Mise en examen des parents d’Inass, la "petite martyre de l’A10" : les voisins effarés, les frères et sœurs muets

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FAIT DIVERS - Alors que le mystère de la "petite martyre de l'A10" est en passe d'être résolu, après que les parents ont été identifiés et arrêtés, la stupeur règne chez les voisins de ces derniers.

Dans le village, elle a enfin un nom : Inass. Elle avait 4 ans.Celle que l'on appelait la "petite martyre de l’autoroute A10" est, on le sait désormais, la troisième d’une fratrie de 7 enfants. Elle avait deux grandes sœurs, et précédait quatre garçons. Ses deux parents ont été identifiés mardi, et ont été placés en garde à vue jeudi en fin de journée.


A Suèvres, dans le Loi-et-Cher, là où le petit corps a été enterré en 1987 après sa découverte sur le bord de l’autoroute, la nouvelle a réveillé de douloureux souvenirs. Tout ce temps, le village a adopté ce petit "ange", comme il est écrit sur une plaque funéraire du cimetière : des habitants se sont relayés pour fleurir et s’occuper de la tombe. Dans le Parisien, une des habitantes se souvient de l’enterrement. "Nous n’étions qu’une dizaine, mais l’émotion était là. Mais c’était notre rôle de veiller sur elle." La femme du garde champêtre raconte de son côté comment son mari avait planqué avec les gendarmes, jour et nuit pendant un mois, "pour voir si un proche se manifesterait". Ici, le mystère est donc enfin levé.

C’est ailleurs, dans les villes où habitent les parents, que pointent maintenant les questions. Les deux parents ont en effet été placés jeudi en garde à vue. Aucun ne reconnaît les faits. Mais, d’après le procureur, le père a évoqué vivre à l’époque un "enfer avec une épouse violente". Et a affirmé qu’un jour, en rentrant chez lui, il avait retrouvé la petite fille morte. Sa femme lui avait dit qu’elle est tombée dans l’escalier, et il n’avait pas eu "le courage de la dénoncer".  La mère, 64 ans aujourd’hui, nie de son côté le décès de sa fille et soutient qu’elle est encore vivante et qu'elle habite au Maroc avec sa grand-mère. C’est d’ailleurs ce qu’elle a soutenu pendant des années auprès du voisinage. Les frères et sœurs, qui ont aussi été entendus comme témoins, disent aux enquêteurs qu’ils ne se "souviennent pas". 


A sa naissance, la petite Inass avait été confiée à sa grande mère maternelle à Casablanca, jusqu’à ses 18 mois. Elle avait ensuite été envoyée chez ses parents, fin 1984, qui habitaient à Puteaux. La petite fille avait alors été inscrite dans une école maternelle mais n’avait jamais été scolarisée. Elle était aussi inscrite à la CAF, sur le livret de famille, et avait donc une existence légale et juridique.

Une famille "discrète et mystérieuse"

Aujourd’hui, une question se pose particulièrement : comment les voisins et connaissances ont-il pu n'avoir aucun doute, comment n’ont-ils pas vu qu’un enfant manquait ? Il s’avère en fait que, après Puteaux, la famille a déménagé à la fin des années 1980 à Villers-Cotterêts, dans un pavillon de banlieue. Après la séparation des parents en 2010, le père est retourné à Puteaux. La maman, elle, est restée à Villers-Cotterêts. Au fil des années, chacun des enfants a ouvert des commerces mitoyens à la maison : une boulangerie, une boucherie, fast-food et un commerce d’alimentation.


A Puteaux, le père souffre d’une bonne réputation. Il ouvert il y a une quinzaine d’années une boucherie-kebab, qu’il n’exploite plus directement, mais il reste connu par les commerçants du coin. Il y est décrit comme "fatigué et malade", mais comme "une crème".


A Villers-Cotterêts, la mère a moins bonne réputation. La famille y est décrite comme "discrète et mystérieuse". Les commentaires les plus affables disent qu’on "la voyait peu", qu’elle "sortait peu". Ils décrivent une "femme corpulente, vêtue d’un foulard", qu’on n’a "jamais vu s’énerver". Mais d’autres, plus acerbes, parlent dans le Parisien d’une femme "pas nette", "distante", "l’air déconnecté". A Europe 1, qui est aussi allé sur place, les voisins parlent d’une femme "toujours triste", "discrète, froide", "assez perturbée"  voire "énigmatique et manipulatrice", sur Europe 1. Une famille tellement discrète que le nombre réel d’enfants semblait plutôt ignoré du voisinage. 


D'après France inter, cinq des deux soeurs et quatre frères ont donc été entendus par les enquêteurs. "Selon nos informations, ils oscillent entre la sidération et la défense de leur père ou de leur mère", indique la radio.  Ils sont tous aujourd'hui âgés de 27 à 40 ans. Les plus jeunes disent ne se souvenir de rien. En revanche, la soeur aînée d'Inass, qui avait 9 ans au moment des faits "n'a pas pu parler, comme bloquée face à ce terrible secret qu'elle a sans doute enfoui au fil des années."


Paradoxe de l’histoire, c’est en fait de cette famille, et surtout de ses enfants, qu’est venu le dénouement de cette énigme de 30 ans : en juin 2016, un des fils se bagarre avec un autre fils de commerçant à Villers-Cotterêts. Condamné à de la prison avec sursis, il se fait prélever de l’ADN.  Et les enquêteurs découvrent que celui-ci correspond à celui de la fillette inconnue de l’A10.

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