"Il a mis ses doigts entre mes cuisses" : une victime raconte l'enfer du viol au procès de Giovanni Costa

"Il a mis ses doigts entre mes cuisses" : une victime raconte l'enfer du viol au procès de Giovanni Costa
FAITS DIVERS

COMPTE-RENDU D’AUDIENCE – Au premier jour du procès de 27 victimes de viols et d’atteintes sexuelles à Paris dans les années 1990, l’une d’entre elles a livré un récit glaçant de son agression. Un homme de 77 ans, Giovanni Costa, est accusé de ces crimes commis sur des fillettes de 7 à 13 ans dans les beaux quartiers parisiens.

Camille* a aujourd’hui 33 ans. Plus de 20 ans après le viol qu’elle a subi, les images sont encore collées à sa mémoire. "Ce jour-là, j’étais restée à mon domicile car j’étais souffrante. Quelqu’un a sonné", introduit-elle face à la cour d’assises. "J’ai regardé par l’œilleton. J’ai cru que la concierge avait déposé un colis sur le paillasson. Alors j’ai ouvert", poursuit-elle. Une réaction d’une petite fille de 11 ans, qui avait pourtant comme consigne de n’ouvrir à personne. L’initiative lui est fatale. A peine a-t-elle entrouvert la porte qu’un homme se présentant comme électricien lui demande d’entrer pour réparer le compteur.

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"C’était quelqu’un qui avait l’air craintif. Je voulais l’aider. Il n’avait pas du tout l’air effrayant à ce moment-là", justifie-t-elle. Cet homme, d’allure petite et bedonnante, lui demande alors d’enfermer dans une autre pièce le chien familial. "Il m’a demandé de regarder le compteur EDF. Je me souviens avoir observé très longtemps cette roue du compteur qui tournait. Quand il est revenu dans la cuisine, il m’a demandé de faire un truc avec les fils électriques". C’est à ce moment-là qu’il commence à la soulever avec ses bras. "Il a mis ses doigts entre mes cuisses, comme ça", raconte Camille à la barre, en mimant le geste. "C’était douloureux. J’ai râlé car je ne voyais pas les fils. Ça me faisait mal."

"Je n'osais crier"

L’agresseur la prend dans ses bras et l’avertit : "Je ne mets que les doigts". Il l’emmène alors dans la chambre de son frère. "Il me faisait des bisous. Je pleurais et j’essayais de le repousser. Il m’a installée sur le bureau, je n’avais plus mon pantalon", poursuit la victime. L’homme à l’allure de grand-père la viole. Elle ne sait plus si c’est avec son sexe ou avec ses doigts. "Mon ignorance sexuelle à l’époque", souffle-t-elle au président comme pour s’excuser des défauts de sa mémoire. "Ce qui est sûr, c’est qu’il y a eu une pénétration extrêmement douloureuse. J’étais très en colère mais je n’osais pas crier."

Comme Camille, elles sont plus d’une trentaine à avoir subi entre 1990 et 2003 ce type d’agressions sexuelles par un homme qui se grimait en électricien pour les abuser. Mais seules 27 ont été reconnues officiellement par la justice comme victimes. Un homme, Giovanni Costa a été interpellé en 2012, grâce aux progrès scientifiques de l’ADN. Son empreinte génétique a été retrouvée sur la culotte de petites filles. Vivant d’errance et de cambriolages, l’Italien aujourd’hui âgé de 77 ans est considéré comme le pédophile le plus dangereux que les beaux quartiers parisiens aient connu ces trente dernières années. "J'ai rarement eu à faire à un individu de la sorte", commente à la barre un enquêteur.

"Profil type du pédophile prédateur"

A l’ouverture de son procès devant la cour d’assises de Paris, Giovanni Costa a été expulsé de la salle après avoir insulté les juges. Présenté comme "ingérable", il a toujours nié les accusations portées contre lui, avançant un complot fomenté tantôt par une "policière italienne", tantôt par des "dealers noirs". Pourtant, l’accusé n’est pas fou, selon les experts psychiatres. Au contraire, une enquêtrice de la brigade de protection des mineurs estime à la barre qu’il a "le profil type du pédophile prédateur, à la recherche de proies".

D’ailleurs, elle pense qu’il a fait "au moins le double de victimes recensées", soit une centaine. "Dans une même journée, il pouvait y avoir deux voire trois agressions dans un même périmètre. Il connaissait très bien les rues du 16e arrondissement, où il avait ses habitudes de cambriolages. Il pouvait facilement s’échapper", fait remarquer un autre policier. Seules huit victimes se sont constituées parties civiles. Giovanni Costa, qui connaîtra son avenir judiciaire le 11 avril, encourt jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.

*Le prénom a été changé

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