Infanticide de Berck-sur-Mer : "La condamner à 18 ans de réclusion criminelle, c'est la condamner à la folie"

Infanticide de Berck-sur-Mer : "La condamner à 18 ans de réclusion criminelle, c'est la condamner à la folie"
FAITS DIVERS

PROCES – Fabienne Roy-Nansion, avocate de Fabienne Kabou jugée pour l'assassinat de sa fille de 15 mois dans la nuit du 19 au 20 novembre 2013, a été la dernière à plaider ce vendredi. Aux jurés, elle a demandé de tenir compte de la "folie" de sa cliente avant qu'ils ne partent délibérer.

Elle a retracé son parcours, presque minute par minute. Elle a rappelé que Fabienne Kabou, le 19 novembre 2013, avait pris la ligne de bus 86 à Saint-Mandé (Val-de-Marne) avant de regagner la gare du Nord, puis, Berck-sur-Mer, pour y abandonner sa fillette sur une plage. Le 20 novembre, elle regagnait la commune du Val-de-Marne, seule.

Fabienne Roy-Nansion assiste Fabienne Kabou depuis deux ans et demi. Dans sa plaidoirie, ce vendredi, elle a indiqué aux jurés qu'elle la "connaissait" maintenant, avant de leur demander d'admettre que sa cliente avait une pathologie et que son discernement était altéré au moment des faits.

"Elle s'est autorisée à tuer son enfant"

Après avoir été interpellée le 29 novembre 2013 et livré plusieurs versions, Fabienne Kabou est passée aux aveux. "Elle a commis le pire des crimes que l'on puisse commettre. C'est une mère infanticide. Elle s'est autorisée à tuer son enfant. Dans ce crime, une part profonde nous échappe", note Me Roy-Nansion. Pour la robe noire, il ne s'agit pas pour les jurés de savoir comment - le modus operandi est connu - mais plutôt de comprendre pourquoi. "Si vous ne vous posez pas cette question, vous resterez sur la plage de Berck sidérés par l'horreur de ce crime", a-t-elle dit.

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Car si Fabienne Kabou voulait se débarrasser de cette enfant qu'elle a chéri, "pourquoi ne l'a-t-elle pas tuée dans l'atelier de Saint-Mandé" où elle vivait, "c'eut été plus facile ". "Pourquoi aller à Berck dans l'espoir que le corps soit emporté par la mer" alors qu'elle pouvait "la jeter dans la Seine" ou "l'enterrer dans le bois de Vincennes" voisin. Pourquoi avoir donné son nom à l'hôtelier qui l'a hébergée dans la nuit du 19 au 20 novembre 2013? Pourquoi avoir parlé à tous ceux qu'elle a croisés sur sa route, entre Paris et Berck-sur-Mer ? "Si vous vouliez commettre le crime parfait, est-ce ainsi que vous vous y prendriez?" demande-t-elle aux jurés.

"Une descente aux enfers"

Pour Me Roy-Nansion, l'histoire de Fabienne Kabou est celle d'une "descente aux enfers dans laquelle elle emmène son enfant". Le "début de la chute commence en 1995 quand elle arrive à Paris, son bac en poche", rappelle l'avocate. Puis arrivent une série d'échecs et de contrariétés, elle commence des études dans l'immobilier, se lance dans la philo, arrête, fait des petits boulots… "En 2006, ça se gâte, papa coupe le revenu, Fabienne Kabou perd pied".

En 2001, elle avait rencontré Michel Lafon, le père d'Adélaïde. "Ca n'était pas le coup de foudre, mais cet homme elle l'aime, souligne Me Roy-Nansion". En 2007, elle s'installe chez lui. Puis en 2008, commencent les manifestations sonores étranges et les hallucinations. "En 2001, quelque chose va se verrouiller de façon définitive. Fabienne Kabou disparaît aux yeux du monde. Elle est dans un enfermement psychique total. Elle s'éloigne de ses amis, de sa famille, elle se néantise".

"Une solitude abyssale"

Puis à l'automne 2011, elle tombe enceinte. "Elle ne cache pas sa grossesse, elle se cache, poursuit la défense. Finalement, ce moment sera un moment de grâce". Puis en août 2012 nait Ada, cet enfant qu'elle va "aimer", "masser", "choyer". Mais Fabienne Kabou continue à vivre "recluse", dans une "solitude abyssale".

En 2013, elle entend de nouvelles voix, de nouveaux bruits. Dans son agenda, elle consigne des dizaines de notes. Elle y raconte notamment ses rêves. "Il y est question de pattes de mouches, d'araignées tégénaires, de serpents, de monstres, de scarabées" poursuit Me Roy-Nansion. Puis, "cette femme fantôme accompagnée de son enfant fantôme va faire ce voyage vers la mort" explique l'avocate. "J'étais le jouet d'une force sans nom" a déclaré Fabienne Kabou aux psychiatres. La jeune mère entend alors cette voix qui lui répète sans cesse "Vas à la mer, Vas à la mer…".

"Si vous n'écoutez pas le diagnostic, vous passez à côté de cette femme!"

Les "meilleurs experts de France l'ont examiné en 2014" rappelle Me Roy-Nansion, évoquant les docteurs Zagury et Coutanceau. Leurs conclusions? Un trouble mental et donc une altération du discernement. Si vous n'écoutez pas le diagnostic, vous passez à côté de cette femme!".

Pourquoi Adélaïde est morte? Pour l'avocate, c'est clair, "parce que sa mère est folle". "La condamner à 18 ans de réclusion criminelle c'est la condamner à la folie! a dit Me Roy-Nansion aux jurés. Pensez-vous que la condamner à 18 ans de prison nous rendrait Adélaïde. SI c'était le cas, ma cliente demanderait le double".

A l'issue de la plaidoirie de son avocate, Fabienne Kabou n'a pas souhaité prendre la parole. Elle s'est effondrée dans les bras de son conseil, puis a quitté le box, avant que les jurés ne partent délibérer.

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