Jeune homme tué à Nantes : récit d'un drame en "trois phases"

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INVESTIGATIONS - Le policier qui a tué Aboubakar Fofana mardi soir lors d'un contrôle à Nantes a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire ce vendredi après que le procureur a tenu une conférence de presse durant laquelle il est longuement revenu sur le déroulé des faits.

Que s'est-il réellement passé mardi soir à Nantes ? C'est la question à laquelle tentent de répondre les enquêteurs depuis mardi soir et la mort d'Aboubakar Fofana, tué lors d'un contrôle de police. Le jeune homme de 22 ans été touché par le tir d'un policier alors qu'il effectuait une marche arrière pour fuir.


Pierre Sennès, le procureur de la République de Nantes, a annoncé vendredi soir l'ouverture d'une information judiciaire pour "coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Le policier a ensuite été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. En attendant d'en savoir plus, Pierre Sennès a détaillé le scénario du drame. Des éléments qui, mis en lumière avec les témoignages parus dans la presse, permettent de mieux comprendre ce qu'il a pu se passer. 

Un drame en trois phases

Selon le procureur, le déroulement des faits s'est fait en trois phases mardi soir : d'abord, le contrôle de police d'environ "10 à 15 minutes". Un banal contrôle justifié par le fait qu'Aboubakar Fofana, au volant d'un véhicule, ne portait pas sa ceinture de sécurité. Mais quand les policiers lui demandent son identité, il donne un faux nom. Un mensonge rapidement identifié grâce au concours du commissariat de Nantes.


Débute alors la deuxième phase, lorsque les policiers demandent à Aboubakar Fofana de se garer, de sortir de sa voiture et de les suivre au commissariat central. "Il va alors enclencher soudainement une marche arrière dans une démarche de fuite, a assuré le procureur lors de sa conférence de presse. Dans sa course, le conducteur va frôler un fonctionnaire de police" avec "à ses côtés deux enfants". Le policier va "se projeter sur le bas-côté" et emporter avec lui "une fillette qui aurait pu être heurtée par le véhicule du fuyard", précise le procureur. Aboubakar Fofana va alors heurter un véhicule stationné derrière lui, ce qui immobilise sa propre voiture.

Usage de l'arme

Enfin la troisième phase, lorsque, malgré le choc, le fuyard décide de redémarrer son véhicule. "A ce moment-là, un fonctionnaire de police, qui se trouve à hauteur du passager avant, fait usage de son arme, atteignant le conducteur au niveau de la gorge", déclare le procureur. Le véhicule continue sa route sur quelques mètres, défonce une murette et finit sa course dans le jardin d’une habitation. 


Le policier a indiqué "qu'en réalité il (avait) tenté de se pencher dans l'habitacle du véhicule pour saisir le volant et essayer d'arrêter la manœuvre", a relaté Pierre Sennès. "C'est à ce moment là, indique-t-il, dans le cadre de ce qu'il appelle un corps-à-corps, que le coup de feu est parti accidentellement pour toucher mortellement le conducteur." Ce dernier décédera deux heures plus tard à l'hôpital.

Des incohérences ?

Une version des faits qui ne collerait cependant pas à la réalité selon des vidéos amateurs consultées par RMC. La radio assure en effet que sur ces images on ne voit ni policiers, ni enfants derrière le véhicule, contrairement à ce qu'assure le procureur de la République. Autre élément troublant : le rapport de police évoquerait une voiture folle, "zigzaguant entre les immeubles". Les habitants, eux, parlent d'une course de quelques mètres seulement. Autant d'éléments qui devront être étudiés par les enquêteurs.

En vidéo

Jeune homme tué à Nantes : le policier reconnaît avoir menti et plaide l'accident

Placé en garde à vue jeudi midi, le policier a de son côté reconnu avoir menti lors de sa première audition libre mercredi, avait annoncé un peu plus tôt son avocat. Il affirme donc désormais avoir tiré "par accident" sur le jeune homme. Il avait auparavant indiqué "avoir tiré en raison de la dangerosité du conducteur et pour protéger les personnes qui pouvaient se trouver à proximité sur la trajectoire du véhicule", selon Pierre Sennès.

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