Moi, Françoise B, mère d’un "monstre"

Moi, Françoise B, mère d’un "monstre"

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TEMOIGNAGE - Depuis deux mois, Françoise B. vit un cauchemar. Son fils a tué ses deux enfants avant de se suicider en prison. Mais autant que le drame qui l’a meurtrie, elle souffre des réactions extrêmement violentes qui pullulent sur internet au sujet de ce fait divers. Des réactions qui existent depuis la nuit des temps mais qui ont pris une ampleur supplémentaire avec l’avènement des réseaux sociaux.

"Fallait le laisser crever, le laisser se vider de son sang". Voici le type de commentaire qu’a pu lire, fin 2013, Françoise B sous les articles de médias en ligne relatant la tentative de suicide de son fils en prison. Celui-ci est alors incarcéré pour un double meurtre particulièrement horrible : celui de ses deux enfants, âgés de trois ans et 18 mois. ˝ Les ptiots ˝ comme les appelait Françoise B.

Après ces meurtres, le père infanticide, en instance de séparation, voulait se pendre mais il n’a pas pu, abruti par les dizaines de cachets qu’il a avalés. Hospitalisé, il est ensuite incarcéré. Derrière les barreaux, il récupère une lame de rasoir et se tranche la carotide, mais se rate. Sa troisième tentative, par pendaison, sera la bonne.

Ses parents essaient de s’informer mais l’administration pénitentiaire est muette. Ils se tournent alors vers la presse locale sur internet qui suit l’affaire. Et sont alors confrontés à un torrent de haine dans les commentaires des articles consacrés à ce drame. Un choc après le choc. ˝ Personne n’avait aucune considération pour nous, on était les parents de celui qui avaient tué ˝ explique à metronews, la mère du ˝ monstre ˝, comme son fils est qualifié sur internet.

"Moi aussi, je me demandais comment on peut toucher à des gosses"

Une haine qui l’a détruite mais qu’elle comprend. "Moi aussi, quand je voyais des faits divers de ce genre-là, je me disais que l’auteur ferait mieux de se suicider ! Je me demandais comment on pouvait toucher à des gosses", raconte-t-elle de la voix calme de ceux qui apprivoisent leur cauchemar au quotidien.

Au delà des commentaires laissés sur internet, une page Facebook créée en hommage aux petites victimes – supprimée depuis - se transforme en déversoir à indignation. Douloureux aussi, le regard des voisins qui changent, les mots des familiers, la culpabilité qui ronge. ˝Nous avons tellement de questions sans réponse (...) Il adorait ses gosses. Lui et sa femme avaient ouvert des comptes en banque pour les petits afin de leur préparer un pécule. ˝

"Sur les réseaux sociaux, il n’y a pas de place pour la nuance"

Emotion et nuance ne font pas bon ménage, particulièrement dans les jugements que les lecteurs de sites d’infos peuvent émettrent sur les réseaux sociaux. "Sur les réseaux sociaux , au contraire de lors d’un procès où les deux parties sont représentées, c‘est blanc ou noir,  'le monstre contre les anges', il n’y a pas de place pour la nuance, pour l'évolution d’une personne", éclaire Carole Damiani, psychologue à l’Inavem , l’Institut national d'aide aux victimes et de médiation.
La spécialiste explique que pour les proches, "c’est très perturbant" de lire les commentaires sur les réseaux sociaux. ˝Cela les enferme dans une image, sans réponse possible ˝. Mais, alors, pourquoi les lire malgré tout ? ˝C’est de l’ordre de l’intime, poursuit Carole Damiani, il y a probablement une recherche de compréhension, un besoin d’informations. Même si ce n’est pas le canal le plus adapté, ces personnes peuvent en savoir plus. Mais ce n’est qu’une illusion"

"Le monstre, c’est l’autre"

De l’autre côté de l’écran, les raisons qui poussent les gens à écrire leur haine ou leur colère sont multiples.  "Il y a un besoin catharsique de s’indigner ensemble et en public. Cela permet aux commentateurs qui s’expriment de se placer du côté de ce qu’ils estiment être le bien : ‘le monstre, c’est l’autre, le méchant, l’horrible. Moi, je suis du bon côté". Une attitude qui existait bien avant les réseaux sociaux. "Sur les affaires comme celle de Patrick Henry, les gens campaient devant le tribunal pour hurler leur haine et demander la peine de mort" rappelle Carole Damiani. Aux internautes qui crachent leur haine sur son fils, Françoise B., elle répond : "il ne faut pas juger sans connaitre". Une évidence qui se perd souvent sur les réseaux sociaux. 

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