Fausse agression d'Aubervilliers : Stéphane A., 45 ans, ce "bon prof" qui a basculé

Fausse agression d'Aubervilliers : Stéphane A., 45 ans, ce "bon prof" qui a basculé

ENQUÊTE - Metronews dresse le portrait de Stéphane A., cet instituteur d'Aubervilliers qui lundi a raconté avoir été agressé dans sa classe par un homme invoquant Daech, avant de reconnaître, quelques heures plus tard, avoir tout inventé.

Il s'appelle Stéphane A., il a 45 ans et lundi matin, il a fait croire à tout le monde qu'il avait été violemment agressé dans l'école où il travaille, à Aubervilliers, par un homme invoquant Daech. Avant de reconnaître, quelques heures plus tard, avoir tout inventé devant les enquêteurs. Mais pourquoi cet instituteur, en poste dans cette école maternelle depuis 22 ans, a-t-il monté cette agression de toutes pièces ? Eléments de réponse.

"Une personne très gentille", "très calme" : tels sont les témoignages qu'a pu recueillir metronews concernant cet enseignant, très apprécié dans son quartier. "Ce qui s'est passé est très étonnant", nous confie notamment une maman d'élève passé dans sa classe. Car de l'aveu de tous, "Stéphane", comme il se faisait appeler par ses élèves, était "un bon prof" : "Il est très exigeant avec ses élèves, sévère mais juste. Il a ses propres convictions pédagogiques", nous confie une autre mère d'un de ses anciens élèves. A Aubervilliers, c'est la consternation qui domine chez ceux qui ont côtoyé Stéphane A.. On ne comprend pas qu'il ait pu inventer une telle histoire. 

Un contexte de travail "difficile"

Comment explique-t-il son geste ? Quelles ont bien pu être les motivations de ce père de famille aux cheveux poivre et sel, à l'apparence joviale, résidant à Vémars (Val-d'Oise) ? Devant les enquêteurs, l'homme aurait laissé transparaître un certain mal-être. Plusieurs sources syndicales contactées par metronews  font état d'un contexte de travail "difficile"  dans tout le département avec des classes surchargées et une impression globale d'un manque de moyens alloués à l'Education. D'autre part, le quartier où se trouve l'école Jean-Perrin n'arrange rien avec une situation qui se serait dégradée ces dernières années, en parallèle du développement d'un certain nombre de trafics. Le collège, auquel la maternelle est rattachée, est d'ailleurs classé en REP (ex-ZEP)  et les enfants y "sont assez difficiles", nous confie-t-on.

Devant les policiers, Stéphane A., selon Europe 1 , aurait voulu lancer un cri d'alarme contre le terrorisme, après les menaces proférées par le groupe Etat islamique à l'encontre des fonctionnaires de l'Education nationale. Il voulait notamment dénoncer le manque de sécurité dans son établissement scolaire. Une information confirmée à metronews par une source proche de l'enquête. A-t-il été particulièrement atteint par les attentats sanglants du 13 novembre ? La sœur de l'un de ses amis, gravement blessée à la jambe en terrasse du Carillon, a perdu son compagnon ce jour-là. Le 21 novembre, Stéphane A. participait à une cagnotte en ligne afin de lui venir en aide. Autre information : une source proche de l'enquête nous confie qu'il redoutait une inspection académique qui devait se produire cette semaine. Inventer cette agression aurait aussi été, pour lui, l'occasion d'y échapper.

Lundi matin, Stéphane A. a contacté sa compagne, également enseignante à Aubervilliers, pour lui raconter ce qui lui était arrivé. Cette dernière est rapidement arrivée sur place où, d'après un témoin, elle "se serait effondrée", très choquée par l'agression raconté par son conjoint.

Hospitalisé d'office et suspendu de ses fonctions

Placé en garde à vue lundi pour des faits de "dénonciation de crime ou délit imaginaire" (un acte passible de six mois de prison, Ndlr), l’instituteur a fait l’objet dans ce cadre d’un examen psychiatrique concluant à une altération de son discernement. Son état de santé a également été jugé incompatible avec sa garde à vue. En conséquence, le parquet de Bobigny, en charge du dossier, a levé cette mesure dans la nuit de lundi à mardi, et Stéphane A. a été hospitalisé d’office.

L’enquête, confiée au commissariat d’Aubervilliers, se poursuit. De son côté, l’instituteur devra faire l’objet d’une expertise psychiatrique dès que possible. En attendant, le ministère de l'Education nationale a annoncé mardi en fin de matinée que l'enseignant était suspendu de ses fonctions.

EN SAVOIR +  >> Agression à Aubervilliers : l'enseignant reconnaît avoir tout inventé

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