Meurtre de Mireille Knoll : ce que l'on sait une semaine après le crime

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ENQUÊTE - Les investigations sur le meurtre de Mireille Knoll, le 23 mars à Paris, se poursuivent. Deux suspects ont été mis en examen pour "homicide volontaire" à caractère antisémite. Voici ce que l'on sait sur ce drame et ce qu'indique notamment le rapport de police que nous avons pu consulter.

"Crime odieux", "assassinat ignoble"... L'émotion ne retombe pas, après la mort de Mireille Knoll et une marche blanche particulièrement en son hommage particulièrement agitée. Cette femme de 82 ans de confession juive a été tuée à son domicile parisien, où son corps partiellement brûlé a été retrouvé. Née à Paris en décembre 1932, Mireille Knoll avait échappé dix ans plus  tard de justesse à la rafle des Juifs du Vél d'Hiv' de juillet 1942 en  s'enfuyant de Paris avec sa mère. 


Nous avons pu consulter, notamment, un rapport de police. Voici ce que l'on sait sur cet homicide volontaire pour lequel, à ce stade, le caractère antisémite a été retenu par le parquet de Paris. 

Un corps découvert vendredi en début de soirée

Le 23 mars 2018, les pompiers interviennent pour un incendie dans un appartement situé avenue Philippe Auguste à Paris 11e. "Sur place à 18h30, ils découvraient le corps en partie calcinée de l’occupante des lieux,  Mireille Knoll", indique le rapport de police. L'octogénaire habitait seule au deuxième étage d'un immeuble qui en compte dix et qualifié par les voisins d'"habituellement très calme", dépourvu de tensions notables. Rapidement, les policiers s'orientent vers la piste criminelle, après la découverte de traces de coups de couteau sur son corps. Le laboratoire central a par ailleurs identifié 5 départs de feux. L'autopsie démontrera que la victime est décédée avant l'incendie, indique le rapport de police qui précise qu'aucune "trace de lutte ou de maintien" n"ont été relevées sur le corps. Une enquête en flagrance pour meurtre est ouverte le jour même. Elle est confiée aux policiers du 2e district de police judiciaire (DPJ).

Une première arrestation

A la police, un membre de la famille de Mireille Knoll a dit soupçonner un voisin qui avait l'habitude de venir la voir et était passé dans l'appartement dans la journée. C'est cet homme, Yacine M. , né en 1989, qui a été placé samedi en garde à vue. L'individu est connu des services de police pour des affaires de viol et d'agression sexuelle. Il sortait de prison après avoir été condamné en 2017 pour agression sexuelle sur une fillette de 12 ans. L’agression s’était justement produite chez Mireille Knoll, la victime étant la fille de son ancienne garde-malade.  "Le jour du crime, en milieu de journée, plusieurs membres de la famille de la victime, ainsi que l’aide-ménagère, avaient constaté la présence dans l’appartement de Yacine M., buvant de l’alcool et déambulant dans les pièces", précise encore le rapport de police. Ils étaient parvenus à le faire sortir sans contrainte. Une fois Mireille Knoll à nouveau seule, ce dernier était revenu lui rendre visite. 

Elle avait organisé une quête pour le suspect

Cet individu et la victime se connaissaient bien. Selon nos informations, après un décès dans la famille de Yacine M., Mireille Knoll avait même organisé une quête pour livrer des fleurs à sa famille.   Au cours de la procédure pour agression sexuelle sur la fille de l’aide-soignante de Mireille Knoll, cette dernière a témoigné en sa faveur. Il n’y aurait donc eu aucun différend entre la famille du suspect et Mireille Knoll. Et contrairement à des rumeurs qui ont circulé dans un premier temps, Mireille Knoll n'a jamais déposé de main courante à l'encontre de ce voisin. 

Yacine M. avait bu

Selon nos informations, Yacine M. avait bu le soir du meurtre. Il était sous traitement contre l’addiction à l’alcool et avait déjà effectué un séjour en hôpital psychiatrique.

Une seconde interpellation

Un deuxième homme, âgé de 21 ans et SDF, est placé en garde à vue dans la nuit de dimanche à lundi. Il est connu pour des vols avec violences, se trouvait également dans l'immeuble de Mireille Knoll le jour du meurtre. Selon nos informations, c'est lui qui aurait évoqué des propos antisémites tenus par son ami. Les investigations sont en cours pour déterminer avec précision les mobiles du crime. Les deux hommes se sont accusés mutuellement des coups de couteau.

Des condamnations unanimes

Emmanuel Macron a exprimé sur Twitter son "émotion devant le crime épouvantable commis contre Mme Knoll" et réaffirmé sa "détermination absolue à lutter contre l’antisémitisme". Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, a dénoncé un "assassinat ignoble", espérant que "chacun ouvre enfin les yeux sur le nouvel antisémitisme qui se développe dans notre pays". Ce meurtre a suscité des réactions émues au sein de la communauté juive française, déjà traumatisée ces derniers mois après le meurtre de Sarah Halimi, une juive orthodoxe de 65 ans tuée à Paris par son voisin en avril 2017.

La piste du crime crapuleux

A ce stade de l'enquête, l'hypothèse d'un crime crapuleux est privilégiée par les policiers. Le mobile retenu par les  enquêteurs est celui d'un vol pour profiter de l'état de faiblesse de Mireille  Knoll, même si cette dernière vivait très modestement.  

Le caractère antisémite retenu par la justice

Toutefois, plusieurs éléments ont conduit le parquet de Paris à retenir le  caractère antisémite dans cette affaire et  à ouvrir une information judiciaire pour "assassinat à raison de l'appartenance vraie ou supposée de la victime à une religion et sur personne vulnérable". Pourquoi ? Yacine M. connaissait la religion de cette dernière. Par ailleurs,  son complice présumé l'a accusé d'avoir crié "Allah Akbar" en commettant les  faits. Devant les enquêteurs, les deux hommes ont toutefois présenté "des versions  contradictoires" sur de nombreux éléments. 

Une marche blanche très agitée mercredi

Une marche blanche a été organisée, mercredi 28 mars, place de la Nation à Paris, réunissant plusieurs milliers de personnes jusque devant le domicile de Mireille Knoll, dans le 11e arrondissement. Marche à laquelle ont participé plusieurs personnalités politiques, du gouvernement et de l'opposition. Une marche qui a été marquée par la présence de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen, tous deux chahutés et obligés d'être exfiltrés, après que le président du Conseil représentatif des institutions juives Francis Kalifat leur avait nié être les bienvenus à la marche. 

Si la présidente du FN a été huée par une partie de la foule, le député insoumis a, selon plusieurs journalistes présents sur place, été pris à partie par des membres de la Ligue de défense juive, groupuscule ultranationaliste connu pour ses actions violentes et qui a assuré en partie l'exfiltration de... Marine Le Pen.

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