Inconnue morte défigurée dans le Jura : comment les gendarmes sont remontés jusqu’au suspect

Inconnue morte défigurée dans le Jura : comment les gendarmes sont remontés jusqu’au suspect

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FAIT DIVERS - Un homme a été écroué jeudi 9 novembre 2017, presque onze mois jour pour jour après la découverte, dans une forêt du Jura, du corps sans vie d’une jeune femme au visage mutilée et à qui 26 coups de couteau avaient été portés. Le suspect, âgé de 30 ans, en couple et père de famille, avait été interpellé mardi dernier. Il conteste les faits qui lui sont reprochés. Retour sur une enquête hors norme.

L’appel à témoins diffusé en janvier 2017 n’était pas passé inaperçu. Un mois après la découverte du corps sans vie, le 15 décembre 2016, d’une jeune femme dénudée et au visage mutilé en forêt du Frasnois dans le Jura, la gendarmerie nationale, sous la direction du procureur de la République du Tribunal de Grande Instance de Lons-le-Saunnier, demandait à toute personne pouvant apporter des informations susceptibles de faire avancer les investigations de se faire connaitre.  La reconstitution faciale élaborée par l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) avait permis de "redessiner" le visage de la victime, morte sous les coups portés par son agresseur au niveau de la tête et à qui 26 coups de couteau, dont aucun mortel, avaient été assénés au niveau du flanc et du cou. 


Onze mois  après que le cadavre de cette jeune femme a été retrouvée, l’enquête, menée en étroite coopération entre la France et la Suisse, a permis d’identifier un suspect. Ce dernier, âgé de 30 ans  a été  interpellé mardi dernier dans le Doubs où il vivait en famille. L’individu, en couple et père d’un enfant de moins de cinq ans,  travaillait dans la sécurité chez nos voisins helvètes avant d’être mis en examen pour meurtre et écroué le jeudi 9 novembre. Retour sur les grandes étapes d’une enquête hors norme. 

15 décembre 2016 : des bûcherons découvrent le cadavre

A dix jours des fêtes de Noël, des bûcherons qui œuvrent alors près de la cascade du Hérisson dans la forêt du Frasnois (Jura), découvrent une jeune femme nue, ensanglantée et défigurée. Son corps git sous un amas de feuilles. "Son visage présentait de multiples fractures, il était déformé, toute une face n’avait plus de peau, même si nous avions connu cette jeune femme, nous n’aurions pu la reconnaitre", assure une source proche du dossier ce vendredi 10 novembre à LCI. 

17 décembre 2016 : un premier appel à témoins lancé

Deux jours après que le cadavre a été trouvé, le procureur de  Lons-le-Saunier, Jean-Luc Lennon, alors en charge du dossier, lance un appel à témoins, avec un signalement mais sans photo. Cette jeune femme, âgée de 20 à 30 ans, est "totalement méconnaissable car  elle a reçu manifestement des coups très importants au visage, au point qu'elle  n'a plus de dents. Elle a reçu également plusieurs coups de couteau au niveau du flanc gauche et des cervicales", avait expliqué le magistrat à cette occasion. 

11 janvier 2017 : un deuxième appel à témoins lancé avec l’image d’une "reconstitution faciale"

Un mois et deux jours après la découverte du corps, et alors que les investigations n’ont pas permis de mettre la main sur l’assassin, un appel à témoins est à nouveau diffusé avec cette fois une reconstitution faciale réalisée virtuellement, à partir des scanners réalisés lors de l’autopsie. 


L’image ainsi obtenue montre une jeune  aux cheveux teints  en roux, nez épaté, bouche large, teint clair. Le signalement évoque alors une jeune femme âgée de 18 à 30 ans, d’1,67 mètre pour 50 kilos. Signes particuliers : 3 perforations à l’oreille gauche et une perforation à l’oreille droite. 

Juin 2017 : une carte d’identité retrouvée et une tâche de sang découverte

Après plus de six mois d’investigation, aucune disparition pouvant correspondre au profil de la jeune femme n’a été signalée aux forces de l’ordre. 


La reconstitution faciale du visage de la victime établie par l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) n’a pas permis non plus aux enquêteurs d’avancer de manière significative. Pas plus que les empreintes digitales de la jeune femme qui n’ont pas permis de l’identifier. 


En juin 2017, les militaires de la section de recherches de la gendarmerie de Besançon, qui coopèrent avec la police judiciaire de Lausanne, obtiennent un renseignement déterminant. "Côté Suisse, les enquêteurs avaient connaissance d’une affaire concernant une prostituée roumaine disparue depuis un certain temps. Cela ne les avait pas inquiétés plus que ça sur le moment car la rotation dans ce milieu est fréquente. Mais en juin 2017, la carte d’identité de la jeune femme a été retrouvée par des promeneurs sur un chemin bétonné dans la campagne à Sullens, près de Lausanne en Suisse. Le document était à proximité d’une tâche de sang relativement importante…", explique Pascal Péresse, commandant de la section de recherches de la gendarmerie de Besançon ce vendredi à LCI. Les Suisses ont alors effectué des recherches ADN sur la zone de la tâche de sang, tâche de sang datant de plusieurs mois".

Juillet 2017 : Un ADN extrait et comparé

"A partir de la tâche de sang, un ADN a été extrait. Il nous a été communiqué et a été comparé avec celui de la jeune femme de la forêt du Frasnois. L’ADN de la victime correspondait à celui de la prostituée disparue", détaille commandant de la section de recherches.

28 septembre 2017 : un nom sur la victime

Après le prélèvement de l’ADN de la mère de la jeune femme domiciliée en Roumanie, l’identité de la victime est  confirmée avec certitude, le 28 septembre 2017.  Au moment de sa mort, elle avait 18 ans. 


"L’autopsie réalisée après la découverte du cadavre avait permis d’établir que le décès de la jeune femme de 18 ans remontait à une voire deux semaines. Un ADN  masculin, résultant d’un acte sexuel et aussi sous la forme d’une trace de sang retrouvée sous le pied de la victime ainsi que sur une branche d’arbre avait par ailleurs été prélevé. Pour autant, ce dernier n’apparaissait sur aucun fichier, commente Pascal Péresse.  En outre, nous savions que le corps avait été retrouvé à un endroit mais que le crime n’avait pu être commis à ce même endroit en raison de l’absence de traces sur place. Enfin, la disparition de la prostituée en Suisse remontait, selon nos collègues Suisse, à la nuit du 29 au 30 novembre, un élément déterminant pour nous". 

Octobre 2017 : hôpitaux, écoutes et filatures

Les gendarmes de la section de recherches de Besançon supposent que l’auteur présumé du crime a été blessé au cours de l'agression mortelle. 


"Tous les hôpitaux de la région ont été consultésà nouveau mais cette fois avec une date précise en  tête. Nous avons alors appris qu’effectivement, le 30 novembre 2016 vers 6 heures du matin, un homme s’était présenté avec une grave blessure à la main. Plusieurs points du suture avaient alors été réalisés. Par la suite, nous avons mis en place écoutes et filatures, autour de ce patient, qui travaille dans le secteur de la sécurité sur Lausanne et vit dans le Doubs. Nous voulions connaître ses horaires de travail, ses habitudes…  ".

7 novembre 2017 : interpellation du suspect

Le suspect, père d’un enfant de moins de 5 ans et en couple, est interpellé à son domicile.

9 novembre 2017 : l’auteur présumé du crime est écroué. Il nie les faits

A l'issue de sa garde à vue, l’auteur présumé du meurtre, dont le casier judiciaire est vierge, est mis en examen et placé en détention provisoire. 


"Il conteste catégoriquement le meurtre et il aura probablement des explications à donner par la suite sur les éléments matériels du dossier", a indiqué à l'AFP son avocate, Me Emmanuelle Huot, ajoutant que son client "n'avait pas reconnu" la victime lorsqu'on lui avait présenté sa photo.


"Concernant sa blessure à la main, dans la nuit du 29 au 30 novembre 2016, il dit s'être blessé après avoir heurté un chevreuil en voiture. Il avait aussi dit cela aux médecins quand il s’était présenté à l’hôpital le 30 novembre au petit matin. Quant au chevreuil,  il affirme qu’un chasseur l’a ramassé après l’accident.Pour le reste, il ne dit rien, il nie en bloc. Pourtant, nous avons son ADN prélevé à différents endroits, sur la victime et à l'endroit où le corps a été retrouvé... . Le suspect est désormais en prison. Malheureusement, nous n’avons aucun élément pour l’instant nous permettant d’expliquer le déchaînement de violences sur la victime, violences qui ont conduit à sa mort",  conclut le commandant de la section de recherches de la gendarmerie de Besançon, Pascal Péresse. 

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