Infanticide de Berck-sur-Mer : la personnalité de Fabienne Kabou passée au crible

Infanticide de Berck-sur-Mer : la personnalité de Fabienne Kabou passée au crible
FAITS DIVERS

FAIT DIVERS – Fabienne Kabou est jugée depuis lundi et jusqu'à vendredi par la cour d'assises du Pas-de-Calais pour avoir, en 2013, assassiné sa fillette de 15 mois sur une plage de Berck-sur-Mer. En ce premier jour d'audience, la cour s'est penchée sur la personnalité de l'accusée, personnalité que personne à ce jour, ne semble parvenir à décrypter.

Elle a les cheveux tirés en arrière, les traits fins, les yeux en amande et les pommettes hautes. Dans le box, Fabienne Kabou, 39 ans, vêtue d'un gilet noir et d'un chemisier blanc, ne ressemble guère à cette femme que le public n'a vue que sur les images extraites des caméras de vidéosurveillance, le 19 novembre 2013, alors qu'elle prenait la route de Berck-sur-Mer pour y noyer sa fille. "Elle est d'une beauté", commentent plusieurs personnes dans la salle en la voyant. C'est incontestable. 

La trentenaire est jugée depuis lundi et jusqu'à vendredi devant les assises du Pas-de-Calais pour avoir assassiné son bébé, Adélaïde alias "Ada", alors âgé de 15 mois. L'enfant de 74 cm pour 9,330 kg avait été déposée sur le sable mouillé alors que la marée montait. Un pêcheur l'a retrouvée morte le 20 novembre, vers 8 heures du matin.

Avant que ne soient abordés les faits mardi, la cour s'est penchée en ce premier jour d'audience sur la personnalité de l'accusée. Une personnalité complexe que personne ne semble pour l'instant pouvoir décrypter…

"Une pression sur les épaules à porter"

Née le 14 juin 1977 à Dakar au Sénégal, Fabienne Kabou n'a jamais connu de vie commune avec ses parents. Son père, Etienne Kabou, a quitté sa mère alors qu'elle n'avait que trois ans et a refait sa vie avec une autre gardant quelques secrets. "Je n'ai appris qu'à l'instruction que mon père avait trois enfants (il a adopté trois filles par la suite et Fabienne Kabou n'en connaît qu'une, ndlr). Mon père n'a peut-être pas jugé utile de me les présenter", commente l'accusée depuis le box.

Fabienne Kabou grandit ensuite entre ses deux parents, la semaine chez sa mère, le week-end souvent chez Etienne Kabou. "C'est un père à part entière. Un père absent mais qui reste pleinement mon père", dit-elle. Elle admet avoir été élevée comme "une enfant unique". La seule enfant biologique d'Etienne Kabou précise que son géniteur "applique une autorité" et qu'elle avait une "pression sur les épaules à porter et à supporter".

"Plus rien ne lui réussissait"

En 1995, Fabienne Kabou, alors âgée de 18 ans décide de partir à Paris, pour "étudier". "Je ne peux pas comprendre le changement qu'il y a eu quand ma fille a quitté le Sénégal, dira sa mère un peu plus tard. Plus rien ne lui réussissait". L'enfant "modèle", "bonne élève", "souriante", "joviale" prend une autre trajectoire. 

Elle commence des études de droits immobiliers financées par ses parents puis arrête. En 1997, elle se penche sur la philosophie mais cela "n'aboutit pas". Pour subvenir à ses besoins, elle se met alors à travailler. Hôtesse, fille au pair, agent d'accueil, elle enchaîne les petits boulots pendant plusieurs années et déménage fréquemment.

"Il y avait un principe d'accord"

En 2001, elle rencontre, par le biais d'une tante, Michel Lafon, de 31 ans son aîné. Ils se mettent ensemble. Fabienne Kabou a un appartement mais passe son temps chez son compagnon. Elle n'emménage réellement qu'à partir de 2007 dans l'atelier de l'artiste sculpteur à Saint-Mandé (Val-de-Marne). Cette année-là, elle reprend les études. "Il y avait un accord de principe de trois ans, affirme Michel Lafon à la barre. Elle reprenait ses études que je croyais bien entamées. Elle passait son doctorat, puis elle repartait".

Fabienne Kabou obtient un DEUG. Puis en 2011, elle arrête la fac. A tous ses proches, elle prétend alors avoir décroché sa maîtrise puis commencé une thèse de doctorat de philosophie. Elle fait même mine de travailler. "Elle passait des heures devant son ordinateur", dit Michel Lafon qui se souvient l'avoir "conduite deux ou trois fois à Paris 8" où elle était censée étudier.

Les "pires années" de sa vie

Depuis le box, Fabienne Kabou déclare que "les deux années qui ont précédé l'assassinat de ma fille ont été les pires" de sa vie. Elle prétend notamment qu'à l'époque, elle était sujette à des "douleurs". Elle affirme qu'elle ne pouvait"lever sa tête le matin au réveil" et qu'elle avait des "hallucinations sonores" comme des "murs qui tonnent" ou "de la musique qui se met en marche".

La trentenaire consulte alors marabouts et guérisseurs, à qui elle aurait laissé des milliers d'euros. Rien n'y fait, son mal-être se poursuit et semble atteindre son paroxysme en 2011-2012, avant même qu'elle ne tombe enceinte. Que s'est-il passé à ce moment-là ? Ce n'est pour l'instant pas très clair.

Une grossesse cachée 

Fabienne Kabou a caché sa grossesse à ses amis et sa famille. Elle s'est coupée du monde puis a accouché seule dans l'atelier de Saint-Mandé où elle a donné naissance à Adélaïde dans le plus grand secret. Quinze mois plus tard, elle la tuait au cours d'une nuit glaciale et à l'abri des regards sur une plage du Nord de la France. Pour tenter d'expliquer son geste, Fabienne Kabou déclare : "J'ai parlé de sorcellerie, je ne plaisante pas. Quelqu'un de stupide dans un coma éthylique n'aurait pas fait ce que j'ai fait. Or, on dit que je suis intelligente".

Intelligente, elle l'est. Fabienne Kabou a un QI de 135 et s'exprime dans un langage soutenu. Mais elle passe son temps à affabuler, sur ses études, sa vie, sur l'argent emprunté à son compagnon (la dette s'élève à 90 000 euros) soi-disant pour un prêt immobilier pour sa mère alors qu'il s'agit de payer ses "guérisseurs" et "voyants".

"Spirale mensongère"

"Pourquoi tous ces mensonges", l'interroge Maître Christian Saint-Palais qui défend Michel Lafon. "J'étais dans une spirale mensongère" lui répond Fabienne Kabou. L'avocat poursuit : "En êtes-vous sortie?". L'accusée laisse de côté sa voix claire et hausse le ton, son visage se crispe. "Croyez-vous que la mort de ma fille ne soit pas suffisante?", répond-elle. 

Pour Luc Frémiot, avocat général, c'en est trop, la "réponse est insoutenable". "Ce n'est pas digne, c'est inacceptable" commente-t-il en référence à l'assassinat du bébé. Pour ces faits, Fabienne Kabou encourt la réclusion criminelle à perpétuité. 

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