Entre mariages et rescapés, comment la mairie du 11e a géré les attentats

Entre mariages et rescapés, comment la mairie du 11e a géré les attentats

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INTERVIEW - François Vauglin, maire PS du 11e, a dû gérer la situation de crise dans son arrondissement juste après les attaques de vendredi soir. Un vaste dispositif a été mis en place très rapidement pour apporter du soutien aux victimes. Il est toujours en place ce lundi, dans ce quartier qui compte le plus de blessés et de morts.

Vous êtes le maire de l'arrondissement visé par quatre des sept attaques. Comment avez-vous appris le drame vendredi soir ?

François Vauglin : C'est un de mes adjoints qui vit au-dessus du bar La belle équipe qui m'a appelé en me disant : "Il y a des coups de feu. J'entends des gens qui crient dans la rue. Ça a l'air très grave". J'ai tout de suite contacté le commissaire de l'arrondissement qui m'a demandé de ne surtout pas aller sur place mais de venir au commissariat. De là, j'ai appris en direct les autres événements, dont la prise d'assaut du Bataclan et tout ce qui a suivi.

Quelle a été alors votre réaction ?

Il fallait agir et au plus vite, avec les moyens dont je disposais. J'ai demandé à mon directeur général des services qu'on rouvre la mairie. En moins d'une heure, 300 membres de la Croix Rouge et de la protection civile de Paris avaient investi les lieux pour pouvoir accueillir des victimes. Ces dernières n'étaient pas blessées mais en état de choc, et avaient besoin d'un soutien psychologique immédiat. Trois cars ont été affrétés pour ramener des personnes du Bataclan à la mairie. Au cours de la nuit, nous avons vu arriver des gens effondrés, pour beaucoup couverts de sang, hagards, avec des pertes de repères consécutifs au choc traumatique violent. 167 personnes au total ont été accueillies dans les heures qui ont suivi le drame. La mairie n'a pas fermé... A 9 heures, elle devait rouvrir, comme chaque samedi ordinaire, pour les mariages de la journée. Cinq étaient prévus, trois ont été annulés. Ils ont été célébrés par ma première adjointe… L'adjointe de permanence qui devait les célébrer a perdu son fils dans les attaques.

Combien de personnes avez-vous reçu au total en mairie ?

Samedi, 190 personnes ont été accueillies par les personnels soignants spécialisés en psycho traumatisme : psychiatres, psychologues, infirmiers… Dimanche, 223 personnes ont été prises en charge sur 35 points de consultation en mairie. Ces lieux ont été improvisés dans les salles de réunion, salles des fêtes mais aussi dans onze bureaux d'élus réquisitionnés pour ça. Nous avons vraiment mobilisé tous les moyens. Et puis, il y a eu une chaîne de solidarité incroyable dans le quartier. Deux interprètes, qui habitent le 11e arrondissement, se sont présentés spontanément. Ils ont été d'une grande aide pour écouter les personnes qui ne parlaient pas français. Ils nous ont permis d'accueillir ainsi les victimes en anglais, espagnol, portugais, brésilien, allemand. Nous avons mis un registre de condoléances devant la mairie et la fleuriste de la place Léon Blum (où se trouve la mairie, ndlr) a apporté des fleurs, de sa propre initiative.

En ce lundi, la mairie est-elle toujours mobilisée ?

Bien sûr. Une vingtaine de points de consultation sont encore ouverts, et ce, depuis 9 heures et jusqu'à 19 heures et 22 personnels soignants sont sur place. Ce dispositif va rester en place toute la semaine.

Trois jours après le drame, qu'avez-vous envie de dire aux habitants de votre quartier ?

Le choc que nous venons de subir est sans précédent. Il faut vraiment que ceux et celles qui en ressentent le besoin parlent à des spécialistes, par téléphone ou dans les différents lieux d'écoute qui ont été installés. Souvent les gens ont une certaine réticence à aller voir un psychologue, surtout les jeunes, mais ça fait du bien, vraiment.

Avez-vous un message plus général aux Parisiens ?

Vendredi dernier, la jeunesse et la diversité ont été prises pour cible. Dans le 11e et dans tout Paris, nous aimons vivre ensemble, nous voyons dans la différence de l'autre une richesse plutôt qu'un problème. Cela insupporte les intégristes et les terroristes. Notre réponse doit être de rester ce que nous sommes, de continuer à vivre, dans ce quartier mais aussi dans tout Paris.

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Depuis vendredi, la sécurité a-t-elle été renforcée dans le quartier ?

François Hollande a annoncé l'arrivée de 3000 militaires supplémentaires à Paris, et 1000 ont déjà rejoint la capitale, dont certains dans mon arrondissement. Dans l'enceinte de la mairie du 11e, nous avons 40 militaires à demeure, et ce, depuis les attentats de janvier dernier. Ils sont hébergés ici et rayonnent dans les alentours. Les moyens déployés sont considérables, et tous les lieux sensibles sont protégés.

Vendredi, les lieux visés n'étaient pas sensibles…

Non… Les terroristes n'ont pas été à La belle équipe ou au Petit Cambodge parce que c'était tel ou tel restaurant, ou parce que leur patron ou employé faisait ceci ou cela… De toute évidence, c'est le symbole qui était visé : la jeunesse et la diversité.

Le périmètre de sécurité autour du Bataclan est toujours lundi en place. Savez-vous si quelque chose est prévue une fois qu'il sera levé ?

Les enquêteurs de police continuent leurs investigations. Le périmètre sera maintenu autant que nécessaire. Ensuite, je ne sais pas si les responsables de la salle ont prévu quelque chose de spécifique. La mairie du 11e, elle, installera sur son fronton mardi ou mercredi une bâche noire très sobre. Sur celle-ci, l'inscription Paris en grosses lettres blanches soulignée de bleu, blanc, rouge et le slogan Fluctuat nec mergitur.

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