Menaces d'attentat : qui sont les deux suspects arrêtés à Marseille ?

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ENQUÊTE - Au lendemain de leur arrestation, on en sait un peu plus sur les deux hommes soupçonnés de préparer des attentats "imminents", et notamment leur passé judiciaire et leur proximité avec des islamistes radicaux. Cependant, leur cible n'est toujours pas précisément connue.

Mardi matin, à Marseille, deux hommes soupçonnés de préparer des attentats "imminents" contre la campagne présidentielle en France et placés depuis peu sous surveillance ont été arrêtés, a déclaré le ministre de l'Intérieur Matthias Fekl. Selon nos informations, les deux hommes se nomment Clément B., né à Ermont (95) le 16/07/1993, et Mahiedine M., né à Croix (59) le 10/07/1987. Les deux hommes étaient activement recherchés depuis une dizaine de jours et étaient visés par un mandat de recherche pour association de malfaiteurs terroriste. Des fiches de recherche avaient été émises à titre exceptionnel ces derniers jours à tous les services de police français par la DGSI et le parquet anti-terroriste de Paris.

Mahiedine M.

D’après une source proche du dossier, les deux suspects ont déjà été incarcérés pour des faits sans caractère terroriste. Mahiedine M. avait été condamné à Lille pour des faits liés au trafic de cannabis en 2013 et était sorti de prison en février 2016. Selon nos informations, il était connu de l’administration pénitentiaire en raison d’une pratique assidue de l’islam et pour ses liens avec des détenus radicalisés. Il appelait ses co-détenus à la prière et faisait du prosélytisme. Il s'était, selon ses proches, radicalisé au contact de Clément B, à Lille-Séquédin entre février et avril 2015.


C’est un délinquant toxicomane. "Le casier judiciaire de Mahiedine M. fait état de douze condamnations, entre 2004 et 2013, pour des faits de droit commun", a précisé le procureur de la République François Molins lors d'une conférence de presse ce mardi.


Mahiedine M. avait fait l’objet d’une perquisition administrative en décembre 2016 dans son appartement de Roubaix. Un drapeau de la "chahada" (une profession de foi en arabe) était retrouvé, ainsi que des photos de djihadistes sur son ordinateur. Il devait être assigné à résidence dans la foulée, le 13 janvier 2017. Mais la mesure n’a jamais pu être appliquée car il a pris la fuite juste après de la perquisition administrative de décembre.

Le 4 avril 2017, Mahiedine M. avait adressé aux services de police une enveloppe contenant "ses papiers d'identité, sa carte bancaire et sur la carte visite d'un tiers des mentions manuscrites : 'Je vous donne ma pièce d'identité, ma carte, car à cause de vous, je n'en ai plus l'utilité. Je vais bientôt me rendre, on en discutera. A vous les forces de l'ordre, que me voulez-vous, laissez-moi respirer, je n'ai rien à vous dire, je vis d'amour et d'eau fraîche, je médite, laissez-moi tranquille'".


Selon François Molins, il cherchait notamment "à entrer en contact et à transmettre à Daech une vidéo d'allegeance et/ou de revendication" et . Selon nos informations, il y a quelques jours, un service de renseignement d’un pays ami avait alerté la France qu'il cherchait à commettre un attentat en France. Les services de la police nationale avaient diffusé le 8 avril une fiche de recherche à son encontre dans le Nord. 

Clément B.

Le 13 avril, une deuxième fiche avait été diffusée pour Clément B. Selon nos informations, ce dernier est membre de la mouvance salafo-djihadiste. Il était suivi par la DGSI pour son envie de partir combattre en Syrie. SDF, il  est proche d’islamistes radicaux tchétchènes qui vivent en Belgique, notamment à Verviers, ville bien connue des services anti-terroristes depuis le démantèlement d’une cellule coordonnée par Abdelhamid Aaaoud en 2015. Clément B. parle lui-même couramment le russe et le tchétchène, et avait l’habitude (comme Mahiedine M.) d’utiliser de fausses identités.


Le parquet fédéral belge nous a confirmé que Clément B. faisait déjà l'objet d'une enquête dans le pays. Il n’y avait toutefois plus aucune trace de l’intéressé en Belgique depuis fin 2015. Le parquet fédéral, un juge d’instruction spécialisé en terrorisme de Liège et la police judiciaire fédérale de Liège ont activement collaboré ces derniers jours avec les autorités judiciaires françaises à la recherche du suspect.


Clément B. se serait, selon François Molins, radicalisé en 2007, au contact d'hommes "de la communauté tchétchène, lors de son passage à Nice". Ses proches avaient signalé sa disparition inquiétante en mars 2015, "mais aussi ses velléités de départ en Syrie". Ce dernier "n'a eu de cesse de changer de domiciliation et d'utiliser des alias, notamment celui d'un djihadiste tchétchène".

Leur arsenal

Lors des perquisitions menées mardi à la mi-journée dans le IIIe arrondissement de Marseille, la DGSI a retrouvé : près de 300 grammes de TATP en plaquette, 3 kilos de TATP quasiment prêt à l’emploi, un sac de boulons, de l’acétone et de l’acide sulfurique, un gilet tactique, un pistolet mitrailleur Uzi, un pistolet semi-automatique Tokarev, un silencieux, des munitions, un téléphone portable équipé d’une batterie de 9 volts, tout un tas d'outils destinés à fabriquer des explosifs et un drapeau de Daech.

"Ces deux hommes radicalisés (...) avaient l'intention de commettre à très court terme, c'est-à-dire dans les tout prochains jours, un attentat sur le sol français", à la veille de la présidentielle, a déclaré à la presse Matthias Fekl.  Il a salué "le travail remarquable, acharné, sans relâche (...) de plusieurs dizaines d'enquêteurs qui (...) ont permis de prévenir un acte terroriste certain". Aucune preuve matérielle n'atteste pour l'instant qu'un candidat à la présidentielle était visé et les deux hommes n'ont toujours rien dit lors de leur garde à vue.

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