Procès Bonnemaison : "On ne s'habitue jamais à l'agonie"

FAITS DIVERS
JOUR 2 - Nicolas Bonnemaison, l'ex-urgentiste jugé en appel à Angers pour "empoisonnement" de patients en phase terminale, a retracé mardi l'enfer de l'extrême fin de vie, et défendu sa décision de sédation, "en aucun cas" pour tuer, mais pour "soulager".

Le rappel des faits :
Nicolas Bonnemaison est accusé d'avoir, entre mars 2010 et juillet 2011 au Centre hospitalier de la Côte basque à Bayonne, injecté des produits létaux à sept patients âgés, incurables, et dont on avait arrêté les traitements, pour abréger leurs souffrances, et leur vie. L'ex-urgentiste, décrit par les experts-psychiatres comme "hyper-compassionnel" au point d'être "pas assez lucide", n'avait informé ni soignants, ni familles, pour "protéger les proches" et leur éviter un choix "délicat". C'est l'appel interjeté par le parquet général de Pau qui vaut à l'ex-médecin de se retrouver devant une cour d'assises. Il y encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Sa défense sur les injections :
Le médecin bayonnais radié a assumé, au deuxième jour de son procès devant la cour d'assises du Maine-et-Loire, les injections qu'il a administrées en 2010 et 2011 à des patients âgés et incurables, dont le traitement était arrêté et le pronostic vital engagé à court terme. Des patients en proie à des convulsions ou crises d'épilepsie qu'"on ne va pas laisser agoniser", qu'on doit "aider à partir" sans souffrances, affirme-t-il. "Vous dites on ?, Pourquoi pas je ?" l'a relancé l'avocat général. "Je, il n'y pas de souci. Je pratique la sédation et j'estime que c'est mon devoir de le faire", a répondu Nicolas Bonnemaison.

Sa description de l'état de ses patients :
L'ex-urgentiste a décrit l'état des patients qu'il est accusé d'avoir "empoisonnés" : "C'est terrible. C'est extrêmement fort. Impressionnant pour tout le monde", a répété l'ancien urgentiste au moment de décrire les convulsions "pendant quarante-huit heures", avec des "gasps", "un peu comme un poisson qui sort de l'eau", ou encore les crises d'épilepsie "si rapprochées qu'il n'y avait pas de prise de conscience entre deux". "On ne s'habitue jamais à l'agonie". "J'insiste sur ce point; l'intention n'est en aucun cas de provoquer le décès", a-t-il répété.

Son avis sur la prise en charge des patients :
"Les patients pour lesquels je réponds avaient tous un pronostic vital engagé de quelques heures à quelques jours (...) A ce jour, on n'a pas d'outils pour évaluer la souffrance psychique", a-t-il dit, rappelant le contexte des gestes pour lesquels il est jugé, après avoir été acquitté en premier ressort à Pau en juin 2014. "Ce que je veux souligner, c'est la difficulté de prise en charge des patients en fin de vie", a résumé l'accusé.

Le témoignage de Michèle Delaunay :
L'ancienne ministre des Personnes âgées, entendue comme témoin par visioconférence, a exprimé "sa réserve à suivre trop l'avis des familles. Il est fragile. Il peut changer dans le deuil, être source de culpabilité". Surtout, dans un contexte de loi sur la fin de vie en train de changer au Parlement - avec un "droit à la sédation finale et continue", Michèle Delaunay en a appelé à l'humilité de tous, dans un domaine où "la loi ne pourra jamais tout résoudre".

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