Patrice de Maistre accablé par le "fantôme" Bettencourt

Patrice de Maistre accablé par le "fantôme" Bettencourt

DirectLCI
JUSTICE - Patrice de Maistre, l'ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, a-t-il abusé de la faiblesse de sa milliardaire de patronne ? L'un des fameux enregistrements révélés en 2010, diffusé ce mercredi au tribunal de Bordeaux où se tient le procès, a renforcé cette thèse. On y entend une surprenante conversation entre Liliane Bettencourt, manifestement affaiblie, et son "homme de confiance".

La parole est à Liliane Bettencourt. Grande absente du procès qui se tient depuis dix jours à Bordeaux , la milliardaire est au cœur de tous les débats. Tour à tour, à la barre, les prévenus et les témoins se succèdent. Ils l'appellent "Liliane" ( comme François-Marie Banier ), "Madame" ( pour ses employés de maison ) ou sobrement "Madame Bettencourt". Certains parlent parfois d'elle au passé, comme si sa "démence mixte" diagnostiquée par les médecins, avait fait d'elle un fantôme. Agée de 92 ans, elle ne serait pas en état de parler. Elle est aujourd'hui en voyage, dans un lieu tenu secret, loin du tribunal de Bordeaux.

"Je ne sais pas qui est mon gendre, vous savez vous ?"

Mais ce mercredi, pour la première fois depuis le début des débats, la voix de Liliane Bettencourt a résonné dans la grande salle du tribunal correctionnel. Comme sortie d'outre-tombe. Elle provient de l'enregistrement d'une conversation entre l'héritière et son ex-gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre, soupçonné d'abus de faiblesse. Un échange enregistré à leur insu par le majordome Pascal Bonnefoy, qui avait dissimulé son magnétophone dans le salon feutré de l'hôtel particulier de Neuilly. Et qui, fuitant dans la presse, a été à l'origine de tout le volet politique de l'affaire. Son contenu est accablant pour le prévenu Patrice de Maistre. Mais il rend surtout compte de l'état de la milliardaire cette année-là.

Nous sommes en mars 2010. Patrice de Maistre, engagé par Liliane Bettencourt depuis 2003, a vu son salaire passer de 500.000 à 1,2 million d'euros annuels. Bientôt, il atteindra les 2 millions. Il ne manque plus que la signature de sa patronne. C'est à l'ordre du jour. A l'oreille, Liliane Bettencourt paraît affaiblie. Bafouille. "Je ne sais pas qui est mon gendre, vous savez, vous ?", demande-t-elle sans raison apparente. Rire gêné. "Oui, oui", répond de Maistre. Un moment d'absence, peut-être. Ou la vieille dame est-elle complètement perdue, comme l'assurent sa fille et ses petits fils ? Peu importe, l'entrevue continue comme si de rien n'était.

Des chèques pour "faire plaisir" à Woerth, Pécresse et Sarkozy

Patrice de Maistre est pressé. Il a beau sur-articuler et parler fort (Liliane Bettencourt est presque sourde), il va vite, trop pour la vieille dame. Dans ses mains, les feuilles s'agitent. Il lui faut les signatures. Pour des chèques d'abord : il y en a à gogo. A chaque fois, le gestionnaire rappelle à sa patronne, dont la mémoire chancelle, qui est qui. Et pourquoi il faut lui donner l'argent. Pour Eric Woerth, Nicolas Sarkozy , Valérie Pécresse, ce sera 7500 euros (c'est le plafond légal). "Il faut les soutenir, nous avons besoin d'amis. C'est pas cher et ils apprécient", assure le gestionnaire de fortune. Liliane Bettencourt signe, sans trop comprendre, semble-t-il. Sans le script, projeté sur les murs de la salle du tribunal, il est quasiment impossible de comprendre ce qu'elle dit. "Je signe ?", demande-t-elle d'une voix tremblante devant un contrat. "Oui, oui", répond de Maistre. Il soupire. Il tourne les pages. "Paraphez", "signez-là". "J'ai rien compris", glisse Liliane Bettencourt entre deux paraphes.

L'homme lui soumet alors son propre contrat. Un document qui porte sa rémunération à 2 millions d'euros annuels. "Vous vous souvenez, vous m'aviez dit oui", souligne de Maistre d'un ton poli. "De quoi ? Comment ?". L'homme lui rappelle alors que la fondation L'Oréal, dont il a la charge, "a pris beaucoup d'essor". "Ah". "Donc ça, c'est ce que vous me donnez", insiste-t-il. "A l'année" ? "Oui". Elle signe.

Rappelé à la barre après l'écoute de cet enregistrement, Patrice de Maistre arbore un air grave. Accablé. "Je ne l'ai jamais forcée à prendre de décisions, martèle-t-il. Cet enregistrement donne un effet désastreux mais ce jour-là, je vous l'assure, elle était en état de comprendre et de prendre des décisions." "Vous savez, poursuit-il, Liliane Bettencourt est à la tête d'une immense fortune. Elle vit dans un monde différent du votre et du mien." Assurément. Mais avait-elle vraiment conscience de ses actes ? C'est là l'unique objet du débat.

► Vous ne comprenez rien à l'affaire Bettencourt ? Metronews vous explique tout dans une infographie animée ci-dessous. Suivez le guide !

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter