La rumeur d'un blessé grave à Tolbiac se dégonfle après qu'une des témoins est revenue sur ses propos

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MISE AU POINT - Vendredi 20 avril, le déblocage de l'université de Tolbiac voyait émerger la rumeur d'une bavure policière suite à laquelle un étudiant se trouvait dans le coma. Ce mardi, une étudiante qui avait affirmé avoir vu l'étudiant dans une flaque de sang est revenue sur son témoignage dans "Libé". "Reporterre", qui avait relayé trois témoignages allant dans ce sens, est lui aussi revenu sur ses révélations.

Quelques jours après l'évacuation de Tolbiac, la rumeur selon laquelle un étudiant se trouvait dans le coma après être tombé au sol en tentant d'échapper aux policiers s'est dégonflée. L'une des témoins cités dans l'affaire est en effet revenue sur ses déclarations dans une enquête publiée par Libération, mardi 24 avril. Retour sur une rumeur.


Vendredi 20 avril, après l'évacuation musclée des locaux de Tolbiac, occupés par des étudiants opposés à la loi sur la sélection à l'université, la préfecture de police de Paris oppose un ferme démenti aux "rumeurs" selon lesquelles une personne aurait été gravement blessée suite à l'opération des CRS, le matin même. "Depuis le début d’après-midi circulent sur les réseaux sociaux, et sont transmises aux médias, de nombreuses rumeurs faisant état d’une personne grièvement blessée se trouvant dans le coma, à la suite de l’opération d’évacuation de la faculté de Tolbiac", indique le communiqué. L'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) se range du côté de la préfecture le lendemain en assurant qu'aucun "blessé grave" n'avait été conduit dans ses services.

Tôt vendredi, une centaine de CRS avaient pénétré sur le site appelé Pierre Mendès-France, une tour de 22 étages occupée depuis le 26 mars, pour évacuer la centaine d'occupants présents sur place. Si la PP assurait peu après que l’opération s’était déroulée dans le calme, de nombreux étudiants évacués témoignaient à l'AFP avoir été matraqués et insultés par les CRS, alors qu'ils n'opposaient aucune résistance. 


Pire, le site d'actualité écologique Reporterre, s'appuyant sur le récit d'un occupant, assurait qu’un étudiant avait été "grièvement blessé", en tombant "du haut du toit" alors que les "gars de la BAC étaient à (leurs) trousses". Et d’expliquer que les forces de l’ordre avaient "effacé toutes les traces de sang". La représentante du syndicat étudiant l’Unef Tolbiac confirmait à Marianne qu’un étudiant avait été gravement blessé à la tête et était même "dans le coma". Quelques heures plus tard, le site revenait sur son information indiquant que la représentante ne parlait plus de coma maintenant néanmoins qu'un étudiant était grièvement blessé. 

"Aucun blessé recensé" assure la préfecture

La préfecture de police assure pour sa part "qu’aucun blessé n’a été recensé sur cette opération". Et que "pour faire suite aux rumeurs évoquées, Michel Delpuech, préfet de Police, a demandé au professeur Safran, conseiller technique santé de son cabinet, présent au sein du dispositif lors de l’évacuation, de faire des recherches auprès des services de secours (SAMU et BSPP) et des différentes unités de réanimation des hôpitaux du secteur". Une information confirmée samedi 21 avril sur Twitter par l'AP-HP, l'institution en charge de 35 hôpitaux en Île-de-France, qui "dément fermement les rumeurs selon lesquelles un blessé grave aurait été conduit dans l'un des services de l'AP-HP à la suite de l'évacuation de Tolbiac".


"Il ressort de ces recherches qu’aucun blessé grave qui puisse être en lien avec cette opération d’évacuation n’a été hospitalisé dans les services de réanimation tant médicale que chirurgicale ou neurochirurgicale", poursuit la préfecture de police qui précise "qu’à 6H11 un jeune homme a été conduit par la Brigade des Sapeurs- Pompiers de Paris à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière pour une douleur au coude" mais que "l’intéressé a quitté l’établissement de lui-même à 7h30." Informations "confirmées au cabinet du préfet de police par l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris (APHP)."

Le témoin reconnait avoir menti, selon Libération

Ce mardi soir, Libération publie sa propre enquête sur le sujet et indique que la rumeur se base sur "des témoins introuvables". Pourtant, Le Media, la web télé alternative de gauche, avait interrogé, vendredi 20 avril, une jeune fille, Leila, qui affirmait avoir "vu un gars, devant les grilles, la tête complètement explosée, une flaque de sang énorme"... 

Interrogée par Libération, la jeune femme a reconnu n'avoir pas vu la scène, "tout en continuant d'affirmer qu'il y a bien eu un blessé grave", indiquent nos confrères. "Je ne suis pas un témoin visuel. Les témoins ne veulent pas parler aux médias, c'est pourquoi nous relatons les faits", explique la jeune femme, à nos confrères. Plus tard dans la soirée, mardi 24 avril, le site Reporterre, qui avait recueilli trois témoignages relayant la fausse information, a publié un nouvel article, qui revient entièrement sur ses premières révélations : "Disons-le tout net : après trois jours d'enquête, les témoignages décrivant comment la police aurait causé un blessé grave lors de l'évacuation de la faculté de Tolbiac, vendredi 20 avril, se révèlent fallacieux". Les premiers articles sur l'affaire, sont, eux, toujours en ligne (ici et ici), actualisés au début du même message. Après avoir retiré l'article reprenant la fausse information, Le Média a fini par publier une "mise au point", reconnaissant son erreur et présentant ses "excuses aux Socios et à ceux qui [les] suivent".

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