Infanticide de Berck-sur-Mer : "Je n'ai toujours pas fait le deuil de ma fille. Je ne le ferai jamais"

FAITS DIVERS

JUSTICE – Michel Lafon, l'ex-compagnon de Fabienne Kabou jugée jusqu'à vendredi pour avoir assassiné sa fille sur la plage de Berck-sur-Mer en novembre 2013, a raconté ce mardi les 15 mois passés aux côtés de leur enfant. Aujourd'hui âgé de 70 ans, l'homme, qui s'est constitué partie civile, reste à jamais endeuillé par la perte de ce bébé.

Quand Michel Lafon rencontre Fabienne Kabou, en 2001, il est déjà papa. Marié, séparé mais pas divorcé, le quinquagénaire se met alors en couple avec la jeune femme de 31 ans sa cadette. Fabienne Kabou tombera enceinte trois fois. Après deux avortements, elle décidera de garder son troisième enfant, dans le plus grand secret.

On est en novembre 2011. Même Michel Lafon, dont elle partage l'atelier de Saint-Mandé (Val-de-Marne), ne se rend compte de rien avant quelque temps. Il remarque, certes, un peu avant Noël "les seins gonflés" et "le ventre rebondi" de sa compagne. Elle lui dit : "C'est rien". Il lui fait "confiance" même si, au retour d'un séjour chez son frère, en février 2012, le doute n'est plus permis.

"C'est trop tard"

"Je lui ai dit :'Que se passe-t-il ?'. Elle me dit que c'est trop tard. J'ai cru comprendre qu'elle voulait garder l'enfant, donc j'ai accepté cet enfant", raconte-t-il ce mardi, alors que la cour du Pas-de-Calais juge son ex-compagne pour avoir assassiné l'enfant à l'automne 2013. Fabienne Kabou lui fait alors croire qu'elle a commencé une thèse de philosophie. En accord avec elle, ils décident "d'un plan". Après l'accouchement, la jeune maman confierait la garde du bébé à sa mère, au Sénégal, puis elle trouverait un poste, et récupérerait l'enfant une fois qu'elle aurait un emploi et un logement adapté.

En août 2012, quand Fabienne Kabou accouche seule dans l'atelier, Michel Lafon est en province. Elle ne l'appelle pas. A son retour le 10 août, elle lui indique avoir été avec sa mère à la clinique des Bleuets pour donner naissance au bébé. "J'ai tout gobé de ce que Fabienne m'a dit […] La manière dont elle a accouché, c'est effroyable !"

"Jamais maltraitée"

Puis Michel Lafon se met à parler de sa fille et de la cohabitation à trois. Car Fabienne Kabou allaite l'enfant et le bébé reste finalement en France. Chaque jour, son départ pour le Sénégal est différé. "Je n'étais pas à l'aise au début, reconnaît Michel Lafon. J'ai peur de faire tomber les bébés. Mais après, je m'en suis beaucoup occupé. Bien plus que beaucoup de pères. Je n'avais rien à faire. Tous les matins, on allait au parc. Dix, vingt baby-sitters m'ont vu avec Ada".

Michel Lafon insiste sur le fait que Fabienne Kabou elle aussi s'en est beaucoup occupé, qu'elle la massait, qu'elle la nourrissait, qu'elle la soignait. "Ça n'a jamais été une enfant maltraitée. Malheureusement… à la fin..." Puis il se reprend :" C'est stupide de dire ça".

Il continue, indiquant qu'ils dorment tous les trois, Ada entre eux deux. Il parle alors de "sérénité". "Un soir, j'ai dit à Ada : 'Je crois que c'est ça le paradis'. Je pense qu'on était bien. Tout aurait pu s'arranger, les dettes, les mensonges. Pour moi c'était une très belle période". Ça ne durera pas.

"Le ciel m'est tombé sur la tête"

A l'été 2013, Michel Lafon commence à avoir des doutes sur le fait qu'Ada partira vivre au Sénégal, comme convenu dans "le plan". Le 19 novembre pourtant, quelques jours après une dispute, Fabienne Kabou dit qu'elle va rejoindre sa mère dans Paris pour lui confier le bébé. Elle rentre seule le lendemain à l'atelier, sans Adélaïde.

Ça n'est que le 29 novembre, jour de l'interpellation de Fabienne Kabou à Saint-Mandé que Michel Lafon apprendra le drame de la bouche d'un enquêteur. "Je me suis effondré sur la table. Le ciel m'est tombé sur la tête. Je m'attendais au pire mais pas à ça". Pourtant, depuis le départ de la petite, Fabienne Kabou lui a assuré qu'Ada allait bien, allant jusqu'à indiquer qu'elle s'était "baignée avec ses cousins". En réalité, Adélaïde ne s'est pas baignée. Adélaïde s'est noyée, seule.

Absent aux obsèques

Michel Lafon, qui n'a jamais reconnu la fillette, s'y était véritablement attaché. Quand Me Broyart, l'avocat de l'association Enfance et Partage, partie civile, lui demande "s'il a une responsabilité morale dans la commission du crime", il admet : "La responsabilité est équitable. Je suis responsable de tout. Je me reproche tout. Je n'ai pas pu protéger Ada".

Il n'a pas pu non plus assister aux obsèques de sa fille, il a été prévenu deux heures avant. Adélaïde a été enterrée dans un cimetière de Boulogne-sur-Mer en décembre 2013. Seuls ses grands-parents maternels, qui ont appris la vie et la mort de leur petite fille peu avant, étaient présents. Pour des raisons administratives, il n'a pas pu déposer la sculpture qu'il voulait mettre en son hommage dans le bois de Vincennes. "Je n'ai pas fait le deuil d'Ada et je pense que je ne le ferai jamais", confesse-t-il.

Ce mardi, plusieurs photos d'Ada allongée sur la plage de Berck ont été montrées sur les écrans de la cour d’assises. Jamais Michel Lafon n'a pu les regarder. Il s'est absenté également lors de l'audition du médecin légiste. La présidente l'a averti que, ce mercredi, de nouvelles photos ainsi que des vidéos d'expertises d'Adélaïde seraient présentées dans la salle d'audience. "Je ne peux pas", a réagi Michel Lafon, qui, de toute évidence ne sera pas présent.

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