Procès de Jacqueline Sauvage : "J’ai tiré, tiré, tiré", raconte l'accusée

Procès de Jacqueline Sauvage : "J’ai tiré, tiré, tiré", raconte l'accusée

FAITS DIVERS
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JUSTICE - Au deuxième jour de son procès, Jacqueline Sauvage est revenue sur le jour du drame, le 10 septembre 2012. Un récit mécanique, simple, où malgré tout, des zones d’ombre subsistent.

10 septembre 2012, La Selle sur le Bied, 13h30. Dans un pavillon coquet de ce village du Loiret, Jacqueline Sauvage vient de terminer la vaisselle. Elle se sent fatiguée. Elle vient d’affronter une matinée entière d’insultes et de remontrances de la part de son mari, Norbert Marot. Leurs disputes, ce jour-là, tournent autour de la société de transports familiale. Il faut trouver quelqu’un pour remplacer leur fils Pascal, qui ne veut plus jouer les chauffeurs routiers. Il ne répond plus au téléphone. Sa mère l’ignore encore, mais Pascal est mort. On le retrouvera pendu, chez lui, le soir-même.

Remontée dans sa chambre, Jacqueline Sauvage prend des somnifères et se couche. "Je me suis réveillée dans un bruit assourdissant", précise-t-elle, chancelante devant le micro du box des accusés. Ce bruit, c’est son mari, qui essaie d’ouvrir la porte. Dans sa violence, il en casse la poignée. "Et là, il s’est jeté sur moi, il m’a dit ‘Lève-toi, bonne à rien. Va faire la soupe !’" Suit un tabassage en règle. Coups de poings, coups de pieds. Norbert lui arrache la chaîne qu’elle porte au cou et lui éclate la lèvre inférieure.

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"J'ai hésité, pour le troisième tir"

"A ce moment, j’ai eu un éclair dans la tête", reprend l’accusée. "J’ai pris le fusil dans la chambre, j’ai chargé. Il était en bas sur la terrasse, assis de dos. Je me suis approchée, j’ai tiré, tiré, tiré, en fermant les yeux. J’ai hésité, pour le troisième tir." Jacqueline Sauvage se tient à moins de deux mètres de son mari. "Impossible de rater sa cible, à cette distance", précisera plus tard un expert en balistique. Se rendant compte de son geste, elle panique, appelle le 18 et dit : "Venez, j’ai tué mon mari !"

Les faits semblent simples. Le récit de Jacqueline Sauvage est clair, limite mécanique, comme si elle avait raconté cette histoire des centaines de fois déjà. De la poudre est retrouvée sur son chemisier, ses mains et ses espadrilles. D’ailleurs, elle avoue avoir tiré et n’oppose aucune résistance aux gendarmes qui l’emmènent. Mais au cours du procès, plusieurs zones d’ombres sont soulevées. Les horaires, d’abord. Elle dit être réveillée à 16 heures et être passée à l’acte dans la foulée. Or, les coups de feu sont entendus vers 19h20. Ce qu’il s’est passé pendant ce laps de temps, nul ne sait l’expliquer. Jacqueline Sauvage répète qu’elle "avait perdu la notion de l’heure".

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"Agressive et pas trop réfléchie"

Deuxième imprécision : la prise de Stillnox. Aucune trace de somnifère n’est retrouvée dans le sang de Jacqueline Sauvage, qui, pourtant, assure en avoir absorbé plusieurs comprimés le jour du drame. Et qui, dans une première déclaration, sous-entend que ce médicament la rend "agressive et pas trop réfléchie". A cette question, un expert en toxicologie apporte un élément de réponse : après plusieurs heures, "la présence de Stillnox dans le sang disparaît. Mais ses effets peuvent perdurer".

Enfin, demeure une incompréhension autour de la présence des cartouches dans la chambre. Auprès des gendarmes, Jacqueline Sauvage déclare être descendue en chercher au sous-sol, plusieurs semaines avant le crime. Devant la cour, cette fois, elle assure avoir simplement vidé ses poches dans la chambre, après une partie de chasse. Le verdict de cette affaire complexe est prévu pour demain, jeudi. Pour avoir tué son époux, elle encourt, en appel, la réclusion à perpétuité.

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