Mourad Hamyd extradé vers la France : retour sur le parcours du beau-frère de Chérif Kouachi

FAITS DIVERS
PARCOURS - Mourad Hamyd, 20 ans, beau-frère de Chérif Kouachi, l’un des auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo, avait été interpellé le 28 juillet à la frontière bulgaro-turque et placé en centre de rétention en Bulgarie, alors qu’il tentait de se rendre en Syrie. Ce mardi, un tribunal bulgare a comme prévu ordonné son extradition vers la France. Retour sur son parcours.

Il a peut-être dissimulé son vrai visage depuis l'attentat de Charlie Hebdo. Mourad Hamyd, beau-frère de Chérif Kouachi, l'un des auteurs de l’attaque sanglante contre la rédaction  de l'hebdo satirique en janvier 2015 à Paris, avait accepté la semaine dernière d'être remis à la France par la Bulgarie. Ce sera bientôt chose faite : un tribunal bulgare a comme prévu ordonné mardi l'extradition de cet homme soupçonné d'avoir voulu rejoindre l'organisation Etat islamique en Syrie.

Interpellé par les autorités bulgares le 28 juillet à la frontière bulgaro-turque et placé en centre de rétention après avoir été refoulé par la Turquie, Mourad Hamyd a ensuite "prêté assistance aux enquêteurs", avait souligné la semaine dernière son avocat commis d'office. Selon le mandat d'arrêt européen émis par le tribunal de grande instance de Paris, il était recherché pour "association de malfaiteurs en vue de préparation d'acte de terrorisme", un délit passible de dix ans de prison en France. Il est notamment soupçonné d'avoir cherché à rejoindre les rangs de l'organisation Etat islamique en Syrie via la Bulgarie et la Turquie. En 2014, il avait déjà tenté de rejoindre le pays.

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Fiché S avant les attentats de janvier

Cinq mois avant sa garde à vue au cours de laquelle il a été soupçonné d'être complice des Kouachi, le jeune homme était déjà fiché S, révèle Le Parisien. Selon le quotidien, la DGSI avait rédigé un rapport complet sur le lycéen de Charleville-Mézières (Ardennes) le 26 août 2014, en contact à l’époque avec des djihadistes français en Syrie. Il était soupçonné de vouloir les rejoindre. Le rapport mentionnait également qu’il avait été identifié, en novembre 2014, comme co-gestionnaire, au côté d’un individu parti en Irak, d’une page sur Facebook, intitulée "Al Haqq Media", révèle Le Monde. Cette page "servait de lien de communication et de soutien financier" à plusieurs membres condamnés et incarcérés du groupuscule islamiste radical Forsane Alizza, dissout en 2012.

Ce même document indiquait que Mourad Hamyd utilisait différents pseudos sur Internet et qu’il était aussi titulaire d’un compte sur le réseau social radical Ansar-Ghuraba, lui permettant d’être en contact avec plusieurs individus connus pour leur fanatisme, dont au moins un avait rejoint la Syrie. Il était alors notifié que Mourad Hamyd avait posté des images d’égorgements et des commentaires "louant l’action sanglante de l’organisation Etat islamique", précise le quotidien. A ce moment-là, sa première tentative de départ pour la Syrie n’était cependant pas formellement étayée. Sa fiche mentionnait seulement qu’il en "aurait manifesté le désir".

Il prétendait aller au Maroc

Lors de sa garde à vue, en janvier 2015, Mourad Hamyd n’avait pas caché côtoyer son beau-frère Chérif Kouachi, qui avait épousé sa grande soeur Izzana, 36 ans. Les quatre sœurs du jeune homme étaient toutes connues pour évoluer dans la mouvance islamiste radicale. Après l’attentat perpétré par les Kouachi à Charlie Hebdo, ses déclarations laissaient penser qu’il n’avait aucun lien avec elle. Interrogé sur l’éventualité que son beau-frère puisse être l’un des auteurs de la tuerie, le jeune homme avait répondu : "Je serais choqué [de l’apprendre], je ne comprendrais pas."

Fin juillet, Mourad Hamyd avait affirmé à sa famille se rendre au Maroc. Toutefois sa propre soeur, ayant remarqué qu'il avait emporté toutes ses affaires, avait signalé début juillet au commissariat de Charleville-Mézières sa "disparition inquiétante". Arrivé en Bulgarie en train le 26 juillet depuis la Hongrie et la Serbie, selon le parquet bulgare, Hamyd a tenté de se rendre en Turquie deux jours plus tard, mais a été refoulé par les autorités de ce pays, où il est sous le coup d'une interdiction de territoire. Son trajet "correspond à celui habituellement emprunté par les volontaires djihadistes voulant rejoindre l’Etat islamique en Syrie ou en Irak", relève le mandat d'arrêt français.

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"Les premières exploitations de son ordinateur mettent en exergue qu'il avait consulté à de nombreuses reprises et récemment des sites à consonance djihadiste et en rapport avec la Syrie", souligne ce document. "Le fait qu'il ait été arrêté en Bulgarie alors qu'il ne disposait d'aucun bagage tend à laisser penser qu'il a agi avec au moins un complice", note par ailleurs le mandat. Toutefois, pour l'avocat bulgare du jeune homme, l'apparence de son client "ne fait pas penser à un combattant dangereux". "Il a l'air d'un adolescent ordinaire, maigre, avec des lunettes (...) Il est inquiet et veut rentrer en France aussitôt que possible", a déclaré Me Alexandrov.

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