Procès du Carlton : DSK, au coeur de la partie

Procès du Carlton : DSK, au coeur de la partie
FAITS DIVERS
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JUSTICE – Aux côtés de treize autres prévenus, l'ancien patron du FMI comparaît à partir de lundi devant le tribunal correctionnel de Lille dans l'affaire dite du Carlton. Il est accusé d'avoir été au cœur d'un réseau de prostitution orchestré avec la complicité de ses amis du Nord. Dominique Strauss-Kahn, qui reconnaît une "activité libertine intense", assure n'avoir jamais su que les femmes étaient recrutées et rémunérées pour lui par son entourage.

C'est toute l'ironie et le cynisme de l'histoire : Dominique Strauss-Kahn n'a jamais été client du Carlton. Son nom est pourtant devenu indissociable du célèbre hôtel de luxe dans l'affaire qui sera disséquée par le menu à partir de lundi devant le tribunal correctionnel de Lille. Aux côtés de treize autres prévenus, l'ancien patron du FMI comparaît pour "proxénétisme aggravé". En 2011, l'identité de l'ex-ministre n'émerge en effet que de manière fortuite dans ce dossier. René Kojfer, chargé des relations publiques de l'établissement lillois, est alors sur écoute à la suite d'un "renseignement". Il ferait venir des filles des maisons closes belges de Dodo la Saumure pour satisfaire certains de ses prestigieux clients. Au détour d'une conversation sur une soirée parisienne de débauche, il cite DSK.

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L'enquête glisse alors des chambres feutrées du grand hôtel lillois aux lumières tamisées de soirées parisiennes et américaines. Des parties fines organisées autour du ténor socialiste par son ami Fabrice Paszkowski, entrepreneur médical, et David Roquet, directeur d'une filiale d'Eiffage. Un cercle amical, un peu franc-maçon, beaucoup libertin, qui accueille quelques personnalités telles que le super-flic Jean-Christophe Lagarde, directeur de la sûreté départementale du Nord. Si les besoins sexuels "hors normes" de DSK et ses compagnons ne regardent pas "le droit pénal", les juges d'instruction estiment qu'un système de prostitution mondaine dédié à assouvir la sexualité de l'homme politique, en fonction de son agenda, a été mis sur pied. Dominique Strauss-Kahn est le "pivot central et le principal bénéficiaire, parfois exclusif, de ces soirées", notent-ils.

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Luxure ou proxénétisme de luxe ?

L'intéressé ne nie pas sa participation à une quinzaine de soirées entre 2008 et 2011 - dont les frais de l'ordre de 100.000 euros auraient été supportés par les entreprises de ses amis de jeu. Mais il le répète : adepte "d'une activité libertine intense", il ignorait avoir affaire à des filles de joie. Certaines d'entre elles viendront appuyer sa défense : ordre était donné de pas parler d'argent devant lui. Une "loi du silence" pensée pour protéger la bête politique, assène l'accusation. En cas de dérapage, "il devait pouvoir dire à tout instant qu'il n'était pas au courant".

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La "naïveté" présumée de ce grand économiste amuse d'autres prostituées qu'il désignait dans un échange de textos comme du "matos". "Il savait très bien pourquoi j'étais là, comme les autres", a témoigné Jade au cours de son audition. La jeune femme, une des rares à s'être constituée partie civile, assure que les séances de "boucheries" et d'"abattage" n'avaient rien à voir avec des "soirées échangistes". Les 210 pages de l'ordonnance de renvoi, alimentées par sept témoignages de prostituées, dressent un portrait peu flatteur du "roi de la fête" - décrit comme un "consommateur de sexe frénétique" parfois "violent" - et de ses partenaires de "jeu". De simples "copains qui s'offrent du bon temps", plaide de son côté la défense des accusés.

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