Plainte pour violences policières à Mantes-la-Jolie : "Mon client est très angoissé, il a très peur de rentrer chez lui"

Plainte pour violences policières à Mantes-la-Jolie : "Mon client est très angoissé, il a très peur de rentrer chez lui"

FAITS DIVERS
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FAIT DIVERS - L'IPGN, la "police des polices", a été saisie en début de semaine de l'enquête sur une interpellation à Mantes-la-Jolie le 7 novembre 2017 au cours de laquelle un homme de 27 ans a été grièvement brûlé aux mains. L'avocat du blessé, Me Calvin Job, se confie à LCI sur cette affaire, alors que son client devait être entendu par la police ce jeudi.

Sa famille a porté plainte contre X pour "violences policières à caractère raciste" le samedi 11 novembre. Quatre jours plus tôt, un des leurs, un homme âgé de 27 ans, a été contrôlé à Mantes-la-Jolie (Yvelines), avant d'être emmené dans un fourgon de police où il affirme avoir subi des coups et avoir été brûlé par le chauffage du véhicule . 


Selon Me Calvin Job, avocat du jeune homme blessé, ce dernier se trouvait dans la cité du Val-Fourré mardi 7 novembre vers 17 heures quand les policiers sont arrivés et ont voulu contrôler un véhicule. Le jeune homme, qui possédait les clés de ce véhicule appartenant à un de ses amis, a proposé aux policiers de l'ouvrir et ces derniers l'ont fouillé sans rien y trouver, affirme l'avocat. Un deuxième fourgon est alors arrivé et d'autres fonctionnaires ont demandé au jeune homme d'embarquer pour un contrôle d'identité, ce que ce dernier a consenti à faire sans "aucune opposition", selon Me Job. Pourtant, dans le fourgon, la situation a dégénéré. 


Lundi dernier, le parquet de Versailles a décidé de faire poursuivre l'enquête ouverte jeudi 9 novembre pour "violences par dépositaire de l'autorité publique" et confiée dans un premier temps au bureau de déontologie de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP), par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).  Me Calvin Job, revient avec LCI sur cette affaire, alors que son client doit être entendu ce jeudi depuis son lit d'hôpital par la police. 

LCI : Votre client a été opéré le vendredi 10 novembre suite aux brûlures occasionnées par le chauffage du fourgon qui l'emmenait au commissariat de Mantes-la-Jolie. Comment se porte-t-il aujourd’hui ?

Me Calvin Job : Il cicatrise après les opérations qu’il a subies aux deux mains. On lui a enlevé une bonne partie de la peau du crâne pour la lui greffer au niveau des mains. Les pansements ont été changés mardi dernier. Mon client est encore à l’hôpital et a encore clairement besoin de soins. Dans le même temps, il est suivi par un psychologue et un psychiatre. Plus de dix jours après son interpellation qui a mal tourné, il fait toujours des crises d’angoisse. Le traumatisme est encore bien présent.

LCI : L’IGPN, la "police des polices", a été saisie de l'enquête. Votre client a-t-il été entendu ?

Me Calvin Job : Il devait l’être en début de semaine, lundi précisément, sur son lit d’hôpital, mais en raison de son état de santé, cela n’a pas été possible. Il était encore très affaibli. Il doit être entendu normalement ce jeudi après-midi, à 15h. Les policiers vont venir recueillir son témoignage direct. Mardi, ils ont d’ores et déjà entendu l’auteur de la vidéo, qui montre l’interpellation de mon client. Ce dernier était présent le 7 novembre quand les policiers ont procédé au contrôle. Comme il n’était pas concerné, il est monté chez lui a et a tout filmé. Il a été questionné là-dessus, sur les conditions dans lesquelles la vidéo a été tournée notamment et de ce que je sais, tout s’est bien passé. La police a parlé de mon client comme d'un individu "très virulent", qui a été arrêté pour "outrage et rébellion". les images ne montrent pas du tout cela.

LCI  : Votre client maintient sa version des faits ?

Me Calvin Job  : Non seulement il la maintient, mais à mesure que le temps passe, d’autres éléments lui reviennent en tête. Outre les brûlures occasionnées aux mains par le chauffage du fourgon, il a également une autre brûlure au niveau du dos du fait de la chaleur des menottes. Sur les violences subies dans le fourgon, il sait qui lui mettait des coups de poing, qui lui mettait des coups de pieds, qui le plaquait contre le chauffage...

LCI  : Selon lui, les violences ont duré combien de temps ?

Me Calvin Job  : D'après lui, elles ont été commises tout le temps du trajet entre la cité du Val-Fourré et le commissariat. Soit 7-8 minutes environ. Pendant toute cette durée, il a été frappé et insulté par 4 ou 5 fonctionnaires, parmi lesquels une femme qui lui mettait des coups de pieds.

LCI  : Dans la douleur, il a dû demander aux policiers de cesser de le frapper, et de l’éloigner du chauffage. Comment ont réagi les fonctionnaires à ce moment ?

Me Calvin Job  : Ils continuaient à l’insulter et à le frapper. Ils lui disaient : "Tais-toi sale négro, tais-toi !", "La ferme!" ou encore "Tu vas payer". Malgré ses cris de détresse et ses appels au secours, les fonctionnaires ont continué.

LCI  : Votre client devait sortir à la fin de la semaine de l’hôpital, est-ce toujours d’actualité ?

Me Calvin Job  : Non. Il devra encore rester hospitalisé quelques jours. Après les opérations et, compte tenu du traumatisme, il ne peut pas sortir pour l’instant. Il est très angoissé, il a très peur. Il se réveille en criant : "Je chauffe", "Je brûle". Les médecins ont même demandé à sa famille s’il avait des antécédents. Quand je me suis rendu à l’hôpital après son opération, il a fallu ouvrir la fenêtre à plusieurs reprises. Il avait besoin d’air en permanence. Aujourd’hui, il est très angoissé à l’idée de rentrer chez lui. Il pense d’ailleurs qu’il va peut-être devoir changer de ville car les policiers connaissent son adresse. Ils sont venus chez lui vendredi 10 novembre quand il était à l’hôpital et maintenant il a peur qu'ils reviennent, et il a peur de ce qu’ils pourraient lui faire après qu'il a livré sa version des faits.

LCI : Votre client sait-il quel facteur a pu, toujours selon sa version, entraîner de la part des fonctionnaires un tel déchaînement de violences ?

Me Calvin Job : Pas du tout, Il essaie de comprendre. Le 7 novembre, il a consenti sans aucune opposition au contrôle d'identité qui lui était notifié. Puis il a été emmené dans le fourgon où tout a dégénéré. Il a été placé ensuite en garde à vue pour "outrage et rébellion", avant d’être acheminé à l'hôpital de Mantes où sa garde à vue a été levée…. Il est rentré chez lui, a été pris en charge pas un voisin, puis il est revenu aux urgences. Il a finalement été orienté plus tard vers un hôpital parisien où des brûlures de deuxième et de troisième degré, aggravées par son diabète, ont été diagnostiquées. Aujourd’hui, il a de graves séquelles physiques et psychologiques. Il a besoin de comprendre et espère que justice sera faite.

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