Jonathann Daval "était effondré mais aussi soulagé" : son avocat nous raconte la garde à vue qui a tout changé

INTERVIEW – Jonathann Daval, mari d'Alexia Daval, a été mis en examen mardi pour "meurtre sur conjoint". Il encourt pour ces faits la réclusion criminelle à perpétuité. Son avocat, Me Randall Schwerdorffer, revient sur la garde à vue de son client, qui avait débuté lundi.

Trois mois après la découverte du corps sans vie d'Alexia Daval, son mari, Jonathann est passé aux aveux. Le jeune homme a reconnu avoir étranglé sa compagne au cours d'une énième dispute. 


Au lendemain de sa mise en examen pour "meurtre sur conjoint" et de son placement en détention, son avocat Me Randall Schwerdorffer revient sur les heures que son client a passé face aux enquêteurs de gendarmerie 

LCI.fr : Comment s'est déroulée la garde à vue de votre client ?

Randall Schwerdorffer : Les enquêteurs ont posé des questions à Jonathann Daval sur les éléments à charge et sur les faits, en lui demandant de s'expliquer, tout simplement. Comme cela se passe dans n'importe quelle procédure criminelle.

LCI.fr : Certains médias ont indiqué que votre client Jonathann Daval avait été interrogé selon la méthode Progreai, qui consiste à laisser parler la personne interrogée. Vous confirmez ?

Randall Schwerdorffer : La garde à vue de Jonathann Daval a été faite conformément à la façon dont se passe une garde à vue habituellement en matière criminelle. C'est-à-dire avec des questions et des réponses, mais avec des enquêteurs qui laissent parler la personne librement. Ils ne l'orientent pas dans ses réponses. Par ailleurs c'est une garde à vue qui a été faite en respectant les droits de la défense et en respectant aussi la liberté et la parole de Jonathann Daval. Il n'a jamais été forcé de s'exprimer et il n'a jamais été orienté dans ses explications, par personne. Mais ce n'est pas une garde à vue au cours de laquelle la personne a parlé spontanément constamment. Pas du tout. Il n'y a pas eu d'utilisation de la méthode Progreai dans le cadre de la garde à vue de Jonathann Daval. Les informations de BFM sur le sujet sont erronées.

LCI.fr : Votre client ne s'attendait pas à être placé en garde à vue…

Randall Schwerdorffer : Si. Il savait qu'il allait être placé en garde à vue et qu'il y aurait une perquisition, nous l'avions prévenu. Il y a 15 jours en effet, un article de l'Est Républicain, qui a été publié à 2 heures du matin et qui est resté en ligne une heure avant d'être retiré, disait que les enquêteurs n'avaient pas d'indice matériel, ce qui était une erreur, et qui indiquait que Jonathann Daval allait être placé en garde à vue. Tout de suite, cela nous a alertés et nous avons prévenu Jonathann Daval en lui disant : "attention il y a un fort risque de placement en garde à vue".

LCI.fr : Lui avez-vous donné des conseils sur la garde à vue?

Randall Schwerdorffer : Oui, bien sûr. Pour nous, à ce moment-là, il n'avait rien fait, il n'y avait aucun élément solide dans le dossier. On l'a donc simplement informé de la façon dont allait se dérouler la garde à vue. Comme le fait n'importe quel avocat de la défense en expliquant à son client comment les interrogatoires se passent, comment procèdent les enquêteurs …

LCI.fr : Jonathan Daval aurait pu vous dire il y a 15 jours, "c'est moi l'auteur". Il ne l'a pas fait…

Randall Schwerdorffer : Bien sûr qu'il aurait pu le dire… Mais il n'était pas prêt.

Ce n'est pas un accident. Le terme est impropre. Mais (...) en aucun cas c'était quelque chose de prémédité, de réfléchi, et de pensé. Randall Schwerdorffer, avocat

LCI : Les enquêteurs lui ont-ils, dès le début de sa garde à vue, parlé des éléments matériels à charge, à savoir notamment le véhicule et le bout de drap ?

Randall Schwerdorffer : Je ne peux pas vous donner ce type de détails. Je n'ai pas le droit. Tout ce que je peux vous dire c'est que l'utilité d'une garde à vue c'est quand même de mettre la personne auditionnée face à des pièces à conviction et de la mettre face à ses contradictions.

LCI : Vous avez dit dans un premier temps qu'il s'agissait d"un accident". Vous trouvez ce terme approprié ?

Randall Schwerdorffer : Ce n'est pas un accident. Le terme est impropre. Mais ce qui s'est passé était extrêmement spontané. Une dispute a éclaté. En aucun cas c'était quelque chose de prémédité, de réfléchi et de pensé. La préméditation n'a d'ailleurs pas été retenue. Je reste convaincu que, grâce aux aveux qu'a fait Jonathann notamment et aux explications qu'il a données, la qualification retenue sera celle de "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner". C'est en ce sens que j'ai employé le terme d'accident.

LCI : Sait-on combien de temps a duré la dispute entre Jonathan Daval et Alexia, dans la nuit du 27 au 28 octobre 2017 ?

Randall Schwerdorffer : Lorsque Jonathann est passé aux aveux, les enquêteurs lui ont posé très peu de questions et l'ont écouté. Tous les points de détails seront abordés devant le juge d'instruction : les heures, les minutes, le temps… Tout ça nous paraissait accessoire hier (mardi). Il faudra attendre maintenant que le juge d'instruction convoque Jonathann Daval et l'interroge pour avoir ces éléments de réponse.

C'est un homme en souffrance qui a parlé aux enquêteurs. Personne ne vous dira le contraireRandall Schwerdorffer

LCI : Au début des investigations, après le meurtre fin octobre, Jonathann Daval avait été entendu comme simple témoin, les gendarmes avaient remarqué des morsures et des griffures au niveau de ses bras. S'en était-il expliqué ?

Randall Schwerdorffer : Oui, il avait dit que cela était survenu au cours d'une énième dispute avec Alexia et qu'elle lui avait fait cela alors qu'elle était en pleine crise. Il n'avait jusqu'alors rien caché, si ce n'est ce qu'il avait fait à Alexia.

LCI : Comment était Jonathann Daval à l'issue de sa garde à vue ?

Randall Schwerdorffer : Il était effondré mais aussi soulagé. C'est très dur psychologiquement, c'était extrêmement violent pour lui de revenir sur ce qu'il s'est passé ce soir d'octobre. Il aurait voulu que cela n'arrive jamais.

LCI : A-t-il exprimé des regrets, des excuses, à l'égard des parents d'Alexia ?

Randall Schwerdorffer : Il n'avait rien à dire car cela se sentait tellement… Il n'était vraiment pas bien, il a pleuré. C'est un homme en souffrance qui a parlé aux enquêteurs hier. Personne ne vous dira le contraire.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Mort d'Alexia Daval : son mari Jonathann revient sur ses aveux

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter