Evry : 7 ans de prison pour l'homme qui voulait faire assassiner sa femme en instance de divorce

FAITS DIVERS

COMPTE-RENDU D’AUDIENCE - Ce mercredi 10 août se tenait au tribunal correctionnel d’Evry le procès d’un ancien professeur de judo, père de famille a priori sans histoire, accusé d’avoir commandité l’assassinat de sa femme qui l’avait quitté. L'homme a été condamné à sept ans de prison ferme et à la déchéance de l'autorité parentale.

Un instant, on a pu croire qu’il allait tout assumer. "Oui, je reconnais les faits", déclare Christophe M, presque solennellement, très droit dans sa chemise blanche. Mais ce mercredi 10 août, au tribunal correctionnel d’Evry (Essonne), chacun a pu constater le contraire. Accusé d’avoir commandité l’assassinat de sa femme - et mère de ses deux enfants - après qu’elle a demandé le divorce, le prévenu, professeur de judo, se réfugie derrière des explications bancales et l’image d’un homme fragilisé par la séparation. 

"J’étais en état de dépression avancé", explique-t-il. "Je comptais faire ma vie avec ma femme. Elle m’a quitté, elle a cassé mes schémas de vie. Pour moi le divorce, c’était inimaginable. Ce projet, je le voulais sans le vouloir, j’étais entre deux eaux." Ce projet, celui de maquiller l’assassinat de son épouse en accident de la route, le quadragénaire reconnaît bien en être à l’origine. La preuve : c’est lui qui fait appel, en mai 2015, à un ancien élève de judo, reconverti pour l’occasion en homme de main pour accomplir la basse besogne. Mais au moment où le plan se précise, il assure alors s’être laissé emporter. "Je voulais avorter le projet, mais j’étais coincé, j’avais pas l’habitude de côtoyer des délinquants." Et il s’arc-boute sur sa position : "C’est lui qui m’a relancé, j’essayais de le contenir mais je savais plus comment faire, j’étais terrorisé." 

"A la télé, ils font tout le temps ça"

Pourtant, des éléments accablants recueillis pendant l’enquête le montrent très déterminé…et pas vraiment apeuré. Comment le sait-on ? Parce qu’entre temps, l’homme de main, placé en garde à vue pour une simple infraction au code de la route, lâche le morceau à la police. Un policier infiltré se joint alors à la bande de conspirateurs. Voilà désormais les conversations du père de famille enregistrées, et lues au tribunal. On l’entend dire : "Je fais exprès de bouger tous les week-ends pour avoir un alibi" ou encore "Si c’est fait après la date du divorce, moi je suis dans la merde, parce qu’il y a l’argent et tout…" 

Le prévenu se défend : "Je disais n’importe quoi, pour calmer le jeu." "Mais alors pourquoi avoir accepté d'apporter une photo de votre femme aux exécutants ? Et l’avoir détruite ensuite ?" s’interroge le président. "Je ne sais pas", répond-t-il. "A la télé, lls font tout le temps ça."

Un "meurtre sans mobile"

Des explications qui ne tiennent pas pour l’accusation. "Tout ceci est un énième scénario. Il se sert des zones d’ombre pour minimiser les faits", explique à la cour Karine Rousselot-Weber, avocate de la partie civile. "Il pense à lui, il veut se reconstruire. Mais à aucun moment il ne pense à la reconstruction de son ex-épouse." Du côté de la défense, maître François Artuphel prend le parti de la tentative de "meurtre sans mobile". "Ni animé d’une jalousie maladive, ni animé par l’argent, je vois quelqu’un qui s’est laissé embarquer par son attitude dépressive dans une histoire qu’il ne maîtrisait plus." La procureure de la République, pour qui "le projet s’est étalé sur plusieurs mois, il était mûr et réfléchi", a finalement requis huit ans de prison à l’encontre du prévenu.

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La victime, quant à elle, assise en face de l’auteur d’un plan macabre pour l’éliminer, ne prend la parole qu’une fois. Elle dit, brièvement, en regardant son ancien époux : "Il y a une chose que je ne conçois pas : c’est comment tu as pu vouloir supprimer la mère de tes enfants ?" Sans attendre la réponse, elle se rassoit, se blottit dans les bras de son fils aîné, et baisse les yeux.

La décision est tombée dans la soirée : l'homme a été condamné à sept ans de prison et à la déchéance de son autorité parentale.

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