L'étonnante coopérative du trafic de drogue démantelée

FAITS DIVERS

POLICE - A l’issue d’un an d’enquête, la police judiciaire du Val-de-Marne a récemment fait tomber une équipe de voyous, soupçonnée d’avoir créé une mini-entreprise du crime. D’après nos informations, le gang s’était – fait rarissime - associé avec un clan ami pour faire fructifier leurs affaires respectives. Au total, cinq tonnes de cannabis ont été saisies simultanément à travers la France.

C’est un phénomène unique qu’ont mis au jour les enquêteurs. Un phénomène qui montre bien qu’en matière de drogue, les trafiquants ne manquent pas d’imagination, allant jusqu’à copier les bonnes vieilles méthodes du monde du travail : s’associer entre partenaires (armés) et mutualiser les moyens (illégaux), pour gagner toujours plus d’argent.

Mardi 5 avril 2017. Ce matin-là, sur décision d’un juge d’instruction, la PJ de Créteil interpelle une équipe de malfaiteurs, qu’elle avait dans son collimateur depuis un an. Quatre hommes et une femme sont arrêtés. Les perquisitions, aux domiciles des suspects et dans des box, sont fructueuses : 300 kilos de cannabis découverts, deux pistolets Colt 45 et leurs munitions, 11 voitures saisies – dont 9 volées -  et 300.000 euros d’avoirs criminels gelés sur des comptes bancaires.

"Rimka" le livreur de pizzas

Soupçonné d’être à la tête du réseau : un homme surnommé "Rimka" qui, à 35 ans, peut être considéré comme un vieux client de la PJ. Son train de vie ne collait pas franchement avec son ancien poste à la RATP ou ses prétendus emplois de plombier, de livreur de pizzas ou encore de chauffagiste. Considéré comme un des plus importants importateurs de cannabis de la région parisienne, "Rimka" partageait son temps entre son quartier huppé de Saint-Maur-des-Fossés et sa maison de vacances marocaine, en toute discrétion. 

Les policiers s’étaient mis sur sa piste en avril 2016, au départ grâce à la découverte par la BAC (Brigade anti-criminalité) de Champigny-sur-Marne d’une voiture volée et équipée de fausses plaques d’immatriculation, stationnée sur un parking. Au fil des mois, les enquêteurs comprenaient avoir face à eux une équipe ultra-rôdée et multi-cartes, fonctionnant exactement comme une entreprise : le cannabis importé du Maroc par camions était ensuite acheminé à travers la France à bord de bolides volés par le gang. Des voitures parfois luxueuses, souvent revendues une fois les livraisons effectuées, afin de générer des liquidités. Pas besoin de sous-traitants extérieurs, toutes les missions criminelles étaient ainsi effectuées en circuit interne. Moins coûteux. Plus sûr.

Logistique et trésorerie mutualisées

Mais les "limiers" de Créteil n’étaient pas au bout de leurs surprises. A l’issue de nombreuses surveillances, les policiers comprenaient que "Rimka" s’était associé en affaires avec une autre équipe de trafiquants, surveillée elle - hasard total - par la police judiciaire versaillaise. Fait rarissime, les deux gangs avaient scellé un pacte commercial : ils achetaient ensemble d’énormes quantités de cannabis dans le Rif marocain, afin d’obtenir un prix "cassé" auprès de leurs fournisseurs. 

Achat groupé de plusieurs tonnes, acheminement à travers l’Espagne dans une armée de camions et de fourgonnettes, stockage dans des box, distribution en convoi type "go fast" à travers la France, blanchiment de l’argent sale : au nom du sacro-saint "business", logistique et trésorerie étaient mutualisées pour faire des économies, peu importe les millions d’euros (en liquide) de chiffre d’affaires. Seule chasse gardée de chaque gang : sa précieuse liste de commandes et de clients.

Mardi dernier, une vaste opération policière était dès lors lancée. PJ du Val-de-Marne, de Versailles, de Marseille ainsi que la Sûreté départementale de Seine-et-Marne interpellaient au total une quinzaine de suspects de façon simultanée. Un peu plus de 5 tonnes de résine de cannabis étaient saisies. Valeur à la revente : 13 millions d’euros. Peu bavard le temps de sa garde-à-vue, "Rimka" a dû dire adieu à sa lucrative vie présumée de "commercial du stup". Lui comme six de ses partenaires jadis heureux en affaires dorment désormais en prison…

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