La "petite martyre de l'A10" a désormais un prénom : retour sur un cold case en passe d'être résolu

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FAIT DIVERS - En 1987, le corps d'une petite fille était retrouvé mutilé dans un fossé de l'autoroute A10, près de Blois. L'affaire avait été relancée en 2017 après un prélèvement d'ADN d'un des frères dans une autre affaire et qui a permis d'identifier les parents, mis en examen pour meurtre jeudi. Retour sur une enquête de 30 ans.

"Cette petite fille n'est pas morte d'une mort naturelle. Alors, même si c'est tard, même si c'est dans plusieurs années, ce serait normal que les coupables soient jugés devant une cour d'assises". Les propos sont de la juge qui était en charge de l'enquête il y a plusieurs années. Et à l'époque, elle ne savait pas que les outils scientifiques aideraient peut-être à la résolution de l'énigme de "la petite martyre de l'A10" ? Il y a 30 ans, la découverte du corps martyrisé d’une fillette dans un fossé de l’autoroute près de Blois défrayait la chronique, la justice déployant des moyens considérables pour éclaircir ce drame. En vain. Il faudra attendre les progrès de la science pour que l'enquête remonte aux parents de l'enfant, placés en garde à vue mardi avant d'être mis en examen jeudi.

Les gendarmes pensent en effet avoir résolu l'énigme de cette fillette inconnue, qui avait été surnommée "la petite martyre de l'A10". Son cadavre mutilé portait en effet des traces de brûlures dues à un fer à repasser et des cicatrices dues à des morsures humaines, sans doute d'une femme, selon les médecins légistes. Le juge d'instruction de Blois, chargé à l'époque du dossier, avait estimé qu'il s'agissait "pratiquement d'un cas d'anthropophagie avec prélèvement de chair". L'affaire devient vite nationale : près de 65.000 écoles sont visitées et 6.000 médecins ou assistantes maternelles sont rencontrées pour essayer de donner un nom à la jeune victime. Le signalement de la fillette avait été diffusé dans plus de 30 pays et sa photographie placardée dans tous les endroits publics : Elle mesurait 0,95 mètre, pesait 20 kilos, avait les cheveux bruns bouclés et les yeux marron foncé.

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Une ordonnance de non-lieu avait été rendue en octobre 1997, après des recherches infructueuses, laissant cette affaire non résolue. Jusqu'à ce que le hasard se mêle aux progrès de la science, les enquêteurs ont relancé l'affaire grâce à l'arrestation en 2016 d'un homme, dans le cadre d'une toute autre affaire. Après comparaison de son ADN avec le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), une correspondance a été révélée avec des traces ADN sur les vêtements et la couverture dans laquelle était enveloppé le corps de l'enfant. L'individu serait le frère de la victime.


Grâce à l'ADN de celui-ci, prélevé en 2017, les enquêteurs ont pu ainsi identifier et retrouver la trace des parents, un couple de sexagénaires, originaires du Maroc, selon la Nouvelle République. Les enquêteurs ont recoupé les données de la caisse d'allocations familiales pour déterminer qu'un enfant du couple n'était plus recensé. La mère faisait croire que l'enfant était au Maroc, selon une source proche du dossier. Selon une proche du dossier, le père reconnaît des maltraitances de la mère sur l'enfant ayant entraîné la mort. Ils auraient dissimulé à deux le corps de la fillette. A l'époque des faits, le couple séparé depuis 2010, avait déjà deux enfants nés en 1978 et 1981.


 Les parents ont été placés mardi dernier en garde à vue à Orléans pour meurtre, recel de cadavre, violences habituelles sur mineur de moins de 15 ans. Ils devaient être présentés jeudi à un juge d'instruction à Blois en vue de leur mise en examen.  Le procureur de la république de Blois Frédéric Chevallier donnera une conférence de presse dans l'après-midi. 

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