ENQUÊTE – Les liens de l’ombre entre l’ultragauche française et les anarchistes italiens

ENQUÊTE – Les liens de l’ombre entre l’ultragauche française et les anarchistes italiens

FAITS DIVERS
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FAITS DIVERS – Depuis le printemps dernier, les actions attribuées à l’ultragauche se multiplient en France. A l’origine, une campagne lancée par les anarchistes italiens qui prévoyaient un "mois de juin dangereux" en solidarité avec plusieurs d’entre eux, emprisonnés dans leur pays. C’est en tout cas l’hypothèse envisagée par des policiers qui suivent de près cette montée en puissance.

D’où vient la multiplication des incendies criminels visant les gendarmes mais aussi certaines entreprises privées ? Grenoble, Limoges, la région parisienne… Des actes commis un peu partout sur le territoire et qui sont attribués à des groupuscules liés à la mouvance anarcho-libertaire. Sans qu’aucun individu ne soit pour l’instant interpellé. 


Selon nos informations, l’origine de cette montée en puissance, ou tout du moins de cette résurgence, prend racine du côté de l’Italie. Ces derniers mois, les anarchistes italiens ont en effet multiplié les appels à l’action en solidarité avec les militants interpellés dans leurs rangs à la suite de l’opération "Scripta Manent" lancée par la police transalpine. Et au printemps dernier, un collectif anti-carcéral d’extrême-gauche, la "Croix Noire Anarchiste", a lancé sur internet une campagne internationale de solidarité avec les détenus italiens. Une campagne intitulée "Un mois de juin dangereux". Elle  devait avoir comme apogée l’ouverture du procès de leurs militants à Turin.

Des entreprises privées dans le viseur

Selon nos informations, la résurgence de la mouvance de l’ultragauche  dans l'Hexagone ces dernières semaines fait écho à cet appel à la solidarité internationale. Les policiers envisagent ainsi "sérieusement" des liens entre les anarchistes italiens et la mouvance de l’ultragauche française. Sans pour autant avoir réussi à prouver formellement cette alliance. "Ces dernières semaines, des activistes franciliens et grenoblois répondent directement à ces appels par des actions. Ce qui laisse présager un rapprochement entre anarchistes italiens et français", souligne-t-on.


Les actions criminelles se sont ainsi multipliées. En Seine-Saint-Denis, le 27 mai, où un véhicule du conseil général de Seine-Saint-Denis a été incendié à Montreuil, puis aux Lilas deux jours plus tard où une voiture de la direction interdépartementale des routes d’Ile-de-France (DRIF) est partie en fumée. Enfin, le 11 juin, à nouveau à Montreuil, où un véhicule de l’entreprise de BTP Spie Batignolles, régulièrement prise à partie pour son implication dans la construction de prisons, a lui aussi été vandalisé.

Visage protéiforme de l’ultragauche

Dans la région de Grenoble, outre les deux incendies des 21 septembre et 26 octobre ciblant les gendarmes, une dizaine de véhicules de la société Enedis, ex-ERDF, ont été incendiés. Idem à Limoges en début de semaine où 21 voitures Enedis ont été dégradées par les flammes. Cette société est entrée dans le viseur de la mouvance libertaire en raison du développement des nouveaux compteurs Linky, que les activistes considèrent comme une violation de la vie privée. 


Toutes ces actions sont-elles liées ? "Le visage de l’ultragauche est protéiforme. Et très peu hiérarchisé. Les auteurs prennent d’intenses précautions pour ne pas se faire repérer et ne pas laisser de traces", explique une source bien informée. Une autre source au sein du ministère de l’Intérieur s’inquiète notamment du rapprochement entre ces activistes et les quartiers populaires. "On assiste depuis plusieurs mois à une tentative de fédérer la jeunesse des cités autour de leurs actions. Il y a clairement une volonté de réactiver des solidarités nationales", nous détaille cette source. 

Réunion

Pour preuve de ce rapprochement, selon nos informations, Jean-Marc Rouillan, ancien membre d’Action directe, a été vu au début de l’été à Lille en compagnie d’Assia Traoré, la sœur d’Adama Traoré, décédé lors d’une interpellation menée par les gendarmes en juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise)

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Procès du quai de Valmy : la colère des policiers face au jugement

A cette réunion, était aussi présent  Antonin Bernanos, condamné depuis à trois ans de prison ferme le 11 octobre dernier pour sa participation à l’attaque d’une voiture de policiers, Quai de Valmy, le 17 mai 2016 lors d’une manifestation contre la loi El Khomri. "Cette convergence est toute aussi inquiétante. Car ces activistes sont de plus en plus jeunes et peuvent se montrer très violents", conclut-on.

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