour l'étude de la neige et des avalanches.

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