INFO LCI - Brigade des Stups : les interpellations de "mules" explosent

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ENQUÊTE – Selon nos informations, la brigade des stupéfiants de la PJ parisienne fait face à une recrudescence de dossiers impliquant des "mules", ces passeurs recrutés par les trafiquants et chargés d’ingurgiter des capsules de cocaïne et de les acheminer depuis la Guyane jusqu’à Paris. Le nombre de dossiers ouverts par ces enquêteurs spécialisés s’annonce trois fois supérieurs en 2018 qu’en 2017…

Le phénomène est inquiétant. D’abord parce qu’on voit mal comment il pourrait être contenu. Ensuite, parce que les chiffres parlent d’eux-mêmes. D’après nos informations, sur les quatre premiers mois de l’année, la brigade des stupéfiants de la police judiciaire parisienne a ouvert 60 dossiers concernant des "mules" ou "bouletteux" en provenance de Guyane. Ce nombre correspond aussi à l’ensemble des interpellations liées à cette problématique sur toute l’année 2017. Un rythme trois fois supérieur, donc, à celui de l’année dernière.

Ces affaires de passeurs, payés environ 3.000 euros pour faire transiter de la cocaïne en ingérant des capsules jusqu’en Métropole, encombrent la permanence de la prestigieuse BS. Et occupent désormais en permanence un tiers de ses effectifs. Deux raisons principales expliquent le choix actuel des réseaux de trafiquants de privilégier le vecteur aérien commercial : "d’une part l’organisation est moins complexe que par la voie maritime et d’autre part, les risques financiers sont moindres, les pertes en cas d’interpellation d’un passeur pouvant être amorties par d’autres passeurs", écrivent les enquêteurs spécialisés dans une note que nous avons consultée.

Achetée 4.500€ le kilo, revendue 35.000€

La Guyane apparaît comme un territoire stratégique pour les narcotrafiquants de la région qui s’orientent désormais vers l’Europe, le marché nord-américain se révélant saturé. Le kilo de cocaïne y est deux fois moins cher qu’aux Antilles. Il s’achète 3.500€ au Suriname, 4.500€ en Guyane et peut être revendu jusqu’à 35.000€ en région parisienne. 

Entre 2011 et 2016, les interpellations de mules ont explosé de 846% dans ce département d’Outre-Mer. Les filières proviennent principalement de la région de Saint-Laurent-du-Maroni, à la frontière avec le Suriname. Elles recrutent des passeurs parmi les populations désœuvrées de la communauté « bushinengue », des descendants d’esclaves. Les ovules de cocaïne sont remis dans des hôtels ou des appartements. Puis les "mules" sont transportées jusqu’à Cayenne en voiture. D’où elles prendront un avion pour Paris. Une fois en Métropole, un contact récupérera la cargaison. 

Des passeurs au péril de leur vie

"Ils sont payés environ 3.000 euros. La cocaïne est vouée à être écoulée en région parisienne ou repart vers d’autres villes de province, au point de déstabiliser le marché dans des villes secondaires", nous explique Christophe Descoms, chef de la brigade des stupéfiants. La quantité moyenne ingérée est d’environ 600g, selon une note de l’office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS). D’après nos informations, une "mule" sur quatre est une femme. Parfois, elle est enceinte ou fait le trajet accompagnée d’enfants. Comme cette jeune mère décédée en plein vol en février 2017, son enfant de deux ans sur les genoux. Une capsule s’est brisée, elle a fait une overdose. Elle transportait 1,2kg de cocaïne.

Si le phénomène est bien connu des enquêteurs, les moyens de lutte sont limités. Car dès lors que la police procède à une interpellation, il faut transporter le suspect à l’hôpital pour qu’il éjecte les capsules. La procédure prévoit l’intégration dans une unité spécialisée où il pourra être entendu sous le régime de la garde à vue pendant 96 heures. "En Guyane, ils n’ont que deux lits. Une fois que les douaniers ont interpellé deux personnes, ils n’ont plus les moyens de traiter d’autres dossiers", ajoute Christophe Descoms.

Une vingtaine de "mules" sur chaque vol

Un chiffre noir circule parmi les initiés. Une vingtaine de mules prendraient place parmi les passagers à chaque vol au départ de Cayenne pour Paris. A la fin du mois dernier, l’antenne de l’OCRTIS et les douanes sur place ont par exemple fait fuiter au dernier moment qu’ils allaient contrôler tous les passagers de deux vols à direction de Paris. Quarante passagers ne se sont pas présentés en zone d’embarquement et se sont enfuis alors que leurs billets avaient été payés. Les services estiment que plus de 5 tonnes de cocaïne transitent chaque année de la sorte entre Cayenne et Paris.

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