De l'Irak au Super U de Trèbes, Arnaud Beltrame un homme plusieurs fois héros

HOMMAGE NATIONAL - Arnaud Beltrame est décédé après avoir échangé sa vie contre celle d'une employée du supermarché de Trèbes lors de l'attentat commis le 23 mars dernier. Ce gendarme s'était engagé il y a 23 ans comme officier de réserve dans l'artillerie avant de gravir les échelons de la gendarmerie. La France lui rend un hommage national ce mercredi.

En quelques minutes, il est devenu un héros. D’abord sur les réseaux sociaux, puis dans les médias, relatant le geste de courage immense de ce gendarme qui s’est échangé contre une otage. Alors, quand samedi, Arnaud Beltrame est mort des suites de ses blessures, la décision de lui rendre un hommage national fut une évidence. "En donnant sa vie pour mettre un terme à l’équipée meurtrière d’un terroriste djihadiste, il est tombé en héros", a souligné le président Emmanuel Macron.


Arnaud Beltrame est mort en héros : alors que la prise d’otage perpétrée vendredi dans le Super U de Trèbes par Radouane Lakdim avait déjà fait deux morts, le lieutenant-colonel s'est livré à la place d'une femme que l'assaillant avait prise comme bouclier humain. Grièvement blessé au cou à l'arme blanche, il a succombé samedi à ses blessures. Il avait 44 ans. Son acte de bravoure, ce "sacrifice" a été salué dans la France entière. Pourtant, le geste ne surprend ni ses collègues, ni sa famille, tant le gendarme semblait avoir son métier et ses valeurs chevillés au corps. Et au cœur. 

En 2005 en Irak, le sauvetage d'une ressortissante française

Les quelques photos de lui qui circulent montrent une silhouette élancée, des yeux clairs. Sa famille était originaire du Morbihan, lui était né à Etampes, dans l’Essonne. Arnaud Beltrame a débuté dans l’armée en tant qu’officier de réserve au sein de l'école de l'Artillerie à Draguignan, se classant parmi les meilleurs de sa promotion. A sa sortie, il commande d'abord une section d'artilleurs parachutistes au 35e régiment d'artillerie parachutiste de Tarbes, avant de rejoindre le 8e régiment d'artillerie, à Commercy. En 1999, il entre sur concours à l'école militaire interarmes de Saint-Cyr Coëtquidan. Là encore, il brille : il en sort major en 2001.Ses supérieurs avaient décelé en lui un militaire "qui se bat jusqu'au bout et n'abandonne jamais", selon l'Elysée. Les cadres soulignent son "esprit résolument offensif face à l’adversité".


Arnaud Beltrame choisit alors de se tourner vers la gendarmerie. En 2003, il est retenu avec six autres gendarmes sur 80 candidats pour intégrer le GSIGN (actuel GIGN). Il fait ensuite partie de l'Escadron parachutiste d'intervention de la Gendarmerie nationale (EPIGN), une unité d'élite. Arnaud Beltrame a déjà effectué des missions "extrêmement sensibles", comme en Irak en 2005 "où il a participé à une mission d''extraction extrêmement difficile d'une ressortissante française", menacée par un groupe terroriste, a révélé samedi dernier le général Richal Lizurey, directeur général de la gendarmerie. L’opération, qui consistait, raconte L’Obs, à localiser, protéger et à exfiltrer cette humanitaire, menacée par les groupes terroristes, a été menée à bien par Arnaud Beltrame et ses hommes. 


En 2006, Arnaud Beltrame devient ensuite commandant de compagnie au sein de la Garde Républicaine affecté pendant quatre ans à la sécurité de l'Elysée. Là encore, rapporte le site GendInfo, il manifeste "de grandes compétences, un engagement soutenu, maintient son unité à un haut niveau d’excellence", et se "distingue à de nombreuses reprises" qui lui valent d’être récompensé. En 2010, il est nommé commandant de la compagnie d'Avranches dans la Manche jusqu'en 2014, où, toujours, "il réussit de manière remarquable", "manifeste une grande disponibilité" et "se distingue par son autorité naturelle et son implication sans faille". Autant de qualités qui lui valent d’être retenu conseiller auprès du secrétaire général du ministère de l’Écologie en 2014. Marié, sans enfants, Arnaud Beltrame venait d'arriver dans la préfecture de l'Aude comme officier adjoint du groupement de gendarmerie départemental. 

Arnaud ne supportait pas la médiocrité. Il voulait toujours aller plus vite, plus loin, plus fortNicolle Nicolic-Beltrame

L’homme était donc unanimement salué sur le plan professionnel. Son geste de bravoure n’étonne pas ses proches, qui décrivent un homme habité par sa fonction, empli d’idéal. "Est-ce un sacrifice ? Je ne sais pas. C’était sa vie, c’était son idéal", raconte ainsi sa mère, Nicolle Nicolic-Beltrame. "Arnaud ne supportait pas la médiocrité. Il voulait toujours aller plus vite, plus loin, plus fort. C'était sa raison de vivre". La maman évoque un "idéaliste, un fonceur", "un homme attachant très dynamique, super, prenant à cœur les choses, toujours partant pour tout", qui voulait "défendre les opprimés". 


Quant à sa vocation de militaire, elle est pratiquement de famille. "Je pense qu’il y a un inconscient familial, père, grand-père, arrière-grand-père, tous étaient dans l’armée", raconte-t-elle. "Depuis tout petit, il jouait avec des petits soldats. Il était très heureux là-dedans, mais il voulait toujours monter plus haut, plus haut, encore faire des études, connaître." Elle fait aussi allusion à ses fortes valeurs patriotiques : "Depuis toujours, il y a 15 ans, il disait 'ma vie c’est la patrie d’abord, la famille après'. C’était ça, c’était sa vie. Il est né comme ça ! Il est né pour ça. Je ne le voyais pas faire autre chose !" 


Si, donc, Arnaud Beltrame est allé au bout de son engagement, et que cette fois lui a été fatale, sa mère confie : "Dans ce métier, on va au bout de soi-même. Il aimait aussi les défis, il était servi. Il est allé jusqu’au bout, malheureusement. Mais on n’est pas étonnés. Sachant qu’il n’aimait pas la médiocrité, on aurait envie que son geste serve." Reste que si le travail était donc important, la famille occupait aussi une large place : "Il avait cette façon d’être avec les autres, les cousinades... Il n’y avait pas que le travail, il y avait beaucoup la famille. Il était très attaché à sa famille, très entouré et très reconnu." 

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Arnaud Beltrame, le témoignage d'une mère et d'un frère

Seule une foi chrétienne animée par la charité pouvait lui demander ce sacrifice surhumainLe père Jean-Baptiste

Arnaud Beltrame était un homme d’honneur, porteur de valeur, donc. Mais aussi un fervent catholique. C’est une autre facette du personnage qui a émergé samedi, via le témoignage d’un chanoine de l’abbaye de Lagrasse, dans l’Aude, qui a assisté le gendarme dans ses derniers instants. Le prêtre a, sur le site du diocèse, rendu hommage à cet "officier chrétien qui a donné sa vie pour en sauver d’autres". Le père Jean-Baptiste explique ainsi comment il a préparait depuis deux ans le lieutenant et sa compagne, Marielle au mariage religieux, qui devait se tenir le 9 juin prochain à Vannes. Il décrit un homme "intelligent, sportif, volubile et entraînant", qui a "vécu une authentique conversion à près de 33 ans". Et le décrit ainsi : "Passionné par la gendarmerie, il nourrit depuis toujours une passion pour la France, sa grandeur, son histoire", rapporte le père. 


"En se livrant à la place d'otages, il est probablement animé avec passion de son héroïsme d'officier, car pour lui, être gendarme voulait dire protéger. Mais il sait le risque inouï qu'il prend. Il sait aussi la promesse de mariage religieux qu'il a fait à Marielle qui est déjà civilement son épouse et qu'il aime tendrement, j'en suis témoin. Alors ? Avait-il le droit de prendre un tel risque ?" Et dans sa réponse, le prêtre est formel : "Il me semble que seule sa foi peut expliquer la folie de ce sacrifice qui fait aujourd'hui l'admiration de tous. Il savait, comme nous l'a dit Jésus, qu''Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis'. Il savait que, si sa vie commençait d'appartenir à Marielle, elle était aussi à Dieu, à la France, à ses frères en danger de mort. Je crois que seule une foi chrétienne animée par la charité pouvait lui demander ce sacrifice surhumain."


Gendarme et croyant, c’est aussi le prisme par lequel Marielle, sa veuve, a parlé d’Arnaud à l’hebdomadaire chrétien La Vie. "Il se sentait intrinsèquement gendarme. Pour lui, être gendarme, ça veut dire protéger. Mais on ne peut comprendre son sacrifice si on le sépare de sa foi personnelle", a déclaré sa veuve Marielle à l'hebdomadaire chrétien. C'est le geste d'un gendarme et le geste d'un chrétien. Pour lui les deux sont liés, on ne peut pas séparer l'un de l'autre", a-t-elle ajouté, précisant qu'elle formait un "couple chrétien" avec son mari qui était "revenu à la foi de façon forte vers la trentaine". Leur mariage religieux était prévu "en Bretagne, car Arnaud y a ses racines".

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