Procès des parents de Bastien : l'enfant que l'on tait

Procès des parents de Bastien : l'enfant que l'on tait

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JUSTICE - Le procès des parents du petit Bastien, mort après avoir été enfermé dans un lave-linge en 2011, s'est ouvert ce mardi devant les assises de Melun. Appelés à la barre, le père et la mère ont eu du mal à parler de cet enfant, qu'ils ont évoqué presque sans émotion.

A la barre, l'un est plus enclin à parler de lui-même, l'autre de son compagnon. Mais décrire la personnalité du petit Bastien semble bien difficile pour Christophe Champenois et Charlène Cotte. Le père de l'enfant, accusé de l'avoir tué en l'enfermant dans une machine à laver en 2011, et sa mère, poursuivie pour complicité de meurtre et violence, se montrent plus prolixes quand il s'agit de parler d'eux.


Après s'être effondré en larmes un instant en évoquant sa compagne, l'accusé de 36 ans aux cheveux blonds et à la mâchoire carrée, se ressaisit rapidement. D'une voix mécanique, sans doute accentuée par sa maladie - un méningiome qui a paralysé une partie de son côté gauche -, Christophe Champenois décrit une "enfance heureuse" jusqu'à la mort de son père "alcoolique". "S'il était encore vivant, j'aurais peut-être été une autre personne." Car c'est à partir de là que ses problèmes auraient selon lui débuté : son redoublement en CE2, l'internat, l'alcool, le cannabis et les accès de violence mis en partie sur le compte de sa maladie : "Dès que j'ai une frustration, je deviens nerveux".


"Heureuse jusqu'à ce Bastien vienne au monde"


Sa rencontre "avec Charlène" et "la naissance des enfants" seront les moments les plus heureux de sa vie. "La naissance de vos deux enfants ?", interroge la présidente. "Oui, rétorque l'accusé dans sa polaire rouge. Je ne voulais pas de Bastien au départ mais j'en suis revenu (sic). Le jour de l'accouchement, c'est vrai, je n'étais pas là, j'avais bu et fumé. Mais apprendre une naissance à la dernière minute aussi, ça m'a mis un aller-retour".


Sa compagne avait raconté un peu plus tôt à la cour avoir "fait une sorte de déni de grossesse" par "peur" de la réaction de son compagnon. Charlène Cotte - sixième d'une fratrie de huit - décrira également une enfance épanouie avec un père "alcoolique" mais autour d'une "famille soudée". "Précaire" aussi, note la présidente qui lui fait remarquer que cinq de ses frères et sœurs ont été placés. "Mais j'ai toujours été heureuse, jusqu'à ce que Bastien vienne au monde, dit-elle. Après, il y a eu une 'cassure'. J'ai été heureuse avec mes enfants mais pas avec Monsieur". Tout au long de son récit, elle ne prononcera pas le prénom de son conjoint qui, en 2010, a écopé de deux mois de prison pour violences conjugales.


"Je ne me souviens de rien"


La petite Maud, née en 2006, était quant à elle une "enfant désirée". Bastien non. "Il était agité, hyperactif, il reproduisait ce qu'il voyait à la maison", explique la jeune femme de 29 ans, tout de noir vêtue, que ses avocats ont décrite comme une "femme battue", "terrorisée", sous l'emprise de son conjoint. "Je viens de vous demander de nous parler spontanément de votre fils qui est mort et vous commencez par dire qu'il était agité. Je pensais que vous nous parleriez avec votre cœur de maman", interrompt la présidente. Laquelle insiste : "Parlez-nous de ses qualités" - "Il rigolait tout le temps mais c'était un enfant qui avait peur. Quand son père était là, il était moins joyeux. Il le frappait", murmure l'accusée. A demi-mot, Christophe Champenois reconnaît que Bastien "sentait qu'(il) le rejetait". "Mais je ne le rejetais pas complètement, je lui ai déjà donné des biberons, des bains". La salle d'audience se fige : un temps, les parents avaient tenté de faire croire que Bastien s'était noyé dans son bain après avoir échappé à leur vigilance. "Comme Mme Cotte, vous ne répondez pas à la question, je vous demande comment était votre fils ?", s'agace la magistrate.


"On est face à des parents narcissiques qui parlent d'eux, de leurs difficultés, avant de parler de leur enfant. C'est typique des affaires de maltraitance", estime Isabelle Steyer, avocate de La Voix de l'enfant au cours d'une suspension d'audience. Toujours aussi froidement, le père racontera avoir accroché des photos de Bastien au mur de sa cellule, "pour créer un électrochoc" et "tenter de se remémorer". Mais de ce 25 novembre 2011, quand il a placé son fils de 3 ans dans un lave-linge, et des longues minutes d'agonie du petit qu'un médecin légiste viendra décrire à la barre dans une salle interdite, lui jure ne se rappeler "de rien".

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