Drones au-dessus des centrales nucléaires : "La sécurité nationale est en jeu"

FAITS DIVERS
SÉCURITÉ - Sept centrales nucléaires ont été survolées par de mystérieux drones en octobre. EDF a porté plainte et une enquête judiciaire est en cours. Si le groupe et les autorités assurent que ces incidents sont "sans conséquences sur la sûreté et le fonctionnement des installations", le débat sur la sécurité des centrales refait surface. Pour Yannick Rousselet, spécialiste du nucléaire chez Greenpeace, ces opérations révèlent "l'incapacité des pouvoirs publics à faire face à un enjeu de sécurité nationale".

Greenpeace a déjà utilisé des drones pour pointer les failles de sécurité des centrales. Vous assurez aujourd'hui ne pas être à l'origine de ces opérations ?
Dès que nous avons eu des informations sérieuses sur ces survols, avant même l'alerte d'EDF, nous avons envoyé un e-mail aux autorités de défense et à l'autorité de sûreté nucléaire. Nous leur avons dit de manière très officielle que nous n'y étions pour rien. La sécurité nationale est en jeu, il est important pour nous de communiquer en toute transparence afin de ne pas gêner l'enquête.

Alors qui peut être derrière ces drones ?
Il n'y a aucune piste sérieuse et c'est ce qui est inquiétant. Nous avons d'abord pensé à un exercice des services secrets français afin de tester la sécurité des installations. Mais cette thèse est vite tombée à l'eau, EDF ayant porté plainte. On peut tout imaginer : de jeunes geeks passionnés qui se coordonnent sur les réseaux sociaux et se lancent des défis sur les installations. Mais survoler quatre sites en même temps, à plusieurs centaines de kilomètres les uns des autres, un même jour [le 19 octobre], cela me paraît surprenant. On est face à une opération très coordonnée... Et les auteurs n'ont toujours pas été identifiés.

EDF parle de sept centrales survolées, vous parlez de plus...
D'après nos informations, d'autres sites que ceux d'EDF ont été survolés, notamment des sites d'Areva et du CEA [Commissariat à l’énergie atomique] : un à Saclay [Essonne] le 14 septembre, Fessenheim [Haut-Rhin] et Pierrelatte [Drôme], lundi dernier.

L'armée de l'air évoque des "mini-drones", des survols "sans conséquences"...
D'après les témoignages, il y a eu certes des petits drones mais également des drones de plus de deux mètres. Les survols répétés sur un même site, à quelques jours d'intervalles, montrent l'incapacité totale des pouvoirs publics et d'EDF à faire face au problème.

Mais les conséquences d'un drone dans une centrale ne sont-elles pas limitées ?
Pas du tout. On sait que nos installations nucléaires ne résistent pas à une chute d'avion, elles n'ont pas été conçues pour ça. Leurs constructions sont antérieures au 11-Septembre. Il y a un périmètre de sécurité surveillé par l'aviation civile de 5 kilomètres et 1 000 m au-dessus des sites nucléaires. Un périmètre censé être totalement interdit et imperméable. Le problème, c'est que les radars ne sont pas en capacité de détecter des drones, plus petits que des avions, mais susceptibles de transporter des kilos de matériel, imaginez du TNT... Si un drone projette des matériaux sur une piscine d’entreposage de combustible irradié, qui n'est absolument pas "bunkerisée", elle ne résiste pas à l'attaque.

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