Minute de silence devant Le Carillon : "Il faut rester droit dans nos bottes"

Minute de silence devant Le Carillon : "Il faut rester droit dans nos bottes"

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REPORTAGE - Partout dans le pays, à midi ce lundi, les Français ont observé une minute de silence en hommage aux victimes des attentats de Paris. De nombreux Parisiens se sont rendus devant le bar Le Carillon et le restaurant Le petit Cambodge, où 15 personnes ont été tuées vendredi soir par les terroristes.

Plusieurs minutes de silence dans lesquelles résonnent encore celles, effroyables, où ont éclaté les rafales de kalachnikovs. A midi, lundi devant la façade meurtrie du bar Le Carillon et les rideaux baissés du restaurant Le petit Cambodge, le temps s'est figé comme partout en France. Mais au recueillement et à l'émotion se superposent ici les traces, bien visibles, de ce moment d'horreur où les terroristes, à 21h25 vendredi 13 novembre, ont déchaîné leur folie meurtrière et tué au moins 15 clients attablés en terrasse.

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"Ce sont des jeunes qui étaient en train de boire une verre, de partager un moment de convivialité, qui sont tombés ici, murmure Olivier, 29 ans, son casque de moto à la main. Comme tout le monde, je me dis que ça aurait pu être moi : j'ai essayé de venir plusieurs fois dîner au Petit Cambodge, mais à chaque fois c'était plein." Habitant de la région parisienne, il tenait à venir ici, "là où la vie s'est arrêtée", pour "prendre la réalité en face". "J'ai acheté des fleurs et une bougie, on ne peut rien faire de plus, glisse-t-il dans un soupir. J'espère que les familles des victimes nous voient, même si ça n'enlèvera rien à leur douleur."

"Il ne faut surtout pas se planquer"

Habitants ou habitués du quartier, touristes, étudiants de l'école de commerce voisine... Comme lui, des dizaines et des dizaines de personnes, les yeux embués, sont venus se recueillir devant ces lieux emblématiques du Paris festif et multiculturel, à l'angle des rues Bichat et Alibert dans le 10e arrondissement de la capitale. Comme la foule le fait depuis deux jours. "Je suis impressionnée par le nombre de fleurs et de bougies, c'est très beau", nous confie Dominique, 49 ans, devant les impacts de balles gros comme des poings qui lézardent les vitrines du Carillon. Ancienne habitante du quartier, elle y passe encore "tous les jours à vélo" et vient d'aller donner son sang à l'hôpital Bichat, tout proche.

"Vendredi soir quand j'ai vu ce qui s'était passé, j'ai ressenti une pulsion de résistance très forte et l'envie de sortir tout de suite dans les rues, raconte-telle : même si on sait que ça va certainement se reproduire, il ne faut surtout pas se planquer". Dimanche, elle est déjà venue ici et devant d'autres lieux parisiens ciblés par les djihadistes. "Je n'arrivais pas à partir, comme aujourd'hui. Je sais que des gens se réjouissent de ce qui s'est passé. S'ils voient comme nous sommes solidaires, cela leur donne déjà une belle leçon."

"Il fallait leur montrer que c'était ça, Paris"

"Il faut rester droit dans nos bottes", lance aussi Sylvie, 68 ans, dont l'appartement est situé à quelques rues d'ici. Vendredi soir au moment du drame, elle était dans un autre restaurant du 10e. "Quand je suis rentrée chez moi, mon fils aîné avait ramené six jeunes étudiantes américaines, complètement paumées, qui ne pouvaient pas rentrer à leur hôtel. Nous avons fait une partie de cartes et dansé toute la nuit comme des fous avec elles : il fallait leur montrer que c'était ça, Paris." Venue pour "accompagner le deuil" des familles, Sylvie laisse néanmoins éclater sa tristesse aujourd'hui. "On a des gens qui ont été touchés autour de nous. L'ancienne petite copine de mon fils, qui se trouvait à une terrasse près de l'avenue Parmentier, a pris quatre balles dans le bras, l'une de ses amies a eu le pied amputé et une autre est toujours dans le coma". Sur les visages, ici ou là, se lisent des peines et émotions similaires.

Lorsque s'achève la minute de silence, qui se sera en fait prolongée bien plus longtemps, des applaudissements retentissent. Une partie de la foule entonne La Marseillaise. Un homme prend la parole pour lire le "message d'un poète africain : 'Ceux qui sont morts ne sont jamais partis...'"

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