Procès de la "chemise arrachée" chez Air France : "On n'est pas au spectacle ici"

Procès de la "chemise arrachée" chez Air France : "On n'est pas au spectacle ici"

SUR PLACE - Le procès des quinze salariés d'Air France dans l'affaire dite de "la chemise arrachée" s'est ouvert ce mardi devant le tribunal correctionnel de Bobigny. Cinq prévenus sont jugés pour "violences" contre le DRH, l'un des directeurs du groupe et deux vigiles. Récit d'une première journée de débats... décousus.

Le président a eu beau répéter "On n’est pas au spectacle", par moment, on s’y serait cru. "Pas de commentaires", "pas de mouvement d’humeur dans la salle s'il vous plaît !"… Plusieurs fois ce mardi après-midi, Charles Moscara a dû rappeler à l’ordre les avocats, les prévenus et le public. Ce dernier, nombreux et acquis à la cause des 15 salariés jugés devant le tribunal correctionnel de Bobigny dans l’affaire dite de la "chemise arrachée", a régulièrement applaudi ou grondé au fil des déclarations de chaque partie.

Une agitation qui a accompagné des débats décousus manquant parfois de fond. Si les dix prévenus poursuivis pour des "dégradations" ont tous reconnus dans la matinée avoir "secoué" le grillage qui a permis aux manifestants de pénétrer sur le parvis du siège d'Air France, c’est une autre paire de manches pour les cinq personnes jugées pour "violences".  Celles qui sont soupçonnées d'avoir mis à nu la direction d'Air France devant le monde entier il y a près d'un an contestent les faits. 

Le 5 octobre 2015, elles participaient à un rassemblement devant le siège de la compagnie à Roissy. Elles entendaient protester contre un nouveau plan social. Dans les cartons des dirigeants, venus participer à une réunion du comité central d’entreprise (CCE), un plan de restructuration menaçant 2.900 postes. C'est ce jour-là que, devant les caméras, le DRH Xavier Broseta et le directeur long-courrier Pierre Plissonnier avaient étés molestés avant de s'échapper torses nus en escaladant un grillage sous les huées des manifestants. 

"Lynchage" et "humiliation"

Alors, mardi après-midi, le tribunal a visionné en boucle, et sous toutes les coutures, les extraits vidéos de la cohue, des chemises en lambeaux... Autant de points de vue, d'enregistrements censés prouver l'implication des prévenus. "Personne ne tombera jamais d’accord sur ce que l’on voit", finit par lâcher le président face à une avocate qui s'acharne à faire parler le flou.

Car c'est là toute l'ironie de ces images vues et revues des millions de fois : elles ne permettent pas d'identifier nettement les "arracheurs" de chemise. "La densité et la mobilité de la foule rendent extrêmement complexe les identifications formelles", notera même la police dans son rapport d'enquête. Seul Vincent M., délégué CGT du personnel que l'on identifie plus clairement, reconnaît avoir fait "une poussette" à un vigile entrainant la chute de Xavier Broseta. "C'était un mauvais geste que j'ai regretté", explique le salarié licencié à la barre. 

Restent les témoignages des principaux concernés. "On a commencé à nous agripper, à nous donner des coups par derrière. Ma chemise a été déchirée '(...) C'est une forme de lynchage", raconte Pierre Plissonnier, costume aujourd'hui impeccable. L'homme, en reconversion, évoque pudiquement l'"humiliation" ressentie de se retrouver ainsi en une des journaux du monde entier. Mais au même titre que Xavier Broseta, qui lui assure ne pas s'être "senti réellement menacé sur le moment", il n'a pu identifier ses agresseurs. 

On fait entrer les témoins. "Ça fait dix heures que j'attends dans ce cagibi, je suis syndicaliste et je tenais à dénoncer en introduction les conditions dans lesquelles nous sommes depuis ce matin", s’agace celui qui vient de s'avancer à la barre. Le spectacle continue. Il est près de 20 heures. Les débats s'étirent, tournent en rond. Un dernier prévenu, jugé pour les violences du 5 octobre et licencié depuis, est appelé par le président. "Comment voyez-vous votre avenir ?" -  "J’envisage pas, j’ai plus d’avenir, 30 ans de boîte et puis plus rien". Le rideau tombe. Il s'ouvrira à nouveau mercredi matin.  

VIDÉO - "Chemise arrachée" d'Air France : le mot des avocats

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"Chemise arrachée" d'Air France : le mot des avocats

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