La famille de Malik Boutvillain, disparu en 2012, espère des avancées grâce à l'affaire Lelandais

FAITS DIVERS
INTERVIEW – Malik Boutvillain a disparu le 6 mai 2012 à Échirolles (Isère). Ses proches se réunissent ce jeudi après-midi à Lyon avec dix autres familles de personnes disparues. Elles échangeront pour tenter de voir s'il existe un lien avec Nordahl Lelandais, mis en examen pour "enlèvement et meurtre" dans l'affaire Maëlys et, quatre mois plus tard, pour "assassinat" dans l'affaire de caporal Arthur Noyer.

Dalila Boutvillain fait partie de ceux qui ont perdu un des leurs. Son frère Malik, 32 ans, a mystérieusement disparu le 6 mai 2012 à Echirolles (Isère). Le trentenaire vivait chez sa mère après s'être séparé de sa compagne. Ce jour-là, il est parti faire son jogging mais n'est jamais rentré.


Jeudi 1er février, les proches de Malik Boutvillain se réunissent à Lyon avec dix autres familles de personnes disparues dans le but de faire avancer les choses et d'interpeller l'Etat sur leur situation. Il s'agit aussi pour elle de tenter de voir s'il y a ou non un lien éventuel avec Nordahl Lelandais. Mis en examen pour "enlèvement et meurtre" dans l'affaire de  la petite Maëlys, 9 ans, en novembre, l'ancien militaire passionné par les chiens a été également mis en examen en décembre pour l'assassinat du caporal Arthur Noyer, disparu en avril 2017. Entretien avec la sœur de Malik Boutvillain, Dalila.

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Nordahl Lelandais est-il impliqué dans d'autres disparitions ?

LCI : Pouvez-vous nous parler de la réunion qui se tient aujourd'hui à Lyon ?

Dalila Boutvillain : Nous avons à 14h ce jeudi une réunion avec l'association ARPD (Assistance et recherche de personnes disparues). Nous serons une douzaine de familles de la région Rhône-Alpes dont un proche a disparu. Nous allons discuter de nos cas, voir ce qu'il en est, et faire dans la foulée un tournage pour l'émission Envoyé Spécial.

LCI : Quel est l'intérêt de vous regrouper ?

Dalila Boutvillain : Je connais déjà et depuis un certain temps plusieurs familles via les réseaux sociaux : la famille d'Adrien Fiorello, 22 ans, disparu à Firminy le 6 octobre 2010, la famille de Nicolas Suppo, 30 ans, volatilisé le 15 septembre 2010 dans la région grenobloise, la famille de Stéphane Chemin, 33 ans, disparu le 24 septembre sur la commune du Bourg-d'Oisans, Adeline Morin, la sœur de Jean-Christophe, disparue en 2011... Nous avons partagé nos expériences, nos souffrances, et puisé de la force chez chacun d'entre nous pour tenir bon. Nous voulons maintenant montrer que nous ne sommes pas tous seuls, qu'il y a une association avec nous : l'ARPD, qui a été reçue il y a deux jours au ministère de la Justice.

LCI : Qu'attendez-vous du ministère de la Justice, des forces de l'ordre et de l'Etat?

Dalila Boutvillain : Pour mon frère Malik, il n'y a pas eu d'enquête, rien du tout. Là, il y a enfin des ouvertures d'enquête avec des spécialistes qui vont travailler sur ces dossiers. Dans notre cas, le procureur de la République de Grenoble, Jean-Yves Coquillat, nous a annoncé il y a quelques jours qu'une enquête allait être ouverte et qu'elle allait être confiée à la Police judiciaire de Grenoble. Cela permettra éventuellement de faire des liens avec Nordahl Lelandais, et si ça n'est pas le cas, d'avoir peut-être des éléments sur cette disparition inquiétante et sur les autres affaires non résolues à ce jour.

LCI : Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire de votre frère Malik, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Dalila Boutvillain : Malik a disparu le 6 mai 2012. Il est parti en short et t-shirt de chez ma mère pour faire son footing, comme tous les jours. Il n'est jamais rentré. En arrivant à la maison vers 13h pour le déjeuner, ma mère s'est inquiétée de voir toutes ses affaires sur place. C'était jour d'élection présidentielle, il devait aller voter. Sur la table, il y avait son téléphone, ses portefeuille, ses clés de voiture, sa carte d'identité, sa carte de vote... Tout ce que l'on sait, c'est qu'il a disparu entre 7h et 13h.

LCI : Qu'avez-vous fait à partir de ce moment-là ?

Dalila Boutvillain : Nous sommes allés le jour-même au commissariat pour signaler sa disparition. Les policiers nous ont dit qu'il était majeur, qu'il fallait attendre 48 heures… Ce que nous avons fait. Sauf que 48 heures plus tard, c'était le 8 mai, jour férié. Nous avons dû attendre le 9 mai. Une enquête a été ouverte pour disparition inquiétante mais sur le fond, il n'y a eu aucune recherche, aucun moyen n'a été mis à disposition. C'était une enquête ouverte mais très limitée…

LCI : En ne voyant pas votre frère rentrer, le 6 mai 2012 et les jours suivants, qu'avez-vous pensé ?

Dalila Boutvillain : Je me suis dit tout de suite qu'il était tombé dans les bois pendant son footing. J'ai pensé qu'il était peut-être en souffrance, qu'il fallait qu'on le trouve au plus vite pour lui porter secours. J'ai demandé à ce que des chiens soient mis à disposition par les forces de l'ordre, on m'a dit non. Nous sommes donc partis seuls cherchés notre frère dans les bois. Après quelques jours, on s'est dit que, peut-être, il avait mis fin à ses jours sans que l'on sache pourquoi. L'enquêteur de police m'avait dit que les personnes qui se suicidaient par noyade enlevaient leurs chaussures. J'ai été voir à la rivière à côté de chez nous si je ne trouvais pas ses baskets… J'ai cherché pendant deux jours, je ne les ai jamais retrouvées… Nous avons également mis des affiches partout dans la région avec les photos de Malik, diffusé des appels à témoins, contacté les médias locaux… On a eu quelques retours de personnes qui voulaient nous aider, de gens qui pensaient l'avoir vu, notamment à Carpentras… Six ans plus tard, toujours rien. On en est toujours au même point, le néant total.

LCI : Qu'avez-vous pensé quand vous avez entendu qu'après l'affaire Maëlys, Nordahl Lelandais, présumé innocent, était mis en examen pour "assassinat" dans l'affaire du caporal Arthur Noyer ?

Dalila Boutvillain : Honnêtement, je me suis dit : "Non, c'est pas possible. J'espère que Malik, il ne lui est pas arrivé un truc comme ça." Mais bon, si ça peut arriver à un homme qui est caporal dans l'armée, qui est militaire, ça peut arriver à n'importe qui. Mon frère avait trouvé un emploi d''électrotechnicien juste avant sa disparition, c'était quelqu'un de gentil, de bien, qui était grand et costaud. S'il a croisé la route de Nordahl Lelandais ou d'un autre homme qui aurait voulu s'en prendre à lui, il aurait sans doute essayé de parler et n'aurait pas cherché, je pense, spontanément à se défendre. Malik, ça n'est pas un bagarreur, c'est pas un mec qui cherche la baston.

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Affaires Maëlys et Arthur Noyer : l’inquiétant Nordahl Lelandais

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