Procès de Jacqueline Sauvage : "Il attendait que maman parte pour se frotter contre nous", raconte sa fille

Procès de Jacqueline Sauvage : "Il attendait que maman parte pour se frotter contre nous", raconte sa fille

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JUSTICE - Sylvie Marot, fille aînée de Jacqueline Sauvage, livre au tribunal de Blois, en ce premier jour de procès, un témoignage poignant. Le récit d’une enfance de violences et d’incestes, toujours gardés secrets. Un silence dont la cour a largement fait le procès.

Elle parle vite, très vite. Comme si les mots la brûlaient. Sylvie Marot, fille aînée de Jacqueline Sauvage, se tient à la barre des témoins du tribunal de Blois, ce mardi 1er décembre. Ses mains s’entortillent devant elle et sa voix, vacillante, n’est jamais bien loin de céder la place aux sanglots. En ce premier jour du procès en appel de sa mère, accusée d’avoir assassiné son père de trois coups de fusil, elle revient sur cette enfance passée dans la peur et l’inceste. Pour "montrer que maman a subi des violences toute sa vie", dit-elle.

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"Avec ma sœur Carole, quand on avait 6-7 ans, on entendait souvent des cris qui venaient de la cuisine", se souvient-elle. "Il s’en prenait à elle pour des motifs divers : le ménage, la cuisine. Nous, on attendait que ça passe. On espérait toujours que ça allait s’arranger." Las, bientôt, la situation empire. "Pour nous, les problèmes ont commencé quand on s’est formées physiquement", reprend Sylvie, suspendant son souffle, laissant craindre le pire, avant d’asséner : "Il a commencé les attouchements".

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"C'était pénible à vivre. C'est pénible à raconter."

"Il attendait que maman parte au travail pour venir dans notre lit et se frotter contre nous", explique-t-elle, aujourd’hui âgée de 50 ans. "Un jour, j’ai eu un pressentiment. Je ne trouvais plus Carole, je la cherchais partout dans la maison. Mon père m’a dit qu’elle était partie chercher du lait à la ferme. En fait, je l’ai appris plus tard, il l’avait violée dans la salle de bain." Elle ajoute, de plus en plus agitée : "Il lui fallait toujours un punching-ball pour se soulager. C’était invivable." Selon les dires de Sylvie, son père aura donc été incestueux envers ses trois filles. Mais elle avoue : "Nous, on le cachait, on ne voulait pas le dire à maman." Un silence que la cour ne comprend pas.

Pourquoi, même devenue adulte, Sylvie n’a-t-elle jamais porté plainte contre son père ? demande la présidente, visiblement agacée que les détails apportés aujourd’hui par la fille aînée ne figurent pas au dossier . "Parce que j’ai honte. J’en fais encore des cauchemars. C’était pénible à vivre. C’est pénible à raconter. A 21 ans, quand il m’a passée à tabac, je me suis dit que c’était la dernière fois." Une explication qui ne semble guère convaincre la cour.

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"... sans vouloir vous faire un procès"

S’ouvre alors ce qui ressemble fort à un second procès. Celui de Sylvie et de son silence. "Avec le recul, porteriez-vous plainte aujourd’hui ?" lui demande l’avocate de la partie civile, maître Henry-Weissgerber. "Non", répond Sylvie. "Il était terrifiant, incontrôlable. J’aurais eu peur qu’il s’en prenne à maman et qu'il la tue." Mais l’avocate insiste : "Vous dites qu’il était incontrôlable, mais vous n’avez pas donné l’opportunité à la police de le contrôler". Et la présidente de renchérir : "C’est le malheur de votre mère que vous avez fait… sans vouloir vous faire un procès."

"Mon père c’était un tyran, un pervers. C’est tout ce que j’ai retenu de lui", conclut Sylvie, un peu déboussolée. A tel point que le procureur juge bon d’ajouter, sans doute pour rappeler qui, dans cette histoire, est la victime : "Madame, vous n’êtes pas dans le box des accusés." Sylvie acquiesce, baisse les yeux vers le sol. Elle n’en dira pas plus.

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