Filière d’acheminement de djihadistes : "On m'a présenté la Syrie comme un eldorado"

Filière d’acheminement de djihadistes : "On m'a présenté la Syrie comme un eldorado"

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JUSTICE – Sept hommes âgés de 23 à 37 ans sont jugés depuis ce mardi et jusqu'au 7 décembre au tribunal correctionnel de Paris pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme". Absent et sous le coup d'un mandat international, Salim Benghalem, considéré comme l'un des bourreaux de l'Etat islamique, était au centre des débats.

Ils étaient cinq dans le box. Un seul comparaît libre. Un autre, sous le coup d'un mandat d'arrêt international, fait figure de grand absent. Son nom, pourtant, est connu de tous et a été cité maintes fois au cours de ce premier jour d'audience dans le cadre du procès d'une filière djihadiste vers la Syrie. Agé de 35 ans, Salim Benghalem est en effet pour les enquêteurs du renseignement français perçu comme l'élément central de cette filière.

Les autres prévenus ont tous pris la parole ce mardi. Pendant les 4h30 d'audience, il a été question d'une ligne téléphonique au nom de Jean Coeurdelion, utilisée par les protagonistes présumés de cette filière. Il a été aussi question d'"interface", de "barbe", de "religion", de "maniement des armes, de "kalashnikov", d'Etat Islamique et bien sûr de Salim Benghalem. Interrogé pendant plus d'une demi-heure avant que l'audience ne soit suspendue, un des prévenus, Karl, a d'ailleurs fait pour la première fois des déclarations à l'encontre de celui que toutes les polices recherchent et qui serait en Syrie.

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La barbe ? "Ça ne m'intéresse pas"

Karl a passé deux mois en Syrie, entre le 13 mai et le 15 juillet 2013. "J'ai voulu aller en Syrie pour aider le peuple syrien, pour me rendre utile", déclare le jeune homme de 24 ans. "Des gens que j'ai rencontrés à la mosquée m'ont expliqué l'environnement en Syrie, poursuit-il sans préciser l'identité de ces personnes. Ma démarche n'était ni militaire, ni humanitaire". Interrogé sur son séjour, il affirme avoir passé "deux mois sans combattre", sans faire "grand-chose".

Sur ces motivations, il dit qu'il était "compliqué "pour lui, comme pour sa femme qui porte le voile, "d'avoir une vie de Français avec ces pratiques-là", en référence à ses convictions religieuses, au fait qu'il "mange hallal" et qu'il ne fait "pas la bise aux femmes". Quant à la barbe, il ne la porte pas. "Ça ne m'intéresse pas, ça n'est pas une obligation" déclare-t-il.

En Syrie, "'c'était possible d'avoir un avenir"

Au président, il déclare connaître trois des prévenus jugés à ses côtés mais ne souhaite pas répondre quand on lui demande si tel ou tel était en Syrie. "La situation est compliquée… Vous me demandez de m'exprimer sur les faits et gestes de chacun", se justifie-t-il. Passé par Antalya en Turquie, il dit ensuite être resté en Syrie dans un village, puis une ferme, et précise avoir prêté allégeance à Daech à Alep. Il affirme ne pas s'être "entraîné" et ne pas avoir "manipulé d'armes" et encore moins "tiré un coup de feu".

"Pourquoi êtes-vous parti ?" lui demande le président. "Un tas de raison, répond l'intéressé. On m'a présenté la Syrie comme un eldorado, tout en étant utile. C'était possible d'avoir un avenir". Puis Karl a réalisé que "les gens étaient trop insistants" pour qu'il "aille au combat". "J'en n'ai pas voulu. J'ai ma culture et mon hygiène de vie", lance-t-il. Et d'ajouter : "On m'avait promis un appartement. On ne m'a rien donné du tout". "Mais qui ?" interroge le président. "Mon contact" se contente de répondre le prévenu.

"Faut tuer tout le monde, faire la guerre à l'Occident"

Alors Karl a voulu rentrer en France, mais "on ne peut pas partir de Syrie comme ça". Il a pourtant regagné l'Hexagone le 15 juillet 2013. Quant à Salim Benghalem, qui a été, avec Mehdi Nemmouche, le tireur présumé du Musée juif de Bruxelles, l'un des geôliers des quatre journalistes français libérés en avril 2014 après avoir passé dix mois comme otages en Syrie, sa position est ferme. "Je n'ai rien à voir avec lui. Ce qu'il fait là, c'est de la folie".

Il dit l'avoir "croisé à Alep" et ne pas l'avoir connu en France. "J'ai un gros conflit idéologique avec lui. Il voulait m'obliger à me battre. (…) Il voulait que j'aille au combat. On a travaillé ensemble dans la logistique pendant une semaine, en transportant des biens pour les civils. Lui donnait les directives. Il parlait arabe. Il voulait que j'aille sur la ligne de front, mais c'est une idéologie trop déviante pour moi. Il disait : 'Faut tuer tout le monde, faire la guerre à l'Occident'".

Le président lui fait alors remarquer que "c'est la première fois" qu'il fait de telles déclarations. "Non, répond Karl. J'ai déjà fait ces déclarations mais en off. Je ne veux pas mettre en cause les gens". "Pourtant, Benghalem, vous le mettez en cause là", relève le président. "Oui mais Benghalem, il n'est pas en France, il ne peut pas me nuire" a nuancé le prévenu.

Le procès doit se poursuivre jusqu'au 7 décembre, sous haute surveillance.

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