Procès du Carlton : effervescence des grands jours à Lille

FAITS DIVERS

JUSTICE - Les quatorze prévenus étaient présents à la première journée du procès du Carlton, qui s'est ouvert lundi à Lille. Une audience marquée par la frénésie médiatique, la demande de huis clos rejetée et la valse des avocats plaidant la nullité. Ambiance des grands jours.

Si l'on reconnaît les grands procès au nombre d'avocats et de journalistes, celui du Carlton en fait indéniablement partie. Lundi après-midi, à l'entrée du tribunal correctionnel de Lille, le ballet des robes noires et blanches s'ouvre sous le crépitement des appareils. Les photographes jouent des coudes pour attraper l'image, celle qui restera.

Dodo la Saumure à l'aise, DSK se dérobe

René Kojfer, l'un des quatorze accusés poursuivi pour proxénétisme aggravé, est le premier à se lancer dans l'arène médiatique. D'un pas mal assuré, il s'engouffre dans l'escalier menant au sous-sol où se trouve la salle d'audience, quasi bunkerisée, qui abritera les trois semaines de débats. Dodo la Saumure , lui, foule le parquet avec bien plus d'aisance. Suivi de près par sa compagne, Béatrice Legrain, belle blonde d'une tête de plus, le tenancier de maisons closes belges salue son petit monde. "Je suis serein", lance-t-il. Peu avant, le couple a tranquillement déjeuné dans la brasserie en face du Palais. "Ça fait de l'ambiance. Si on pouvait avoir un petit procès comme ça une fois par mois, ce serait bon pour le commerce", confie dans un sourire le patron de l'établissement.

Dominique Strauss-Kahn, teint halé mais traits tirés, a préféré entrer par la porte dérobée, à l'abri des caméras. "L'affaire est déjà très médiatisée, déclare le président en ouverture. Inutile de vous rappeler que les enregistrements ici sont interdits." On lit les chefs d'accusation, les prévenus se lèvent tour à tour. D'emblée, l'avocat des quatre anciennes prostituées qui se sont constituées parties civiles demande le huis clos. Appuyé maladroitement par le procureur Frédéric Fevre : "Je les comprends, ce procès est déjà une épreuve. Quand on est une petite fille, on rêve de devenir une princesse, pas une prostituée". Huis clos rejeté.

La théorie du complot politique en filigrane

Mais là où se jouent les grands procès, c'est sans nul doute dans les batailles de droit livrées par les avocats. Tour à tour à la barre, la défense de chaque accusé a soutenu la requête en nullité déposée par l'avocat de l'ex-superflic du Nord, Jean-Christophe Lagarde. Me Olivier Bluche s'appuie sur les déclarations d'un autre ex-commissaire de la police judiciaire de Lille, Joël Specque, qui assure dans un livre qu'une enquête "officieuse" a été menée dès juin 2010, soit huit mois avant l'ouverture officielle de l'enquête préliminaire.

En filigrane, la théorie du complot politique visant à faire tomber Dominique Strauss-Kahn. Les avocats affutent leurs arguments. Le doute s'installe dans l'assistance. Le tribunal tranche en joignant sa "décision au fond". Les discussions autour d'une procédure occulte auront bien lieu mais le procès peut continuer. "Je n'ai jamais mis les pieds au Carton", conclura simplement l'ancien patron du FMI, invité à s'exprimer brièvement avant la levée de l'audience. Avant de repartir par la petite porte, loin de l'agitation médiatique.

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