Grenoble : suspendu "pour comportement agressif", l'instituteur devait s’occuper d'élèves de maternelle

FAITS DIVERS
TEMOIGNAGE – Un instituteur qui devait faire sa rentrée ce jeudi a finalement été retiré de l'école maternelle de Grenoble où il devait exercer. Des parents d’élèves avaient manifesté mercredi soir pour protester contre la venue de cet enseignant suspendu il y a deux ans pour "comportement agressif" notamment. Interrogés par LCI, ils expriment leur soulagement.


Leur combat, mené depuis mi-juin, a fini par porter ses fruits. Pour ces dizaines de parents inquiets, il aura fallu attendre ce jeudi, jour de la rentrée scolaire, pour apprendre que cet enseignant n’aurait finalement pas en charge la classe de maternelle de l’école Bizanet de Grenoble, en Isère.  


Agé d’une cinquantaine d’années, l’enseignant en question avait été suspendu deux ans pour  "comportement agressif" et "mesures vexatoires" envers des  élèves de CM1-CM2. "Il est venu ce jeudi matin à l’école Bizanet et a tout de suite été convoqué, indique Delphine Ropers, porte-parole de l’Association des Parents d'élèves de l'Ecole Bizanet, contactée ce jeudi midi par LCI. Nous avons appris très vite qu’il ne ferait pas sa rentrée. L'inspection académique a invoqué le ‘risque de trouble à l’ordre public’, enfin !". 


Mercredi soir, près de 200 parents d’élèves avaient manifesté devant l’école pour exiger que ce professeur n’obtienne pas sa classe. "Dès que nous avons appris que ce monsieur s'occuperait d'enfants à la rentrée, nous avons tout fait pour demander son retrait : rectorat, ministère de l’éducation, directeur de l’école. Nous avons écrit à tout le monde depuis deux mois, en vain. C’est la médiatisation de l’affaire mercredi, je crois, et les antécédents très graves de ce monsieur qui ont finalement fait bouger les choses", selon Delphine Ropers.


Des enfants "harcelés" et "humiliés"



 En janvier 2014, l'instituteur, alors en poste à l'école Menon, non loin de l’école Bizanet, avait fait l'objet d'une suspension disciplinaire de deux ans à la suite de plusieurs incidents avec des élèves.  "Ce monsieur a fait des choses atroces à des élèves de CM2. Il a privé des enfants de repas, et a refusé que d’autres aillent aux toilettes, les contraignant à se faire pipi dessus. A un élève qui avait des gaz, il aurait dit :’Toi tu te chies dessus’. A une petite fille qui était rouge il aurait lancé : ‘Comment ça, tu as envie de faire caca !". A une autre, il aurait déclaré qu'elle était 'tellement grosse', qu'elle allait devoir ‘songer au suicide’ ? Ce harcèlement, cette méchanceté ont bouleversé des petits. Ils ont été harcelés et humiliés". Certains à l’époque ont fugué. D’autres font depuis de la phobie scolaire. Pour beaucoup, le trauma va durer très longtemps" insiste Delphine Ropers.


L’enseignant avait contesté la décision en justice. Mais dans sa décision du 29 octobre 2014 rejetant sa requête, le tribunal administratif de Grenoble soulignait que l'intéressé avait "avec ses élèves un comportement qui peut être agressif, brusque, voire brutal , et s'accompagner de mesures vexatoires". Le tribunal détaillait ainsi qu'"afin de punir un élève, il a pu imposer à celui-ci de courir à côtés de ses camarades lors d’une sortie à vélo et qu’il a aussi pu forcer le frère d’un de ses élèves blessés à venir l’examiner à l’infirmerie alors que celui-ci saignait abondamment". Il ajoutait : "Il profère des insultes à l'encontre de certains de ses élèves, fait des remarques particulièrement méprisantes et tient régulièrement des propos orduriers et grossiers". L'enseignant a fait appel de ce jugement.


Soulagement et interrogations

Pour les parents d’élèves concernés, le retrait de cet enseignant ce jeudi est un réel "soulagement". "C’est une bonne nouvelle. Mais quid de la suite, s’interroge la représentante de l’Association des Parents d'élèves de l'Ecole Bizanet. On ne sait pas quel sera son travail cette année, et encore moins l’année prochaine. Il n’est pas exclu qu’il retrouve un poste en septembre 2017". La rectrice de l'académie de Grenoble, Claudine Schmidt-Lainé a en effet indiqué ce jeudi matin au micro de France Bleu Isère, que le quinquagénaire ne serait pas "devant les élèves ce matin et le reste de l'année". Elle n'a pas donné plus de précisions sur son avenir prochain. 


L’instituteur "a toujours nié les faits", selon les parents, n’hésitant pas à parler de "complot". Son avocat, Me Jean-Yves Balestas a fait savoir ce jeudi qu’il allait "certainement" attaquer la décision prise en cette rentrée scolaire.


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