Inceste dans l’affaire Sauvage : selon une fille, les gendarmes étaient (presque) au courant

Inceste dans l’affaire Sauvage : selon une fille, les gendarmes étaient (presque) au courant

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JUSTICE - En ce deuxième jour du procès en appel de Jacqueline Sauvage, aux assises de Blois, c’est au tour de Fabienne Marot, la plus jeune des filles, de témoigner. Elle raconte, comment, à 17 ans, elle a raconté son viol aux gendarmes.

Dans la famille Marot, on demande la fille cadette. Fabienne, 45 ans aujourd’hui. Cheveux coupés courts, elle porte un jean ajusté et un pull beige à col roulé. Ses yeux très bleus sont entourés de cernes sombres. Comme sa soeur aînée Sylvie avant elle, Fabienne se tient à la barre en ce mercredi 2 décembre pour revenir sur une adolescence difficile, dans le cadre du procès en appel de sa mère Jacqueline Sauvage, accusée d’avoir tué son époux en 2012 de trois coups de fusil dans le dos.

La voix, d’abord, est douce. Mais les mots sont abrupts. Fabienne raconte comment, à 15 ans et demi, elle s’est fait violer par son père. Et détaille, sous les questions de la cour : "Il est venu dans mon lit. Il m’a pénétrée pendant que je dormais. C’était le matin, il n’avait pas encore bu. Il était bien conscient de ses actes." Un acte incestueux que Carole, la troisième soeur, dénoncera elle aussi bien plus tard. Et même si Norbert Marot n’aura plus l’occasion, à partir de ce jour-là, de toucher à nouveau Fabienne, la jeune femme, elle, s’enferme dans son cauchemar. A 17 ans, la voilà qui fugue, juchée sur sa moto, avec pour seul bagage un pull jeté sur les épaules.

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"Tu aurais pu envoyer ton père aux assises"

Deux mois plus tard, les gendarmes finissent par la retrouver, dans un restaurant de la région où elle avait trouvé le gite, le couvert et un petit boulot. "Ils m’ont emmenée au poste, j’ai passé la nuit sur place, menottée", assure Fabienne. Sur place, les brigadiers la questionnent et la jeune femme décide de vider son sac. Elle raconte tout : les violences répétées, la façon que son père a de la surnommer "la pisse", parce que petite, elle avait eu le malheur de s’oublier quelques fois. Elle raconte le viol, aussi. "Mais à l’extérieur du commissariat, j’ai entendu un grand bruit" se souvient Fabienne. C’est son père, qui hurle : "Ne leur dis rien, c’est des ordures ! Avec ta mère, on est là pour t’aider !" Alors, l’adolescente prend peur. "Pendant que les gendarmes tentaient de maîtriser mon père, j’ai récupéré la déposition, je me suis enfermée dans les toilettes, et j’ai brûlé mes déclarations."

Dans un brusque retour au présent, l’avocate de la partie civile cherche à en savoir plus. Comme à sa soeur Sylvie la veille, elle demande une justification à ce silence obstiné. Mais alors que son aînée avait baissé les yeux face aux questions, Fabienne, elle, explose. Et dans cette salle d’audience habituée depuis des heures à la voix feutrée de Jacqueline Sauvage, c’est la colère et la détresse qui se font entendre. "Je n’en peux plus de toutes ces questions", hurle-t-elle, les yeux exorbités. "Vous ne vous rendez pas compte! J’aimerais que vous ayez tous ce monstre en face de vous !" Une fois calmée, elle ajoute, la voix basse, mais toujours droite et digne : "J’ai dit à ma mère que j’avais menti. ‘Tu te rends compte’, elle m’a dit, ‘tu aurais pu envoyer ton père aux assises’".

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