Portrait-robot à partir d'ADN : une technique déjà utilisée dans 19 affaires criminelles

Portrait-robot à partir d'ADN : une technique déjà utilisée dans 19 affaires criminelles

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INFO METRONEWS - Depuis janvier 2015, la police nationale développe des portraits-robots réalisés à partir d’ADN. Couleur de la peau, des cheveux, des yeux, origine géographique, calvitie, taches de rousseur, bientôt l’âge et la morphologie du visage… Grâce à cet outil, les policiers ont d'ores et déjà orienté 19 enquêtes criminelles.

La couleur des cheveux, des yeux, de la peau. L’origine asiatique, européenne, américaine ou africaine. Calvitie et tâches de rousseur ? Tout cela, les policiers peuvent aujourd'hui le prédire grâce à un simple prélèvement... ADN. Cette technique est déjà utilisée aux Pays-Bas, en Espagne et aux Etats-Unis. Elle a été autorisée en France en juin 2014, après un arrêt de la Cour de cassation.

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Pendant plusieurs mois, 200 individus se sont prêtés volontairement aux tests du laboratoire de police scientifique de Lyon. Afin d’alimenter une base de données permettant de valider la méthode et d'arriver à un seuil de fiabilité d'au moins 90%. Depuis janvier 2015, date à laquelle le portrait-robot génétique a été officiellement mis en œuvre, les ingénieurs de la police technique et scientifique ont été saisis à 19 reprises (11 en 2015, 8 depuis le début de l'année) par des services de police, de gendarmerie ou des magistrats afin de donner un nouveau souffle à l’enquête, a appris metronews auprès de l’Institut national de la police scientifique (INPS). 

Orientation de l’enquête

Vols à main armée, viols, homicides volontaires… Tous les cas concernent des affaires criminelles. Concrètement, à partir de l’ADN relevé sur une scène de crime, les policiers ont décrit des caractéristiques physiques d'un individu. Ce qui a permis d'orienter les recherches, ou exclure certaines pistes. Comme dans cette affaire où un ADN masculin a été prélevé sur la ceinture passager d’une voiture volée qui a servi à un braquage. Alors que les suspects étaient de type européen, la trace a révélé qu’il s’agissait d’un homme métissé à la peau foncée. Après enquête, il s’est avéré que le propriétaire du véhicule avait transporté un de ses amis correspondant au profil. La piste a été rapidement écartée.

Autre cas où le portrait-robot génétique aurait pu aider à l'enquête : cette affaire de viol d'une lycéenne à La Rochelle en septembre 2013, soit avant que la technique du portrait robot génétique existe. L'adolescente a été agressée dans le noir dans les toilettes de son lycée. Elle n'a pas vu son violeur. Du coup, la justice a ordonné 527 prélèvements ADN sur des élèves et des professeurs . Tous, mis hors de cause. "Si ce scénario se présentait à nouveau, on ferait moins de prélèvements. On pourrait savoir si l'agresseur est blond ou brun, s'il a les yeux bleu ou marron", nous explique une source policière. 

"C’est une aide à l’enquête qui permet d’ouvrir des portes ou de les refermer. De donner des éléments de recherche aux enquêteurs ou aux magistrats. Une fois que le suspect est arrêté, une comparaison ADN classique est systématiquement réalisée", explique auprès de metronews François-Xavier Laurent, responsable Recherche et Développement au laboratoire de police scientifique de Lyon de l’INPS.

Bientôt l’âge déterminé grâce au portrait-robot génétique

Outre l’affinement des marges d’erreur, les policiers travaillent sur d’autres critères. Tout d’abord la morphologie faciale, à savoir l’écartement entre les yeux ou les oreilles, ou encore la corpulence. Mais c’est surtout la détermination de l’âge qui est jugée très prometteuse. A l’heure actuelle, la fiabilité n’est pas encore tout à fait au rendez-vous. Mais d’ici la fin de l’année, la police espère pouvoir réduire l’indice de confiance de la prédiction à plus ou moins trois ans.

Ainsi, l'âge d'un suspect au moment où il a laissé son ADN sur la scène de crime pourrait alors être défini. Ce qui recentrerait les recherches dans les cas de cold case, par exemple. "On ne connaît pas encore le niveau de marges d’erreur sur une trace ADN dégradée, ni l’impact de l’environnement sur le résultat. Par exemple, on sait que les UV solaires ou l'oxydation peuvent détériorer un ADN et donc fausser les résultats. Mais nous avons bon espoir", précise François-Xavier Laurent.

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Certes, le portrait-robot génétique ouvre de nouvelles perspectives à la recherche criminelle. Mais il se heurte à quelques limites. D’abord, les enquêteurs ne comptent pas, tout du moins pour l’heure, le diffuser au grand public dans le cadre d'appels à témoins ou d'avis de recherche, les techniques actuelles n'étant pas assez fiables. Par ailleurs, les changements physiques après une opération de chirurgie esthétique ne peuvent pas être décelés. Tout comme la dépigmentation naturelle des cheveux. Autant de barrières qui confirment l’impérieuse nécessité des témoignages humains.

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