Suicide du juge Lambert : "Le seul à confesser avoir commis des erreurs"

REBONDISSEMENT – Avant de se donner la mort, le 11 juillet dernier, le juge Lambert a expliqué son geste. Quatre lettres-testaments ont été envoyées à ses proches : sa femme, sa fille, son éditeur mais aussi, plus surprenant, un journaliste de "L’Est Républicain" : Christophe Gobin. Ce confrère revient sur leur relation, dans son quotidien.

Mon cher Christophe,

J’ai choisi de vous adresser ce courrier car, d’une part, vous n’avez jamais trahi la confiance que je vous ai accordée, et, d’autre part, vous avez toujours su prendre la distance nécessaire pour regarder une certaine affaire et ne jamais être dupe des événements, les derniers mis en scène avec une impudeur et une vulgarité totales…


C’est par ces mots que débute la lettre-testament envoyée par l’ancien juge Lambert à Christophe Gobin, journaliste à l’Est Républicain. Si dans un premier temps, la justice a affirmé qu’"aucun écrit de nature à expliquer (ce suicide)" n’avait "été découvert", quatre lettres ont en réalité été envoyées par Jean-Michel Lambert. À à sa femme, Nicole, à sa fille, à son éditeur et enfin à ce journaliste.

C’était quelqu’un de cultivé et plein d’humour qui ne pouvait pas se résumer à l’image forcément caricaturale du 'petit juge' dépassé par une affaire hors norme.Christophe Gobin, journaliste et ami de Jean-Michel Lambert

Pourquoi l’avoir choisi ? Tout d’abord, pour avoir l’occasion de s’expliquer publiquement. Dans sa missive, l’ancien juge autorise  le journaliste à publier ce document. "C’était, sans ambiguïté, ce que Jean-Michel Lambert voulait", reconnait-il d'ailleurs ce mercredi.


Par ailleurs, les deux hommes avaient noué une relation amicale depuis 2004. Dans une interview dévoilée dans son quotidien, il revient sur cette amitié. Au moment de leur rencontre, Christophe Gobin travaillait pour La Liberté de l’Est où il préparait une série de portraits à l'occasion des vingt ans de l’affaire Grégory. "C’était le seul des protagonistes de l’époque que j’ai interviewé, qui a été capable d’avoir du recul et de confesser avoir commis des erreurs", explique le journaliste. Une personnalité qu'il juge rapidement "attachante". "C’était quelqu’un de cultivé et plein d’humour qui ne pouvait pas se résumer à l’image forcément caricaturale du 'petit juge' dépassé par une affaire hors norme", souligne-t-il aujourd'hui.

Une amitié longue de 13 ans

Les deux hommes se découvrent ensuite des passions communes : les livres policiers et le cinéma. "Tous les six mois environ, nous échangions (par mail ou par téléphone) sur les polars que nous avions lus et les films qui nous avaient emballés. C’était déconnecté de l’affaire Grégory."


Malgré cette amitié longue de 13 ans, Christophe Gobin n'avait pas vu le malaise du juge. " Il n’y avait rien qui pouvait laisser supposer qu’il vivait aussi mal le retour de ce dossier à la une de l’actualité", regrette-t-il aujourd'hui.


La réception de ce courrier posthume l'a laissé "secoué" et "estomaqué". "Sa mort a été un choc et cette lettre provoque des sentiments qui sont difficilement exprimables avec des mots", indique-t-il. Les obsèques de Jean-Michel Lambert seront célébrées ce jeudi au Mans, là où il s'est donné la mort.

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