Procès de Benoît Magimel : les aveux de l'acteur sur sa toxicomanie

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COMPTE-RENDU D’AUDIENCE - Benoît Magimel était jugé ce mardi 12 avril à Paris pour avoir renversé en voiture une femme, le mois dernier, dans le XVIe arrondissement. Jugé pour "délit de fuite", "usage de stupéfiants" et "blessures involontaires", l’acteur a accepté de répondre à toutes les questions du tribunal, même les plus délicates. Les débats ont longuement porté sur le combat qu'il mène, depuis de nombreuses années, contre la drogue.

L’affaire avait fait grand bruit le mois dernier : on apprenait que l’acteur Benoît Magimel, fraîchement césarisé, avait renversé en voiture une femme dans le XVIe arrondissement de Paris, avant de prendre la fuite. Dans la foulée, les analyses toxicologiques révélait que l’acteur de 41 ans était sous l'emprise de stupéfiants. C’est dire si l’affaire, jugée ce mardi 12 avril devant la 30e chambre du tribunal correctionnel de Paris, a attiré les curieux. Qui ne s’attendaient probablement pas à la tournure prise par les débats : car au-delà des faits qui lui sont reprochés, c’est surtout la toxicomanie de l’acteur qui aura été évoquée à l’audience. Donnant une image beaucoup moins glamour que celle affichée sur les tapis rouges.

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Dès l’ouverture des débats, le ton est donné. L’acteur, venu avec sa compagne, accepte à la barre de répondre à toutes les questions, même les plus délicates. Et rapidement, l’accusation de délit de fuite s’émousse, au regard de ses propos et de ceux du principal témoin, qui a prêté assistance à la victime, une femme de 62 ans également présente. Benoît Magimel le martèle : l’accident était totalement involontaire. Il a percuté cette femme alors qu’il effectuait, lentement, une marche arrière boulevard Exelmans. "Elle était dans mon angle mort". Il est aussitôt sorti de son véhicule de location : "J’étais catastrophé, j’ai cru que je lui avais roulé dessus". Là, il s’enquiert de l’état de la sexagénaire, allongée sur le trottoir. Avant de partir une première fois garer sa voiture, puis une seconde pour se rendre chez lui, après l’arrivée des pompiers. "Je me suis assuré que tout allait bien. Celui qui l’aidait m’a dit d’y aller. J’ai bien précisé que je ne fuyais pas, et je lui avais bien donné mon identité". Mais pourquoi quitter les lieux ? "Il y avait beaucoup de gens qui arrivaient, qui me reconnaissaient et sortaient leurs portables. Il y avait de la pression", confesse à la barre l’homme, vêtu d’un costume gris clair.

"Je consomme seul, et avec beaucoup de honte"

Arrive alors la question de la prise de drogue : les analyses ont révélé que l’acteur avait consommé de la cocaïne, du cannabis et de l’héroïne. L’a-t-il fait avant de prendre le volant ou après ? Impossible de savoir. Mais lui le jure : c’était après, quand il est rentré chez lui. "Ce qui venait de se passer… C’était une grosse émotion. Il y avait quelque chose chez moi que j’ai consommé. Je me soigne, je suis un traitement depuis pas mal de temps. Mais c’est le genre de chose qui pousse à la consommation". On découvre alors que l’acteur mène une véritable bataille depuis des années contre son addiction. "Je prends un traitement de substitution et je me rends régulièrement aux Narcotiques Anonymes. Je vois également un médecin spécialisé dans ce domaine tous les deux mois. Et je fais aussi une thérapie, en parallèle". Des démarches lourdes, qui témoignent d’un problème bien ancré en l’acteur : "Je n’ai pas de consommation festive. Je consomme seul, et avec beaucoup de honte", reconnaît-il, sans fard. "Parfois il y a des rechutes mais j’essaye de tenir".

Et son avocat de poursuivre, non sans un certain pathos : "Benoît Magimel a besoin d’être aimé. C’est son monde. C’est de la schizophrénie d’être acteur. Il faut toujours qu’il ait le sourire, sinon il ne tourne pas. Sa vie personnelle, ses difficultés, il faut qu’il les cache. C’est ça Benoît Magimel aujourd’hui. C’est quelqu’un qui a eu des chocs, de nombreuses ruptures, et une mauvaise rencontre : la drogue. Et il se bat avec elle sur le ring. Le combat n’est pas simple. Parfois il perd, parfois il gagne".

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Un accusé qui coopère

La victime, elle, prendra peu la parole. Si son état n’a pas nécessité d’hospitalisation - les médecins relevant de simples éraflures liées à l’accident -, c’est en boitant qu’elle se dirige vers la barre. Dans un français qu’elle maîtrise mal, elle revient juste sur l’accident. "Je suis tombée sur la tête, j’étais pas bien. Il n’a pas cherché à me porter secours, il ne m’a pas parlé, ne m’a pas donné son identité". Une affirmation contredite par les dires du principal témoin, qui a spécifié que l’acteur était "profondément intéressé et concerné". Et son avocat d’insister : Fatima E. souffre déjà, à la base, d’arthrose. Cet accident, soutient-il, aurait aggravé son état. Ce qui nécessite, selon lui, une indemnité.

Le procureur, de son côté, demande la relaxe pour le délit de fuite, pas établi, à son sens. Il retient en revanche les "blessures involontaires" et "l’usage de stupéfiants". "Les blessures involontaires, ça peut arriver, argue-t-il. En revanche, ce qui est problématique, c’est la toxicomanie. On pourrait envisager une injonction de soins. Mais pour cela, il faudrait qu’il soit condamné à une peine de prison. Compte tenu de son casier judiciaire jusqu’à présent vierge et de sa personnalité (l’acteur a été très coopératif avec les enquêteurs, ndlr), cela ne me paraît pas justifié". Le procureur décide donc de requérir une simple amende de 5000 euros, provoquant le soulagement de la défense. Le jugement a été mis en délibéré au 24 mai 2016. 

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