Faux électricien violeur en série : 20 ans après, le calvaire des victimes pour témoigner

Faux électricien violeur en série : 20 ans après, le calvaire des victimes pour témoigner
FAITS DIVERS

JUSTICE – Le procès de Giovanni Costa, accusé d'avoir violé des fillettes dans les années 1990, s’est ouvert devant la cour d’assises de Paris. Près d’une trentaine de victimes ont été recensées par les policiers. Mais seule une demie douzaine d'entre elles s'est présentée à l'audience. La peur, la honte, le temps ou la douleur du traumatisme, ont dissuadé la majorité de venir témoigner.

Elles avaient entre 7 et 13 ans. Aujourd’hui, elles sont comédienne, productrice, galeriste, contrôleur de gestion. D’autres, "marchandiser" ou informaticienne. Elles ont entre 20 et 30 ans et ont subi, petites, un viol ou des abus sexuels à deux pas de leur domicile. Ce jeudi 31 mars, leur procès s’ouvre devant la cour d’assises de Paris pour des faits remontant entre 1990 et 2003. Un homme, Giovanni Costa, 77 ans, est accusé de leur avoir infligé ces agressions. Avec à chaque fois le même mode opératoire : l’homme se déguisait en électricien et, sous prétexte d’obtenir leur aide pour réparer une ampoule en hauteur, en profitait pour les soulever avant de les violer.

"Blocages sexuels"

Depuis les années 1980, les policiers de la brigade de protection des mineurs ont collecté une soixantaine de plaintes de fillettes décrivant ce même mode opératoire. Mais Giovanni Costa n’est renvoyé devant la cour d’assises que pour répondre de 27 faits, les autres ayant été prescrits. Moins d’une dizaine de victimes ont décidé d’aller jusqu’au bout du processus judiciaire et de se constituer partie civile. "Un sentiment de honte continue de perdurer, même après tout ce temps", nous explique Béryl Brown, l’avocate de deux victimes. Selon elle, le traumatisme de certaines a été tel qu’elles n’en ont "même pas parlé à leur mari". Un certain nombre de victimes, contactées par metronews, ont d’ailleurs refusé de s’exprimer. Même sous couvert de l’anonymat.

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Au-delà de la résurgence d’un traumatisme enfoui, c’est aussi l’épreuve du temps qui a pu dissuader des jeunes femmes à se présenter au procès. Réentendues par les policiers après l’interpellation de Giovanni Costa, plusieurs d’entre elles n’ont pas réussi à le reconnaître sur des planches photographiques. D’autres n’ont pas voulu détailler les conséquences de cet acte sur leur psychologie, apprend-on à la lecture du dossier. "Ce traumatisme est assimilé à l’enfance. Elles l’ont occulté", commente l’avocate. Une majorité, aussi, note des "blocages sexuels". L’une d’entre elles évoque, interrogée en avril 2013, un "traumatisme énorme", "la peur des hommes"...

Un "secret de famille"

Et les images sont encore là. "Avec le recul j’ai compris ce qu’il faisait… J’ai senti qu’il trifouillait au niveau de mon sexe et qu’il rentrait un doigt dans mon vagin […] J’y pense tout le temps… C’est une espèce de nuage qui est là dans ma tête", se souvient une victime, interrogée 22 ans plus tard par les policiers. Une autre, a dû refermer la porte, malgré elle, du traumatisme. Ses parents ont considéré cette agression sexuelle, surprise par la voisine de pallier, comme un "secret de famille", un "interdit". Confrontée 21 ans plus tard à Giovanni Costa, elle le reconnaîtra formellement derrière une glace sans tain. Elle avait son regard en mémoire, a-t-elle confié aux policiers. Elle non plus ne viendra pas témoigner au procès.

C’est ce silence qui a poussé, malgré toutes les difficultés, certaines victimes à venir témoigner. "Ma cliente souhaite achever un processus judiciaire. Une sorte de devoir à accomplir, sans tonalité de revanche", poursuit Me Brown. Témoigner, devant une cour d'assises, pour porter la parole de celles qui n’ont pas la force de faire face.

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