"J'ai tué Julie" : aux assises de Grenoble, un jeune homme jugé pour l'assassinat de son ex-petite amie

FAITS DIVERS

PROCÈS - Ce 11 juin aux assises de Grenoble débute le procès de Simon Thirel, 22 ans, accusé d'avoir assassiné son ancienne petite amie après une rupture et de longs mois de harcèlement. Retour sur les faits.

La procès, qui se tient un peu moins de trois ans après les faits, est attendu avec impatience par la famille de Julie. Ce 11 juin débute aux assises de Grenoble le procès de Simon Thirel, 22 ans, accusé d'assassinat sur son ex-petite amie. Le jeune homme encourt la prison à perpétuité. 

Le drame se joue le 2 octobre 2015, à Saint-Jean-de-Moirans, petite ville sans histoire de l'Isère. Julie, 17 ans, est seule à la maison avec sa mère. Il est un peu moins de 9 heures; toutes les deux dorment encore. Soudain, la mère de famille est réveillée par un cri. Elle se lève et butte sur une paire de baskets dans le couloir. Ces chaussures n'appartiennent pas à ses fils. Alors, poussée par la curiosité, elle pénètre dans la chambre à coucher de sa fille adolescente. Ce qu'elle y découvre dépasse l'entendement : Simon, l'ancien petit ami de Julie, est agenouillé au-dessus d'elle, les deux mains serrées autour de son cou. Il y a du sang partout, au sol, sur les draps... Plusieurs couteaux sont éparpillés sur le lit - cinq en tout. Deux sont scotchés l'un à l'autre, plusieurs ont la lame brisée. La jeune femme, qui présente des plaies nombreuses et importantes, est déjà bleue. 

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"Pardon Béa, j'ai tué Julie"

"Pardon Béa, j'ai tué Julie" lui dit alors le jeune homme. S'en suit une lutte au corps à corps entre Simon et la mère de Julie, qui se poursuit jusque dans le jardin. Rapidement, la victime est emmenée par hélicoptère au CHU de Grenoble, où elle décède une heure plus tard, des suites de ses blessures et d'une asphyxie prolongée. Simon lui, est interpellé dans le centre-ville sans opposer de résistance. Il vient de raccrocher avec les secours à qui il explique avoir tué son ancienne petite-amie, sans en être tout à fait sûr.

Placé en garde à vue après un court séjour à l'hôpital, le jeune Simon reconnaît les faits - et notamment une strangulation de quinze minutes - mais réfute toute préméditation. Il assure s'être rendu chez la victime pour discuter, plusieurs mois après leur rupture et alors que Julie l'avait bloqué sur les réseaux sociaux. Qu'en le voyant, la jeune femme lui aurait mis une claque, ce qu'il n'aurait pas supporté, entraînant son accès de violence. Les enquêteurs, de leur côté, ne croient pas à cette version des faits. Pour eux, la préméditation est claire : l'auteur des faits est entré au domicile familial sans y avoir été invité, sachant que le père et les sœurs de la victime seraient absents. Il a pris soin de laisser ses chaussures dans le couloir et ramené avec lui deux couteaux scotchés entre eux. Une double lame artisanale dont l'ado assure qu'il s'agissait d'une arme de défense contre un chien du voisinage. Mais surtout, ce qui oriente les enquêteurs, c'est la rancœur éprouvée par Simon envers Julie depuis de longs mois. 

Un harcèlement de plusieurs mois

En effet, à la vue des échanges de SMS entre les deux adolescents, ils comprennent rapidement que Julie était la cible d'un harcèlement virulent depuis six mois. Chantage, rumeurs, menaces de divulguer des détails sur sa vie sexuelle : tout y passe. Simon, avant de passer à l'acte, assure à qui veut l'entendre, y compris au frère de la victime, que Julie lui avait transmis des maladies sexuellement transmissibles. Il apparaît enfin qu'un événement majeur est à l'origine de leur rupture : en janvier 2015, Julie tombe enceinte de Simon. Elle choisit d'avorter. Le jeune homme ne le supporte pas. 

Mais de cet acte vraisemblablement prémédité - qui a d'ailleurs été retenu dans le chef d'accusation - Simon n'a pas dit grand chose. Obtenir de lui des explications sur ce point constitue pour les proches de Julie un vrai enjeu : "Cette famille fracassée par le drame, qui essaie tant bien que mal de se reconstruire, attend des réponses restées en suspens" confirme à LCI Arnaud Levy-Soussan, avocat des parties civiles. 

Garçon instable

Décrit comme un "bon camarade" par ses copains de l'école, Simon apparaît comme un garçon instable, souffrant de dépression et de phobie scolaire. Hospitalisé en psychiatrie à deux reprises, il a déjà tenté de mettre fin à ses jours. Selon les expertises psychiatriques néanmoins, il demeure responsable de ses actes. Son discernement est bien altéré à cause d'une grande anxiété et d'une dépendance affective, mais il n'est guère aboli, concluent les différentes expertises. Simon est donc apte à être jugé et le verdict devrait être rendu mercredi 13 juin. Son avocat n'a pas donné suite à nos sollicitations. 

En 2016, 109 femmes ont été tuées par leur compagnon, soit en moyenne une femme tuée tous les trois jours. Dans 57% des cas, une séparation ou une dispute est à l'origine du féminicide. 

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