La police a-t-elle d'autres choix que d'abattre les terroristes?

FAITS DIVERS

MORTS, ET APRÈS - Face au caractère imprévisible et fanatique des terroristes, la police ne semble pas en mesure de pouvoir capturer vivant ces individus dans l'espoir d'obtenir des informations précieuses pour le besoin de l'enquête.

La scène s'est encore répétée à Saint-Etienne-Du-Rouvray. Alertée par une fidèle, parvenue à s'échapper de l’église de la ville où s’était retranché Abdel-Malik Petitjean et Adel Kermiche mercredi 26 juillet, la police débarque sur les lieux de la prise d’otages. A leur arrivée, les informations dont disposent les forces de l’ordre peuvent paraître encore sommaires ou du moins imprécises pour envisager toute intervention. Quelques minutes après, les terroristes, sortis sur le parvis de l'église avec des ceintures factices, sont abattus.

Souvent, la police tente le dialogue avec les preneurs d’otages, première étape pour éviter qu’il y ait des victimes. Avec des hommes prêts à mourir pour revendiquer leur cause, la fin du scénario est inlassablement la même : la police abat les terroristes. Mais a-t-elle vraiment d’autres choix ?

Cette attitude est caractéristique du "terrorisme contemporain", porté par des fanatiques prêts à tout pour donner de l’ampleur à leur acte. Et comme le montrent les attentats de Paris, de Nice ou encore dernièrement de Saint-Etienne-du-Rouvray, on frappe le plus massivement possible, l'objectif étant d'obtenir un écho retentissant. La police est en première ligne face à l’imprévisibilité de ces personnes qualifiées par Daech de "soldats du Califat".

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Premier objectif : mettre le terroriste hors d'état de nuire

Et le débat de surgir, à nouveau : pour se prémunir davantage du terrorisme, ne serait-il pas opportun d’en capturer un , de le faire parler, de cerner sa personnalité, ses intentions, afin d’établir un schéma psychologique que l’on pourrait étendre à d’autres individus ? Et par conséquent, commencer à trouver une faille que les enquêtes policières ou judiciaires pourront judicieusement exploiter ?

La situation sur le terrain ne laisse cependant que trop peu la possibilité d’une capture. "La doctrine de la police et du pouvoir politique est simple, amorce auprès de metronews Matthieu Frachon, journaliste, spécialiste de l’histoire de la police et auteur de l’ouvrage La police pour les nuls , publié en novembre 2015. Plutôt que de risquer la vie d’un policier, il faut mettre le terroriste hors d’état de nuire. C’est avant tout le premier objectif ".

Un objectif dessiné par la place Beauvau ? Pas du tout, réfute Matthieu Frachon. "Depuis la création de la BRI, l’exécutif a compris que c'étaient aux forces d’intervention de prendre la décision finale car ils seront les meilleurs juges de l’action qu’il faut entreprendre. Si aucun espoir n’est permis de raisonner le terroriste, ni même de le capturer vivant, ils abattront de fait ceux qui représente un danger pour la population. Quitte à ce que l’enquête patine ensuite".  

L'exception Abdeslam

Un seul exemple demeure. Celui de Salah Abdeslam, impliqué dans les attentats du 13 novembre, et arrêté en Belgique le 18 mars dernier, après quatre mois de cavale. Pour le neutraliser, la police lui avait tiré dans la jambe, annihilant ses chances de s’échapper et de disparaître à nouveau. Depuis, il dort entre les quatre murs de la prison de Fleury-Mérogis. Il a été placé dans une cellule spéciale, surveillé 24 heures sur 24 sous l’œil d’une caméra. Avant sa détention, il a été longuement interrogé, mais n’a révélé, à ce jour, aucune information ou pistes au sujet de l’attentat auquel il a participé, ni même sur le réseau terroriste dont il faisait partie.

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Un cas d’école pas vraiment fructueux, que Matthieu Franchon explique comme suit : "Abdeslam n'était pas aussi animé par cet esprit de violence que Mohamed Merah ou les frères Kouachi, qui ont affronté les balles de la police jusqu’à mourir en martyr. La preuve, lors de l’attentat à Paris, Abdeslam a hésité jusqu’au dernier moment et a même abandonné sa mission de se faire exploser en compagnie des autres membres du commando. Cela démontre notamment qu'il n'était pas un vrai fanatique. Après, de là à ce qu'il coopère comme les enquêteurs l'entendent, c'est une autre paire de manche. Les interrogatoires ne sont malheureusement d'aucun recours face à des individus si déterminés".

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