Le "bijoutier de Nice" qui avait abattu un braqueur jugé pour meurtre

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PROCÈS – Stéphane Turk, 72 ans, comparaît lundi 28 mai devant les assises des Alpes-Maritimes pour meurtre. Le "bijoutier de Nice" est accusé d'avoir abattu en 2013 un jeune homme qui venait de braquer sa boutique.

Légitime défense ou autodéfense ? C’est la question qui sera au cœur du procès qui s’ouvre, lundi 28 mai, devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes. Stéphane Turk, ancien bijoutier à Nice, est accusé du meurtre d’un jeune homme devant sa boutique "La Turquoise" le 11 septembre 2013. Ce jour-là, à 8h45, le commerçant ouvre son rideau métallique à mi-hauteur et entre dans le magasin pour y désactiver l’alarme. Deux braqueurs casqués et armés d’un fusil à pompe font irruption et forcent le commerçant à leur remettre le contenu de son coffre-fort (127.000 euros). 


Après avoir récupéré le butin, les deux braqueurs sortent et enfourchent un scooter pour fuir. Ils n'en auront pas le temps. Le passager Antony Asli, 19 ans, s’effondre, touché mortellement d’une balle dans le dos. Le "bijoutier de Nice" vient de faire feu  à trois reprises en leur direction après avoir récupéré un pistolet. La scène, du braquage jusqu'aux tirs du bijoutier, accroupi sous son rideau a été captée par les caméras de vidéosurveillance. 

"Pas d'autre solution que de se défendre"

Deux minutes et quarante-trois secondes déjà diffusées lors du procès, en janvier dernier, du braqueur rescapé, Ramzi Khachroub, qui sera condamné en appel à dix ans de prison. Cette fois, c’est le bijoutier, aujourd'hui âgé de 72 ans, qui sera sur le banc des accusés. "Il n'avait pas d'autre solution que de se défendre", avance son avocat Me Franck de Vita, qui explique qu’au moment des tirs, Stéphane Turk était à nouveau menacé par le braqueur. Les enregistrements de la ville ne montrent pas la fuite du scooter et ne permettent pas de dire si Anthony Asli s’est retourné pour pointer le commerçant avec son arme. Deux rapports d'expertise balistique et technique versés au dossier semblent appuyer la thèse contraire et feront l'objet de débats. 


Dans ses premières dépositions, ce père de cinq enfants qui avait fui la guerre au Liban pour repartir à zéro en France dans les années 1980, avait déclaré qu'il avait uniquement visé le scooter pour tenter de récupérer sa marchandise. Il devra également s'expliquer sur la détention non déclarée d’un Browning semi-automatique 7.65. Sur les images de vidéosurveillance du magasin, la cour pourra aussi revoir le calvaire du bijoutier, victime de "violences gratuites", selon sa défense.

"Trois tirs volontaires sur une personne en fuite. Ce n'est pas de la légitime défense !"

Mais pour la famille Asli, partie civile, Stéphane Turk s'est fait justice lui-même. "Dans une société civilisée, il n'y a pas de place pour l'autodéfense, la vengeance privée ou la légitime défense des biens, plaide leur avocat Me Philippe Soussi, interrogé par l'AFP. On peut tout dire, et même dire que (l’accusé) a des circonstances atténuantes mais ce n'est pas de la légitime défense, c'est même le contre-exemple absolu ! [...] Il y a eu trois tirs volontaires successifs à faible distance sur une personne qui prend la fuite".


L'avocat dénonce aussi la libération des "pulsions" : "Il y a eu 200.000 commentaires rivalisant de haine primaire, vantant une justice du moyen-âge ou du Far West, et même des gens pour proposer la légion d'honneur. Mais la justice ce n'est pas Facebook, Twitter ou l'opinion, et le bijoutier n'est pas un héros, mais un meurtrier." L’affaire avait connu un fort retentissement médiatique et politique. Une page  Facebook avait été créée et avait rassemblé 1,6 million de "fans" défendant la "légitime défense" face à la montée de la délinquance. Plus de mille personnes avaient même manifesté à Nice, en présence du maire Christian Estrosi et du député Eric Ciotti, à l'époque président du conseil général. 


Depuis le drame, par mesure de sécurité, la famille Turk a été contrainte de déménager. La famille Alsi fait également l'objet de menaces. Le procès est prévu jusqu'à ce vendredi. 

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