"Obsolète" et "défaillant" : les graves lacunes du dispositif d'alerte attentat

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TERRORISME - Selon un rapport sénatorial qui sera rendu public lundi 7 août, et dont "Le Monde" a eu connaissance, le système d’alerte attentat français conçu après les attentats du 13-Novembre se révèle "défaillant". Un constat alarmant, car la menace terroriste est toujours au plus haut en France.

"Obsolète",  "défaillant"  : les mots de Jean-Pierre Vogel ne sont pas tendres pour qualifier l’état du système d’alerte attentat français. Le sénateur LR de la Sarthe co-signe un rapport publié lundi 7 août qui critique le dispositif actuel de diffusion d'alertes en cas d'attentat. Le SAIP ("Système d'alerte et d'information des populations") ne concerne pas uniquement l'application mobile, mais aussi un système de sirènes.  

Quand on voit qu’elle se déclenche à tort ou avec quelques heures de retard, on se pose des questions sur le bien-fondé de l’application.Jean-Pierre Vogel, sénateur LR de la Sarthe et auteur du rapport,

La première critique majeure du rapport vise l'application mobile "Alerte attentat", qui n'a été utilisée qu'à deux reprises depuis sa mise en place pour l'Euro 2016 de football. Le 14 juillet 2016, elle est déclenchée lors de l'attentat de Nice, mais l'alerte est envoyée deux heures plus tard. Trois mois plus tard, l'alerte est envoyée en temps et en heures  mais relaie un fausse alerte :  c'est un canular et non une véritable prise d'otages qui se déroulait aux Halles. 

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Le rapport dénonce une application "développée dans l'urgence" par le gouvernement de Manuel Valls. Imaginée en 5 mois - entre les attentats de novembre 2015 et l'Euro 2016, l'application aurait-elle été mal pensée ? Pour Jean-Pierre Vogel, la réponse est évidente : la précipitation a donné naissance à une application bourrée de défauts. 

L'un des défauts est le fait que le dispositif repose sur les téléchargements volontaires. Moins d'un million de personnes l'ont téléchargée sur leur téléphone portable. Un chiffre insuffisant pour protéger "massivement" la population. Interrogé par des journalistes de TF1, Jean-Pierre Vogel ne mâche pas ses mots : "Elle n’a quasiment pas été téléchargée", assène-t-il. "Quand on voit qu’elle se déclenche à tort ou avec quelques heures de retard, on se pose des questions sur le bien-fondé de l’application."

Pour le rapport, des "choix contestables" ont été opérés, notamment dans le choix d'attribuer 80 % du budget des systèmes d'alerte depuis 2012 sur les sirènes. "Les sirènes, initialement installées pour répondre au risque de bombardement aérien pendant la Guerre froide, [ne sont] aujourd’hui quasiment jamais utilisées dans d’autres contextes que ceux des essais hebdomadaires", pouruit le sénateur de la Sarthe. 

Une fois ce sévère constat dressé, le rapport finit par préconiser le dispositif du "cell broadcast" (littéralement : diffusion par téléphone portable) qui est déjà utilisé depuis plusieurs années aux Etats-Unis et au Japon. Il permet d'envoyer un SMS à tous les téléphones situés à proximité d'une antenne relai choisie. Un système qui a démontré son efficacité mais qui a un coût important : plusieurs dizaines de millions d’euros.  Voilà pourquoi la France s'est montrée réticente à l'appliquer. 

Le ministère de l’Intérieur affirme qu’une réflexion est en cours pour imaginer de nouveaux moyens de diffusion d’alertes. Jean-Pierre Vogel, quant à lui, enfonce le clou, si l'Etat ne se penche pas maintenant sur le question, "il sera trop tard pour s’en préoccuper en cas d’attentat". 

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