Procès Alexandre Junca : l’horreur au détour d’une rue

FAITS DIVERS

JUSTICE - Le 4 juin 2011, Alexandre Junca, 13 ans, rentre chez lui à vélo dans le centre-ville de Pau. Il ne donnera plus signe de vie. Le 6 juin, un avis de recherche est lancé. Trois semaines après, son corps est retrouvé démembré dans le Gave. Le procès de cette affaire, qui a fait basculer la ville dans l'horreur, s’ouvre mardi devant la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques. Mickaël Baehrel et Christophe Camy sont jugés pour avoir frappé à mort le jeune garçon, Fatima Ennajah pour ne pas avoir dénoncé le crime. Claude Ducos, pour avoir démembré le corps.

C’est une plongée dans l’horreur, un soir de juin, dans les ruelles de Pau. Un vélo qui file rue Carnot, les caméras de vidéosurveillance de la Poste qui enregistrent la silhouette du garçon. 22h51. A peine 200 mètres, quelques coups de pédale et Alexandre, 13 ans, sera rentré chez son père avant 23h, comme il le lui a promis dans son dernier texto. Au même moment, Christophe Camy marche près des Halles. L’homme de 23 ans, interné depuis six mois en hôpital psychiatrique, a obtenu une permission de sortie pour son anniversaire...

Parcourir le rapport des enquêteurs, c’est effleurer ces quelques minutes qui font basculer le cours des choses. Le gamin au vélo n’est jamais arrivé chez lui. Le 26 juin, un fémur sera découvert dans le Gave. Les autres morceaux du corps, quelques mois plus tard. L’histoire d’Alexandre Junca est celle d’une mauvaise rencontre, d’une mort gratuite dont l’épilogue "révulse les consciences", comme l’expliquera le procureur de la République de Pau, Jean-Christophe Muller. Le procès de cette affaire qui a touché en plein cœur la ville de Pau s’ouvre mardi devant la cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques. Au terme d’une enquête longue et difficile, trois hommes et une femme vont prendre place dans le box des accusés.

Des coups de marteau 

Les aveux circonstanciés de Christophe Camy, 28 ans et Mickaël Baehrel, 30 ans, jugés pour "vol avec violences ayant entraîné la mort", ont permis aux enquêteurs de reconstituer le début du puzzle macabre. Le 4 juin 2011, Alexandre a croisé la route de Christophe Camy qui lui a demandé l’heure avant de s’emparer de son portable. Puis celle de Mickaël Baehrel qui s’est mêlé au vol.

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Après avoir pris soin d’attacher son vélo à un poteau de la rue Galos, Alexandre est retourné voir les deux marginaux. Avec l’intention de récupérer son téléphone, qui ne valait rien mais contenait tout ce qu’un ado a de précieux : les textos, les photos des copains. Alexandre n’a rien vu du danger que représentait Mickaël Baehrel. Un homme violent qui a collectionné les foyers et les condamnations. Un homme ivre qui ne sort jamais sans son marteau en poche. Un homme qui assène des coups violents sur le crâne de l'enfant avant de le rouer de coups de poing. Un déchaînement de "rage" qui aurait fait fuir Christophe Camy. Les deux hommes encourent la réclusion à perpétuité.

"Ce que cette famille a vécu est d’une violence inouïe"

"La suite est plus floue. Où le corps a-t-il été emmené, où a-t-il été découpé, dans quelle condition ?", interroge Pierrette Mazza-Capdevielle, l’avocate de la mère et des sœurs de la victime qui espèrent que les huit jours d’audience permettront de lever ces zones d’ombre. Car en l’absence d’ADN et de preuves matérielles, les proches ont dû s’accrocher aux déclarations fluctuantes des uns et des autres. "Rien ne leur a été épargné. Ce que cette famille a vécu est d’une violence inouïe : les moments d’angoisse et d’attente durant la disparition d’Alexandre, la découverte du fémur qui anéantit l’espoir et laisse imaginer le pire, les mensonges, les aveux, les rétractations".

Mickaël Baehrel a raconté que la dépouille d’Alexandre avait été transportée avec l’aide d’un SDF - mort depuis - jusque dans la cave de sa compagne, Fatima Ennajah. De vingt ans son aînée, cette mère de trois enfants instable et sous curatelle habite alors à quelques mètres de la scène de crime. Son parcours cabossé de toxicomane-alcoolique rend ses auditions compliquées. Les élucubrations s’enchaînent au gré de ses humeurs. Femme amoureuse et battue, pouvant se révéler mythomane et manipulatrice, Fatima Ennajah est poursuivie pour "recel de cadavre" et "non-dénonciation de crime".

L’énigme Claude Ducos

Le dernier accusé, Claude Ducos, 75 ans, se montre moins loquace. C’est ce chasseur d’un petit village du Béarn que Mickaël Baehrel a tenté de joindre à de multiples reprises la nuit du 5 juin. Et qu’il désigne comme le complice qui a récupéré le cadavre le lendemain et l’a découpé. Claude Ducos a toujours nié. Sans apporter de véritables explications à certains éléments troublants. Comme ce jour de septembre 2011, où, sans raison, il a fait détruire dans une casse sa voiture en bon état. Celle qui a servi, selon Baehrel, au transport du corps. Claude Ducos a ensuite racheté un nouveau véhicule, à l’identique, en l’immatriculant avec les anciennes plaques. Ce vieux garçon solitaire, décrit comme serviable, efficace et entier, sera l’une des grandes énigmes de ce procès.

Issu d’un milieu agricole et militaire, Claude Ducos a toujours caché son homosexualité aux siens. A l’abri des regards qui jugent, il fréquentait le milieu marginal palois. De ces jeunes en errance à qui il filait un ou deux billets en échange de fellations, Mickaël Baehrel avait une place à part. Claude Ducos semblait en être tombé amoureux. "Il ne nie pas avoir fréquenté Mickaël Baehrel mais cela n’en fait pas pour autant un criminel. De simples appels ne suffisent pas à condamner", fait valoir son avocat Me Bousquet. "Il a la culture du mensonge, préfère relever Me Mazza-Capdevielle qui ne croit pas en son innocence. Va-t-il finir par dire la vérité ? Nous gardons espoir même si je pense que certaines choses ne peuvent être dites. Pour ces actes qui dépassent l’entendement, comme le démembrement du corps d’un enfant, l’aveu paraît impossible", soupire l’avocate. Claude Ducos risque trois ans de prison.

"Alexandre ne sera pas oublié"

Cinq après, les proches s’apprêtent à revivre le dernier trajet à vélo d'Alexandre. "Il y a une énorme pression. Jusqu’à présent, ils ont fait face à des accusés centrés sur eux-mêmes, sans empathie, qui n’expriment aucun regret et qui ont versé dans l’atrocité sans le moindre émoi, commente Pierrette Mazza-Capdevielle. Les sentiments qui animent mes clients sont violents. Il y a du mépris, de la haine, mais ils feront face. Ils espèrent simplement la vérité. Mme Lance (la mère, ndlr) est prête à tout entendre, elle veut accompagner son fils jusqu’au bout, même si c’est au bout de l’horreur. Pour elle, le pire est malheureusement derrière". Lorsqu’elle prendra la parole, elle a aussi promis de faire vivre Alexandre. De parler de cette autre histoire que ni les affiches qui hantent encore les ruelles de Pau, ni les caméras de surveillance ou les rapports d’enquête ne raconte. Celle d’un gamin "solaire", "souriant", qui "aimait la vie" : "Alexandre ne sera pas oublié. Son visage lumineux éclairera la noirceur de ce procès".

LES PROTAGONISTES
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